L’or du Rhin et ses Walkyries françaises

La question de la légitimité des Autorités catholiques, évoquée dans mon précédent blog, m’entraîne aujourd’hui à aborder ce qui se passe dans la très riche Église d’Allemagne et qui réveille en France des manifestations susceptibles de créer des Églises parallèles plus nocives pour l’unité catholique que pourraient l’être les formes les plus intransigeantes de la célébration de l’ancienne messe.

Car il devrait être clair qu’en parlant de leur expérience synodale, nos frères catholiques allemands ne pensent pas tous à la même chose. L’ancien luthérien que je suis, ancien membre de la commission de théologie de l’Alliance nationale des Églises luthériennes de France (ANELF), se souvient très bien des tentations protestantes du catholicisme allemand, et du véritable effet hypnotique qu’exerçait sur lui la théologie de la Réforme luthérienne. Je me souviens aussi, pendant mon mandat d’évêque luthérien, avoir rencontré les plus fortes oppositions à la signature des accords d’Augsbourg avec l’Église catholique sur la justification par la foi au sein de ces mêmes universités protestantes allemandes qui influencent tant l’Église catholique d’outre Rhin. Les accords d’Augsbourg, finalement signés en 1999, œuvre de saint Jean Paul II, des Cardinaux Ratzinger et Cassidy avec leur congrégation, ainsi que des luthériens américains, scandinaves et français avec leur commission de théologie, apparaissaient, tant à une majorité de luthériens allemands qu’à une certaine catégorie de catholiques de ce pays, comme un texte ultra-conservateur, de nature à donner à l’œcuménisme un nouveau visage ! Rendez-vous compte, on y parlait du péché originel, de la grâce, on prenait en considération le décret de 1547 du Concile de Trente sur la justification par la foi, on se référait aussi à la Formule de Concorde de 1580, une des confessions de foi luthérienne, bref nous étions des théologiens échappés du Musée Grévin, attachées à des vieilleries poussiéreuses ! Ceux que j’appelle les modernistes n’ont pas tardé à réagir de différentes façons immédiatement après le 31 octobre 1999 (date de la signature des accords en question). Volontairement je ne donnerai pas d’exemples.

Mais je me sens autorisé à dire que ce qui se présente aujourd’hui comme une possible dissidence de l’Église catholique d’Allemagne en constitue un. Les vieux serpents de mer vont ressortir avec l’ordination des femmes, le mariage des prêtres, l’autorité d’un synode ou d’un Concile sur le Pape au nom de l’introduction de la démocratie dans l’Église. Sans compter d’autres nouveautés dues au « progrès », l’ordination des transgenres, comme on l’a vu évoquée récemment en France, le jour de la Sainte Marie-Madeleine, avec un groupe français emmené par la candidate malheureuse à l’Archevêché de Lyon. Sans oublier les demandes de bénédiction de deux personnes du même sexe vivant ensemble !

On aurait tort de prendre tout cela à la légère. Par exemple, la dame recalée au poste d’Archevêque et ses amies sont intelligentes, même si leur théologie est infirme. Elles ont le sens de la publicité et de la communication, puissamment mis en valeur par des médias au catholicisme douteux. Des titres de leurs ouvrages, comme Les pieds dans le bénitier ou Jésus, l’homme qui préférait les femmes, font vendre, à défaut d’instruire et d’édifier ! Car la revendication d’ordination de femmes à la prêtrise, pour ne prendre qu’une seule des hérésies qui fleurissent dans ces milieux est, rien que par son existence, un poison mortel pour l’Église catholique parce qu’elle contribue en effet gravement à la crise des vocations.

Celle-ci, beaucoup le savent, est principalement provoquée par le flou concernant le ministère sacerdotal, tant dans l’enseignement de certains séminaires, qui ont fini par fermer, que dans la vie d’encore beaucoup de paroisses. Il faut avoir l’honnêteté de dire qu’on ne donne pas beaucoup envie aux jeunes gens de devenir prêtres, ni d’y rester, et que la cause ne vient pas toujours de l’absence de réel appel de Dieu. Comment, en effet, mobiliser des jeunes pour accepter un état dont la nature est sans cesse contestée, méprisée ouvertement par ceux qui se prétendent « catholiques de progrès », suspectée, tant dans l’Église que par l’opinion publique, au point qu’on se demande si n’est pas inscrite en image subliminale au-dessus de chaque séminaire : « L’un de vous me trahira ! ».

Aussi, la perspective d’ordination des femmes, tout comme celle du mariage des prêtres, qui n’émane pas du tout de jeunes se préparant à la prêtrise, ne font que semer le trouble ! C’est pourquoi je crois que nos suffragettes de l’ordination sont toxiques ; elles aggravent la crise des vocations et contribuent à établir dans les esprits une Église parallèle. L’Église catholique n’ordonnera jamais des femmes, tout simplement parce qu’elle ne le peut pas. Il n’est pas en son pouvoir de changer la matière d’un sacrement voulu par le Christ et que la Tradition a confirmé. La matière du sacrement de l’ordination presbytérale est l’homme de sexe masculin. Changez la matière, et quelle que soit la personnalité et le rang de l’évêque qui ordonnerait, ce qu’il ferait serait invalide. Tout comme si un prêtre consacrait à la messe une galette de riz à la place d’une hostie au prétexte qu’il vit dans un pays où le riz remplace le pain. Il ne rendrait pas présent le corps du Christ.

D’ailleurs, saint Jean Paul II, dans sa lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis de 1994, a engagé très clairement son autorité pontificale infaillible : « Je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères, que l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Église ». C’est la terminologie de Pastor aeternus de 1870, du Concile Vatican I qui est employée et qui déclare l’infaillibilité du Pontife romain quand il s’exprime sur la foi et les mœurs, en tant que successeur de Pierre.

C’est pourquoi il me semble que continuer à disserter sur cette question, pousse lentement ceux qui le font en dehors de l’Église catholique, dans une situation qui risque de déboucher sur un schisme ! Ce n’est pas parce que l’Église catholique qui vit en Allemagne, disposant d’un système avantageux dans ses relations avec l’État pour subvenir à ses besoins financiers est plus riche que d’autres, qu’elle en acquiert une autorité doctrinale supérieure, lui donnant le droit de s’opposer à l’autorité du Pape et à la Tradition. De même pour les dames qui rêvent à la prêtrise. Le montant de leurs droits d’auteurs et leur influence médiatique ne leur donnent pas plus d’autorité dans l’Église universelle que le Kirchensteuer (impôt ecclésiastique allemand).

Qu’il soit bien clair aussi que le diaconat féminin, s’il voit le jour, ne constituera nullement une avancée vers la prêtrise, pas plus que ne l’a fait l’institution récente du lectorat. Benoît XVI lui-même, avait envisagé cette possibilité, car elle existait dans l’Église ancienne. Mais il était clair dans son esprit, comme chez les théologiens sérieux qui ont travaillé sur cette question, qu’un tel diaconat ne serait pas du même type que celui des hommes, sa liturgie d’ordination différente, tout comme sa fonction. Le diaconat féminin ne saurait être un ministère sacré, car il ne peut conformer au Christ Tête, pour des raisons identiques à celles qui concernent la prêtrise. Il aurait un rôle essentiellement social, et enseignant hors liturgie. Et pour donner un seul exemple, il ne saurait conférer le droit de prononcer une homélie au cours d’une messe, Saint Jean Paul II ayant précisé que l’homélie faisait partie intégrante de la messe. Elle ne peut donc relever que d’un ministère sacré configurant au Christ Tête !

Mais je voudrais revenir à l’Allemagne et à l’Église catholique qui y vit. Connaître son histoire est indispensable à la connaissance de son ange ! N’oublions pas en effet que dans l’Apocalypse, l’auteur s’adresse à l’ange des Églises, c’est à dire à une entité spirituelle qui prend en compte les conditions de naissance de la communauté, sa vie présente et sa vie future. Il s’adresse au visible et à l’invisible que nous évoquons en récitant le credo à propos de la Création. Pour faire bref, je dirai que dans l’Église catholique en Allemagne, la barbe de l’empereur Frederic Barberousse continue de pousser, tout comme le son des paroles de Martin Luther remue toujours les cœurs (1). Ce pays est aussi celui de la philosophie difficile à saisir et d’une langue qui raffole des mots composés. Il possède une grande culture, une théologie de très haut niveau. Une opposition brutale et frontale ne serait pas de mise. Notre Pape le sait, lui qui a intégré le Cardinal Marx dans son conseil rapproché, et qui vient fort intelligemment de refuser sa démission. Le maintien, coûte que coûte du dialogue et de la communion qui en découle empêchera toujours un catholique allemand de devenir schismatique. Il est inscrit dans ses gènes (ou dans la nature de l’ange de son Église) qu’il vaut mieux avoir tort dans l’Église que raison à l’extérieur. Cette dernière constatation est valable pour tout catholique, mais plus parlante à un Allemand qu’à tout autre.

Une union avec le protestantisme allemand n’est pas à craindre. Il est beaucoup plus facile de s’unir dans un combat pour ou contre une doctrine ou une idée que d’imaginer des structures communes permettant à une communauté ecclésiale de voir le jour, surtout entre théologiens à très fortes personnalités et très exigeants en matière de précision doctrinale. Ce à quoi il faut rajouter que sur bon nombre de questions les protestants allemands sont autant divisés entre eux que les catholiques. L’expression devenue célèbre « il faut laisser du temps au temps » s’applique plus que jamais à l’Allemagne catholique d’aujourd’hui. Elle se trouve en effet dans une crise cyclique de réflexion et de vagues-lames de fond à l’âme dont elle est coutumière. Nous ne sommes pas en 1933, à l’avènement d’une folie furieuse outre Rhin qui aurait nécessité une intervention chirurgicale rapide. Ce qui se passe aujourd’hui relève de la médecine douce de la prière, de la discussion théologique et de la diplomatie. Notre Saint Père est expert en la matière.

Et je conclurai sur le grand principe de continuité, un des fondements du catholicisme, parce que lié à la légitimité de ceux qui gouvernent l’Église. Et cela non plus, les théologiens allemands ne peuvent l’ignorer. De même qu’un Pape ne peut en contredire un autre, et encore moins se contredire lui-même, il en va de même pour les conciles, sauf pour ceux que le Saint Siège n’a pas reconnus, comme par exemple celui de Bâle (1431). Aussi est-il insupportable d’entendre le 27/07/2021, sur les ondes de Radio Notre Dame, Monsieur Solari dire que le Pape Benoît XVI avait lui-même faussé son motu proprio de 2007 par son décret de 2011 qui en précisait fort justement l’utilisation en exhortant à se reporter aux documents antérieurs à 1962, donc aux dispositions liturgiques du Concile de Trente. Où est le mal, à moins que le Concile de Trente ne soit devenu subitement obsolète à cause de Vatican Il ? Ce n’est pas ce qu’on m’a appris en Faculté de théologie protestante de 1961 à 1967. Ni ce que m’ont dit d’éminents théologiens catholiques. D’ailleurs Monsieur Solari en est réduit à faire du spiritisme conciliaire, sans doute avec une table ayant appartenu à feu le Cardinal Lienart, puisqu’il évoque l’esprit du Concile Vatican Il et non ses textes. Ainsi peut-il se permettre d’opposer la théologie du sacerdoce de ce dernier Concile à celle de Trente, et ce, pour mieux assassiner la messe en forme extraordinaire ! Je crains que Monsieur Solari ait oublié Les raisons de la liturgie qu’il écrivit en 2009, aveuglé par l’éclat de je ne sais quelle fausse pierre précieuse de la théologie moderniste, imprudence étrange pour un citoyen suisse !


(1) : voir mon livre La France a besoin d’un roi, Via Romana, 2020, chapitres 4 & 5, pp.69 à 99

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