Parole de la semaine – 24e dimanche du temps ordinaire

Pour ce 24ème dimanche du temps ordinaire, j’ai choisi la première lecture Isaïe 50 vv 5-9, un des passages célèbres des chants du Serviteur souffrant, dans lesquels les premiers chrétiens et l’Eglise à leur suite ont vu l’annonce de la passion de Jésus. Ce dernier l’annonce d’ailleurs à ses disciples dans l’Evangile du jour (Marc  8 v 27-35). L’homélie se termine par le commentaire de ce verset : « Le Seigneur m’a ouvert l’oreille et moi je ne me suis pas cabré, je ne me suis pas rejeté en arrière. »

Ne pas se cabrer devant la parole de Dieu, ne pas se rejeter en arrière, voilà la seule attitude positive devant elle, tant pour celui qui en est le ministre que pour celui qui l’écoute. Et ce n’est pas toujours facile nous le savons tous. Mais ce que nous savons aussi, si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, c’est que toutes les fois que nous ne nous sommes pas cabrés, toutes les fois que nous ne nous sommes pas rejetés en arrière, nous avons été heureux d’avoir obéi. Toujours attentifs à la parole prêchée, sachons ne pas nous cabrer devant elle. Soyons aussi attentifs à la parole que Dieu peut faire retentir au dedans de nous-même. Je vous assure que pour quiconque a un tant soit peu l’habitude de la prière, de la prière d’adoration en particulier, il est possible d’entendre la voix de Dieu parler dans son cœur et dans son esprit pour indiquer des choix et apporter espérance et consolation.

Ceci m’amène à reprendre ma troisième remarque sur le soulagement de l’affaibli. J’ai tenu à rappeler le contexte de la prophétie d’Isaïe afin de montrer qu’il ne s’agissait pas de n’importe quel affaibli. Cela pour nous souvenir que celui qui recevait la vocation de prophète n’apportait pas toujours une parole apaisante, tout particulièrement à ceux qui, à l’inverse des « affaiblis » auxquels Isaïe fait allusion, ne reconnaissent ni leur misère ni leurs péchés et n’attendent aucun secours de Dieu. Il ne s’agit donc pas, pour prendre une image forte et que je laisse à chacun le soin d’adapter, d’apporter de la drogue à un drogué en manque. Au drogué au sens propre comme au figuré, la parole de Dieu qu’apportera le prophète ne pourra que faire du mal parce qu’elle ira à contre courant du bonheur passager qu’offrent à ceux qui les consomment les drogues en tous genres. Et de fait dans l’Ecriture Sainte bien des paroles prophétiques font du mal à ceux qui les entendent.

Les prophètes ont donc souvent été persécutés, tout comme les ministres de la parole sont souvent incompris. Leur parole peut souvent déranger et faire mal. Pour persévérer ils doivent être sûrs, comme Isaïe, de l’aide de Dieu, et le prophète emploie entre autre cette très belle expression pour signifier son insensibilité aux outrages : « dès lors j’ai rendu mon visage dur comme un silex. »

Je conclurai sur cette image : « mon visage dur comme un silex. » Je ne pense pas que cette expression désigne en premier lieu un aspect sévère que pourrait prendre ainsi le visage d’un homme de Dieu. La dureté du silex renvoie à mon avis beaucoup plus à l’insensibilité aux moqueries et aux railleries, donnant au visage plus d’impassibilité et de sérénité, que de dureté. Impassibilité, sérénité, ce sont bien à mes yeux les qualités que doit progressivement acquérir le visage d’un ministre de la parole de Dieu afin que sa personne s’efface de plus en plus devant cette parole qu’il annonce. Car notre visage nous trahit le plus souvent, en ce sens qu’il livre des pensées que nous voudrions masquer. Et comme un ministre de la parole de Dieu peut être contraint de dire ce qu’il n’a pas envie de dire, il est bon que son visage ait quelquefois un petit air de silex, au sens où je l’ai décrit. Mais cet exercice n’est ni simple ni facile, je vous l’assure. Songez-y bien quand vous priez pour vos prêtres ou pour des vocations. N’oubliez jamais de demander à Dieu de veiller sur les serviteurs qu’il a appelés et de les aider, de les aider à être fidèles à leur vocation bien-entendu et, s’il vous reste encore un peu de courage, demandez à être vous-même des instruments de cette aide, ceux devant qui le ministre de la parole n’aura pas besoin de rendre son visage dur comme un silex.


On peut trouver le texte complet de ces homélies dans “À l’écoute de la Bible“, de Michel Viot, Année B, éditions Artège – Préface du Cardinal Paul Poupard

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