Homélie du 4e dimanche de Pâques (Jean 10, 1-10)

Le texte proposé pour le quatrième dimanche de Pâques fait suite au récit de la guérison de l’aveugle né. Je le précise car notre lectionnaire l’a fait à sa manière, en indiquant que  Jésus employa cette image pour s’adresser aux « pharisiens ». Et ce rappel est heureux. Car ce texte est mieux compris s’il est reçu comme la suite du passage concernant l’aveugle-né et comme la continuation du dialogue avec les pharisiens.

Quand Jésus parle donc, « d’entrer dans la bergerie en passant par la porte », il s’adresse à ceux qui viennent de l’accuser de les avoir traité d’aveugles, parce qu’ils avaient sciemment refusé de voir un signe du royaume de Dieu dans la guérison de l’aveugle né. Dans un premier temps Jésus avait récusé leur interprétation afin de leur montrer qu’ils demeuraient pécheurs, il ne pouvait en effet invoquer leur ignorance et moins encore une mauvaise manière d’interpréter l’Ecriture. Ils ont tout en main pour connaître Jésus et le reconnaître même comme Messie.

Et pourtant, tout en disant « nous voyons », ces pharisiens demeurent aveugles. C’est ce que Jésus va montrer à l’aide de deux paraboles, tournant autour du symbole de la porte.

Cela dit Jésus n’y va pas de main morte, il est même extrêmement dur au point que dans un premier temps les pharisiens ne comprennent toujours pas. Il leur redit en effet qu’ils sont finalement des aveugles parce qu’ils ne voient pas la porte de la bergerie, et il précisera dans la deuxième parabole qu’il est cette porte.

Cependant, dans un premier temps, et dès la première parabole, il évoque ceux qui passent par un autre endroit que la porte en les qualifiant de voleurs et de bandits. En quoi les pharisiens qui constituaient le parti le plus cultivé et le plus proche de Jésus méritaient-ils de telles qualifications ?

En nous souvenant de l’affaire de l’aveugle-né auquel notre texte fait suite, les pharisiens sont ainsi désignés parce que, sous prétexte de promouvoir la loi de Dieu en l’expliquant et en aidant les hommes à y obéir, ils l’ont en fait dérobée, oubliant sa finalité que Jésus soulignera d’un trait simple mais éclatant de lumière céleste : amour de Dieu et amour du prochain.

De la guérison de l’aveugle, ils ne retiennent qu’une chose : Jésus a violé le Sabbat puisqu’il n’a pas craint de l’effectuer ce jour ! Peu leur importe que ce soit pour rendre la vue à un aveugle ! C’est ainsi qu’ils volent la loi de Dieu en la détournant de son but : le bonheur de l’homme. D’un même mouvement ils volent aux hommes non seulement leur bonheur mais en sus, comme des bandits, leur liberté. Laisser quelqu’un dans son handicap à cause d’un rite religieux ou d’une idéologie, si vénérable soient-ils ne traduit pas le respect dû au Créateur et à ses créatures, et pour reprendre la symbolique de notre texte, ce n’est pas manifester de l’amour aux brebis.

Dans cette première parabole, Jésus dénonce donc le pouvoir usurpé par les pharisiens en ne passant pas par la bonne porte et en s’introduisant dans la bergerie par escalade, c’est à dire par ces raisonnements spécieux dont les conclusions se durcissent en règlements qu’ils font passer comme étant d’origine divine. Et Jésus, en disant que les brebis ne suivent que le vrai berger parce qu’elles connaissent sa voix (ce qui veut dire « aiment ») sous-entend que ceux qui ont escaladé le mur de l’enclos ne seront pas suivis.

Les brebis chrétiennes aujourd’hui ont peu à craindre de chefs religieux qui agiraient comme les pharisiens. Les graves problèmes que l’Eglise a dû affronter ont conduit à beaucoup de sagesse ses pasteurs. De surcroit le siège de Pierre est le plus sûr garant de la justesse du ton de la voix du Pasteur. Les vraies brebis du Seigneur spontanément fuient toute parole qui ne sonne pas à l’unisson.

Les nouveaux pharisiens sont plutôt à chercher du côté de certains politiques, aveuglés par des idéologies et assoiffés de pouvoir, et pour cette dernière situation, ils le sont d’autant plus qu’ils savent leur pouvoir réduits au profit de la finance dont ils ne sont que les serviteurs. Aussi volent-ils, avec bien d’autres choses, l’autorité d’un Dieu qui les gêne, et rognent de plus en plus sur les libertés des brebis, allant quelque fois jusqu’à mépriser le droit pourtant imprescriptible des consciences. L’article 1er de notre Constitution de 1958 dispose que la France est une République laïque, etc « qui respecte toutes les croyances ».

En excluant la reprise des cultes publics du déconfinement du 11 mai prochain, le gouvernement français, obéissant expressément aux ordres de Président de la République, a outrepassé ses droits et commis un véritable abus de pouvoir.

De plus, en ignorant délibérément les propositions concrètes de notre conférence épiscopale qui annonçait des mesures très restrictives concernant cette reprise, pour être conforme aux besoins sanitaires actuels de la population, nos évêques agissaient en chefs responsables, soucieux du bien commun, bien plus que ceux qui ont permis que se tienne le premier tour des élections municipales avec l’inévitable campagne qui l’a précédé, avec pour seul objectif la victoire électorale, les mesures sanitaires prises en la circonstance, étant de l’ordre des décors des théâtres pour représentations républicaines. Mais ce trompe l’œil ne fut point un trompe virus !

Obéissance ne veut pas dire soumission, a dit notre Archevêque. Ceux qui ont escaladé les murs de nos consciences par les différents moyens dont ils disposent doivent savoir que les brebis catholiques ne sont pas des veaux. On peut les tondre bien sûr, elles ont l’habitude, mais on ne peut les empêcher de bêler ! Notre Archevêque a parlé d’aboyer s’il le fallait. J’aime ses comparaisons animales parce qu’elles nous ramènent à la notion d’instinct. Et l’évocation de l’aboiement, peut aussi faire penser à une morsure. La bête catholique ne peut pas vivre que de pain, d’eau fraîche, de vins ou d’amours pour certains. Il lui faut aussi l’Eucharistie. Et elle sent bien, cette bonne bête catholique qui vit encore dans ce qui reste de l’enclos France, que les champions d’escalades par écrans de télévision, n’ont pas des têtes très catholiques et tiennent des propos qui ont de plus en plus une odeur de souffre !

Dès lundi nos évêques se réunissent tous par visioconférence. Personne n’a à leur dicter leur conduite. Ils savent nos besoins et connaissent mieux que nous leurs interlocuteurs dans toutes leurs arrières pensées. Nous, nous ne sommes témoins que de l’ irruption de ces messieurs dans notre enclos. Ce n’est donc pas la voix de ces étrangers que nous écouterons, mais celle de nos pasteurs légitimes, représentant le Bon Berger entrant par la porte, et finalement se définissant Lui-même comme étant cette porte.

En se proclamant lui-même la porte des brebis, comme Celui qui donne accès aux vérités divines, Jésus reprend un terme fréquent dans la Bible. Du songe de Jacob en Genèse 28, où après avoir eu sa vision de l’échelle avec les anges qui montaient et descendaient, il nomme le lieu où il se trouve « Béthel », « maison de Dieu », après avoir dit « c’est ici la porte du ciel » (verset 17), au sermon sur la montagne où Jésus conseille d’entrer par la porte étroite (Matthieu 7, 13), avec aussi cet autre texte proche du nôtre en Luc 11, 52, où les légistes (ce qui vise aussi les pharisiens) sont accusés d’avoir pris la clés de la connaissance (donc revoilà les voleurs) et de n’avoir pas pu entrer (dans la connaissance de Dieu), et pire d’avoir empêché les autres d’y pénétrer.

Enfin, en s’affirmant comme porte, Jésus reprend la conclusion du prologue de l’Evangile de Jean « le verbe fait chair qui a dressé sa tente parmi nous » autrement dit la présentation du Verbe incarné comme nouveau temple, seul intermédiaire entre Dieu et les hommes.

Aussi quand Jésus reprend les qualificatifs de voleurs et de bandits pour les appliquer à tous ceux qui sont venus avant lui, il désigne tous ceux qui se sont prétendus des sauveurs apportant le bonheur aux hommes en dehors de Lui, que ce soit dans les temps anciens en omettant de l’annoncer, ou en sa présence en refusant de le reconnaître pour ce qu’il est. Les pharisiens sont donc toujours visés ; de même après eux tous ceux qui veulent chasser Jesus des sociétés humaines.

Le discours sur l’excellence et la supériorité de la révélation chrétienne sur toute autre forme d’expression religieuse, est trop peu tenu aujourd’hui dans nos églises. Dans notre époque de relativisme et de syncrétisme, suivant lesquels toutes les religions se valent, les chrétiens ont peur de se faire taxer d’intolérance en relayant des paroles aussi radicales.

Et pourtant, c’est ainsi que le christianisme s’est répandu et imposé, par la reprise de paroles aussi vigoureuses. Relisez saint Paul et les Pères de l’Eglise. C’est ce qu’a proclamé Pie XI en 1925 dans l’Encyclique « Quas Primas », en instituant le fête du Christ Roi, complétée par Vatican II dans « Lumière des nations, constitution sur l’Eglise » et qui amènera à parler du Christ Roi de l’Univers. Cela n’annule, ni ne diminue en rien le texte de Pie XI, car il n’est au pouvoir d’aucun texte conciliaire d’annuler une encyclique papale.

En conséquence, il faut prier et œuvrer pour que tous les hommes soient ou deviennent chrétiens, et pour cela être bien persuadé que les anciens pharisiens, comme les nouveaux plus politiques que religieux, sont des voleurs et des bandits. Jésus réunit leur action par l’emploi de verbes « égorger et détruire ». Nous pourrions dire, à la suite de Saint Jean Paul II, qu’ils propagent la culture de mort. Les brebis qui connaissent la voix du bon berger n’écouteront pas celle des usurpateurs quand bien même celle-ci se targuerait de je ne sais quelle légalité ! Elle demeurera toujours celle des voleurs qui ne sont pas entrés par la bonne porte, celle des ennemis de Celui qui par ses paroles peut seul donner la vie en abondance.

Amen

3 commentaires

  1. le 6 mai 2020

    Avec mes remerciements Mon Père,

    Prosaïquement …. je suggère (!)
    qu’Il serait préférable que ce soit l’identifiant de la personne connue du récepteur final qui soit mise en tête du @ de partage – car c’est cet expéditeur qui conseille la découverte et la lecture d’un auteur – ne croyez-vous pas ??

    Loin d’être spécialiste, je voudrais cependant bien que le texte de votre homélie soit ouvert et bien lu par les personnes avec lesquelles je viens de le partager !

    Or si mes récepteurs filtrent comme moi les @ reçus, je crains le classement « spam » ou « poubelle » .
    C’est en effet le sort que je réserve à tout @ dont l’expéditeur n’est pas immédiatement identifié par moi, connu ou habituel.

    Ce serait dommage 😦
    Ch R

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  2. Je suis comme souvent saisi par la justesse et la précision de l’argumentation du père Viot.
    C’est un mécanisme d’horlogerie dont chaque rouage s’engrène exactement avec le précédent et le suivant.
    Je pense que, le père Viot, par sa connaissance du Livre saint, ne peut faire autrement que servir de vecteur de la vérité que celui-ci recèle.

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