Une grande victoire contre le cléricalisme, remportée par un français ?
«  Un chanoine laïc à la cathédrale de Latran »

Le 9 avril dernier au collège des Bernardins, le Président de la République, après avoir rappelé à Monseigneur Pontier que « pour nous retrouver ici ce soir, nous avons, vous et moi, bravé les sceptiques de chaque bord », expliquait le but de cette entreprise « si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer ». Ces paroles inauguraient un important discours que j’ai commenté dans un précédent blog « Le grand soir » (15 avril 2018).

Ensuite, le 26 juin, le Président, après avoir été reçu par le Pape, pénétrait dans la Cathédrale de Latran pour occuper, en tant que Chef de l’Etat français, sa place de chanoine d’honneur de ce chapitre cathédral. Il prenait la suite d’Henri IV et des rois ses successeurs, mais aussi  celle des présidents Coty, De Gaulle, Giscard d’Estaing, Chirac et Sarkozy. A-t’il pour autant fait allégeance au Saint Père et revêtu la soutane de ses confrères ? A-t’il ostensiblement participé religieusement à la courte cérémonie organisée pour l’occasion ? Non ! Mais avec dignité et simplicité, il a par sa présence physique perpétué une tradition séculaire qui honore la France au travers de celui qui se trouve à sa tête. Il a aussi maintenu une tradition, quant à elle multiséculaire : l’entretien de relations privilégiées de notre pays avec le Saint Siège. Celles-ci relèvent autant du spirituel que du politique. Je reviendrai plus loin sur le discours qu’il a ensuite prononcé, centré sur l’importance des liens entre la France et le Saint Siège. Et pour montrer à certains esprits chagrins qu’il n’y avait là aucune innovation, mais une continuité qui fut familière à nos grands politiques quels qu’aient été leurs positions en matière religieuse, je me réfèrerai à quelques exemples de notre histoire moderne. Lire la Suite →

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Mémoricide de Jeanne d’Arc et assassinat de la France

Homélie sur Matthieu 16, 24-22, prononcée au cours de la messe pour Sainte Jeanne d’Arc, célébrée le mercredi 30 mai 2018 en l’église Saint Denys de La Chapelle, par le Père Michel Viot, aumônier de l’Association universelle des amis de Jeanne d’Arc, fondée par le général Maxime Weygand

Préambule

Jamais autant que cette année 2018, la célébration de la fête de Sainte Jeanne d’Arc ne m’a paru aussi importante, et si essentielle pour le relèvement de notre patrie, prélude au relèvement de l’Europe et de sa civilisation. D’où la publication de cette homélie ! Cela dit, je ne me fais pas d’illusions, tant les menaces de la barbarie augmentent, en même temps que l’aveuglement, la sottise et, disons le, la perversité. Nous avons entendu récemment, à propos du oui irlandais à l’avortement quelques perles rares, montrant à quel niveau nous sommes descendus ! On y a salué un progrès, symptomatique de la perte d’influence de l’Eglise catholique à cause des affaires de pédophilie. Et il s’est trouvé des voix catholiques pour demander de « respecter cette réponse. Son premier mérite étant de mettre fin à une urgence de santé publique….blabla…et mettre en lumière l’ampleur des souffrances vécues ou cachées des femmes… ». Nous avons entendu cette chanson en France dans les années 70 ! Cela nous donne aujourd’hui quelques 200 000 avortements par an. Ainsi est excusé un terrorisme meurtrier à l’égard des plus faibles, avec les circonstances atténuantes accordées par des voix catholiques ! Il est vrai que cette diminution du nombre d’enfants fera moins de proies pour les pédophiles ! Belle entrée en matière pour les discussions sur les lois bioéthiques, et pied de nez pour tout le travail sérieux des évêques pour sensibiliser les fidèles au respect de la vie.

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« Les couteaux de Dieu »

Le changement du mode opératoire des terroristes n’est pas anodin, pourvu qu’on n’oublie pas la dimension religieuse de leurs crimes. Car cela démontre, avec d’autres événements l’aggravation de la situation.

Une mise au point tout d’abord. Parce que la sécurité des Français n’est pas une affaire électorale, mais relève tout simplement du civisme : il faut arrêter de faire de mauvais procès aux autorités politiques qui nous gouvernent. Je pense, entre autre, à la polémique démagogique sur l’utilisation du fichier S. On s’indigne du fait que pratiquement tous les auteurs d’attentats figurent sur ce fichier. C’est le contraire qui serait grave !

Alors pourquoi ne pas les neutraliser avant qu’ils ne passent à l’acte ? D’une part, parce que cela se fait effectivement, et ce sont tous les attentats évités, d’autre part, ceux qui restent en liberté constituent des pistes utiles à suivre pour la police et autres services de renseignement. Lire la Suite →

« Le grand soir ? »

Tout a été presque dit sur l’événement qu’a constitué la rencontre du président de la République et la Conférence des évêques de France ce lundi 9 avril aux Bernardins. Un premier constat : ce lieu continue à inspirer, et je n’ai pu m’empêcher de penser au Cardinal Jean Marie Lustiger. Étant un vieux parisien, j’avais pu mesurer en son temps le pari énorme que constituait la restauration de cet ancien couvent cistercien. Le Cardinal a osé, comme il l’a toujours fait dans sa vie, parce qu’il croyait à la puissance de la vérité catholique, active dans les paroles et dans les actes, puissante dans ses constructions de toutes sortes, artistiques y compris, dans l’architecture religieuse en particulier. Car ce n’est pas en vain qu’on célèbre la messe dans une ancienne église dont les pierres sont patinées par des siècles de prières. Et quand il s’agit de Notre Dame de Paris, l’archevêque, se sachant soutenu par les prières qui se sont élevées à l’abris de ces murs depuis leur construction, peut avoir toutes les audaces. Faire restaurer un couvent médiéval ne lui fera pas peur, il sait qu’il ne fera pas que sauvegarder le patrimoine, ce qui est déjà bien, il a la certitude de remettre en place un lieu-relai de l’Esprit de Dieu qui ne soufflera jamais sans effet. Nous en avons eu la preuve avec l’extraordinaire discours de Benoît XVI en 2008, et nous venons d’en avoir une confirmation supplémentaire avec la réunion de ce 9 avril. Lire la Suite →

“L’heure du royaume de France est-elle venue?”

Préface de Jean Tulard de l’Institut, Éditions Via Romana, 324 pages, 12€

Le titre de mon dernier ouvrage n’est autre que la réflexion de Luther, selon Michelet, apprenant la terrible défaite française de Pavie, en 1525. Le Réformateur allemand y voyait un signe annonçant peut-être la fin de notre pays, d’autant plus que le roi y avait été fait prisonnier. Ce dernier était d’ailleurs conscient de l’ampleur du drame:” Tout est perdu fors l’honneur “, avait-il écrit à sa mère. Et la France demeurait un pays riche quoique vaincu! La rançon royale fut payée et notre pays reprit sa marche en avant, devenant jusqu’en 1789 le premier pays d’Europe, arbitre du bon goût, des arts en général et surtout de la paix. De 1774 à 1789, durée du règne personnel de Louis XVI, il n’y eut aucune guerre en Europe. La France avait le pouvoir de les empêcher. Elle le fit par deux fois! Mais il avait fallu mener un combat dispendieux contre l’Angleterre, certes pour aider “ les insurgents “ d’Amérique, mais aussi et surtout pour avoir la possibilité de reconstruire une marine moderne garante de notre liberté de commerce. La dette de l’Etat était très lourde, mais non sans solutions. Pour faire bref, tout reposait sur une réforme fiscale adaptée aux nouvelles donnes de la société. Les privilégiés devaient renoncer à “ leurs droits acquis “, et pour cela être animés de sentiments fraternels et altruistes. L’Eglise devait donner l’exemple, parce que le roi de France était son fils aîné et qu’elle constituait le premier ordre du royaume “ très chrétien “ (et aussi le plus riche). Lire la Suite →

Un préfet ou un calife pour « l’islam en France » ?

L’annonce récente du Président de la République, Emmanuel Macron de s’occuper de l’organisation du culte musulman en France constitue un événement capital dans ce quinquennat, et pourrait même, si un tel projet était mené dans de bonnes conditions et orientations, se révéler l’un des plus utiles pour la France. Personne n’en a eu le courage jusqu’à présent du fait de l’agitation des fantômes de la loi de 1905, de divers concours de circonstances, de jeux idéologiques pervers avec l’islam et de la pusillanimité de tant de dirigeants politiques.

Je ne saurais cependant donner blanc-seing au président : j’appelle certes de mes vœux un bon projet, établi sur de bonnes bases et bien mené, avec toute l’assurance, la volonté et l’autorité d’un président hardi ; mais, connaissant le sujet[1], sa difficulté, ses enjeux, et au vu des quelques signaux déjà perçus depuis la campagne présidentielle – nature des réseaux de pouvoir qui ont soutenu le candidat Macron, parution du fameux rapport de l’Institut Montaigne « Un islam français est possible »[2]… – et de la très mauvaise orientation de la gestion de l’islam en France depuis les années 1980, je reste circonspect, et propose ces quelques conseils. Lire la Suite →

La prison comme miroir d’une société

Parce que de 2004 à 2014, et de 2013 à 2018, j’ai occupé, avec d’autres fonctions, la charge d’aumônier de prison, poursuivie par celle d’aumônier dans la gendarmerie nationale (cumulée avec l’aumônerie nationale des anciens combattants), j’estime qu’il est de mon devoir de faire entendre une voix pastorale, qui n’engage que moi sur cette question, actuellement non réglée quant au fond.

En premier lieu, il faut être clair et juste si possible. Cette crise n’est pas imputable à l’actuel gouvernement. Tous les français, ainsi que les précédents gouvernements en sont responsables, depuis des dizaines d’années.

Qu’on se souvienne, ou qu’on se documente de ce que furent les réactions, quand le Président Valéry Giscard d’Estaing, pendant son mandat, est allé visiter une prison et a serré la main de détenus. A droite comme à gauche on protesta ! Les uns au nom de la morale et de l’exemple quant à l’ordre public, les autres ne voulant y voir que de la démagogie à but électoral ! J’étais pasteur luthérien à l’époque et la providence m’avait rapproché des soutiens du futur président dès le premier tour des élections de 1974, pour éviter l’application du programme commun et la participation de quatre ministres communistes au gouvernement. Je n’ai jamais pu lire, et c’est tant mieux, dans les pensées secrètes des hommes. Lire la Suite →