Belles têtes pour guillotine

C’est la réflexion que je me suis faite en découvrant cette belle photo de ces deux exemplaires de ceux que Léon Bloy nommait « les sycophantes de la Libre Pensée ». Réaction peu chrétienne pour un prêtre diront certains, ce qui est certes une façon de voir les choses. Mais qu’on permette à ma libre pensée de manifester un peu de logique et de se référer à l’histoire. Les allergiques aux croix, affichant leur aversion contre le Pape et coiffés comme ils l’étaient m’évoquaient irrésistiblement la révolution française et la Terreur ! L’un et l’autre auraient pu figurer parmi les porteurs et porteuses de piques, la dame faire partie des tricoteuses qui entouraient la guillotine. Mais l’un comme l’autre, compte tenu de leurs idées, auraient pu terminer leur vie sur la planche à bascule du « rasoir national » ! Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils professent l’athéisme et s’opposent quoiqu’ils en disent à la liberté des cultes.

Robespierre, dont ils pensent sans doute se réclamer en se déguisant ainsi, a prononcé sur des gens de leur espèce des paroles qui se sont accomplies et s’accompliront très certainement plus complètement bientôt, paroles rappelées dans un petit discours imprimé par le Moniteur universel le 21 novembre 1793[1]. L’incorruptible n’aimait pas ceux qui, comme Hébert ou Chaumette[2], organisaient des processions ridiculisant la religion catholique : âne quelquefois mitré, portant chasuble, calices et ciboires accrochés à la queue. Certes le catholicisme était pour Robespierre un fanatisme qu’il fallait combattre mais pas n’importe comment. Qu’on affaiblisse le christianisme, soit ! Mais pas en ridiculisant le sacré, démarche nuisible pour l’établissement du culte nouveau qu’il prévoyait. Écoutons le : « De quel droit l’aristocratie et l’hypocrisie viendraient elles ici mêler leur influence à celle du civisme et de la vertu ?… De quel droit viendraient-ils troubler la liberté des cultes, au nom de la liberté, et attaquer le fanatisme par un fanatisme nouveau ? De quel droit feraient ils dégénérer les hommages solennels rendus à la vérité pure en des farces éternelles et ridicules ? Pourquoi leur permettrait-on de se jouer ainsi de la dignité du peuple, et d’attacher les grelots de la folie au sceptre même de la philosophie ? ».

Quelques jours plus tôt, le 7 novembre, je signale que Gobel, Evêque constitutionnel de Paris, était venu avec tout son conseil épiscopal abjurer le catholicisme devant la Convention, coiffant le bonnet phrygien à la place de sa mitre. Chaumette était à ses côtés, tout comme le 10 de ce même mois, quand la cathédrale Notre Dame de Paris vit installer dans son chœur le temple de la déesse raison. Le rôle fut tenu ce jour par une danseuse de l’Opéra, qui sera ensuite remplacée par une statue ! Gobel avait été donc été plus que complaisant, il s’était montré veule et faible. Sa formation aurait dû lui apprendre qu’il ne pouvait que s’attirer le mépris des politiques qui l’utilisaient. De l’obséquiosité à la trahison il n’y a qu’un pas! Qui a trahi trahira ! Gobel fut guillotiné avec Chaumette le 13 avril 1794 comme athée ! Il sut quand même mourir en prêtre ! Il suivait de quelques jours Hébert, le vrai chef des athées, tout comme les catholiques trop « ouverts » au monde de cette sinistre époque !

Car, j’y reviens, la philosophie des Lumières, dans sa forme la plus dangereuse, voulait détruire le catholicisme, non par l’athéisme et la haine des religions en général, mais par une nouvelle religion civile, dirigée par l’Etat ! La première réalisation de ce projet se fera avec la fête de l’Etre Suprême le 8 juin 1794. C’est pourquoi les athées ne pouvaient apparaître aux yeux de Robespierre que comme des ennemis de l’Etat stipendiés par l’étranger. En bon disciple de Rousseau, il n’envisageait pas de société sans morale, d’où une nécessaire référence à Dieu, telle que la comprend son « vicaire savoyard » dans l’Emile, préfigurant le clergé dit « progressiste » ! D’où la conclusion de Robespierre : « Il est des hommes qui veulent aller plus loin; qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l’athéisme lui-même… le législateur serait insensé qui adopterait un pareil système. La Convention nationale l’abhorre… Ce n’est pas en vain qu’elle a proclamé la déclaration des droits de l’homme en présence de l’Etre Suprême. Ne voyez-vous pas le piège que nous tendent les ennemis de la république et les lâches émissaires des tyrans étrangers ?… Je le répète, nous n’avons plus d’autres fanatisme à craindre, que celui des hommes immoraux, soudoyés par les cours étrangères, pour réveiller le fanatisme, et pour donner à notre révolution le vernis de l’immoralité qui est le caractère de nos lâches et féroces ennemis. »

Je note au passage, que la démoralisation de la France provient, pour notre orateur, des campagnes de déchristianisation. Et je rappelle que fin 1793, la France est en guerre avec pratiquement toutes les grandes puissances étrangères qui profitaient de cette situation. De quoi réfléchir au vu des événements que nous traversons.

Le culte de l’Etre Suprême a finalement été un échec parce qu’il venait trop tôt. Le pays était encore, dans sa grande majorité, catholique. Pour beaucoup, la ressemblance extérieure avec l’ancienne religion était sacrilège, pour certains un risque trop grand de retourner à la superstition, autrement dit au catholicisme. D’autres y virent, non sans raison, un moyen d’occuper le peuple pour qu’il ne se révolte pas contre les injustices sociales. On a pu dire que la religion était l’opium du peuple, on pourrait rajouter que la lutte anti religieuse l’est tout autant. Manger du curé calme d’autres faims ! Après le vote de la loi de spoliation de 1905, la république radicale socialiste « s’occupa » de ceux qui menaçaient l’ordre moral et social de l’époque, socialistes et surtout anarchistes. On tira sans problème sur des ouvriers grévistes et on guillotina des anarchistes.

Je ne veux pas rajouter maintenant une histoire de la Libre pensée ! Je lui donne acte de s’être battue pour ses idées avec courage, en croyant prendre la défense de gens opprimés. Mais elle utilisait une base bien fragile intellectuellement et culturellement. Elle a eu à sa tête des personnages brillants. Dans les années 1970, j’ai pu rencontrer Jean Cotereau, ancien polytechnicien, et son président. Bien qu’étant à l’époque pasteur luthérien, le dialogue avec lui ne fut pas facile, mais il eut lieu. Aujourd’hui il serait impossible ! Des hommes comme Cotereau avaient conscience du danger totalitaire représenté à l’époque où je l’ai vu, par les communistes. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il se serait engagé dans une « union sacrée » avec les anti totalitaires, quels qu’ils fussent. Mais il aurait « modéré » ses priorités de lutte, et surtout leurs formes extérieures. A l’heure où la croix et le croissant vont inévitablement s’affronter, de plus en plus, il aurait sans doute su voir, lequel des deux emblèmes était le plus dangereux pour lui et ses amis. L’islam n’est pas qu’une religion parmi d’autres. C’est tout un système politico religieux qui engendre une civilisation qui ne peut tolérer l’athéisme. Affaiblir le christianisme en Occident aujourd’hui, c’est encourager l’islam à venir le remplacer. Les pierres des croix que l’on fait tomber constitueront les premières pierres des nouvelles mosquées qui vont se construire grâce à l’aveuglement des élites, attisant une rage populaire qu’on refuse de prendre en compte, et qui , de ce fait, se terminera très mal ! Si l’islam triomphe en France et en Europe, les membres de la Libre Pensée trouveront dans les imams les Robespierre de jadis. Au nom du culte de leur Etre Suprême, qui lui a une expérience séculaire, les têtes tomberont. Le sabre aura remplacé la guillotine ! Dans des mains expertes, c’est aussi efficace et rapide. Mais dans les deux cas, il faut ôter son couvre-chef, surtout si c’est un bonnet phrygien !


[1] Ce discours de Robespierre est extrait du livre : « Robespierre, Textes choisis », Tome troisième, Les classiques du peuple, Éditions sociales 1958, Préface et commentaires de Jean Poperen

[2] Pour les noms des révolutionnaires cités, on se reportera à l’Histoire et dictionnaire de la Révolution française 1789-1799 de J Tulard, JF Fayard et A Fierro. Éditions Robert Laffont 1988

 

Pour rappel, 2 articles publiés en 2015 sur le même thème :

https://michelviot.wordpress.com/2015/05/24/association-libre-pense/

https://michelviot.wordpress.com/2015/06/02/libre-pensee-suite/

Ce dernier article avait valu une réponse de la libre pensée sur son site : http://www.fnlp.fr/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=92&cntnt01returnid=21

 

Source image : MAXPPP ( https://www.valeursactuelles.com/societe/association-de-la-libre-pensee-mais-qui-sont-donc-ces-bouffeurs-de-cures-90493 )

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5 commentaires

  1. Je viens de lire l’article de Valeurs Actuelles d’où est issue la photo, j’avoue que ça fait « peur », et que je comprends mieux maintenant e qu’il en est de ce billet d’humeur.
    Ne pas confondre, comme c’est souvent le cas, laïcité et anticléricalisme. Ni religion et obscurantisme. Rappelons pour information la contribution fondamentale de membres de l’église au développement des sciences, Mersenne par exemple, ou Pascal malgré quelques démêles du fait de son jansénisme. par opposition, les penseurs athée de la même époque s’appuyant sur le mécanisme physique font état d’une ignorance crasse de la science et lui prêtent des résultats et des espoirs qu’elle n’a pas. Descartes (Discours de la méthode, 5° partie) construit à ce propos (de la possibilité d’un automate humain) une réfutation extrêmement fine et très bien informée de l’état de la mécanique. La lumière, et la philosophie des lumière est bien plus du côté de l’idéalisme que de l’athéisme.
    De même, laïcité ne doit pas signifier anti-cléricalisme, car après tout nous désignions d’abord laïc les gens qui se sont pas membres du clergé, et cela n’exclu pas et ne doit pas exclure la foi.
    Un de mes professeurs, à Lille III, disait qu’il y avait somme toute très peu de vrais athès, car il parait difficile de dire dans le même temps que Dieu n’existe pas et qu’il y a de la raison dans le monde. Me trompe-je en lisant le chapitre I de l’évangile de Jean comme affirmant, en reprenant par là une thèse grecque que dieu et la raison sont un ?
    le véritable athée, serait donc celui qui croit au monde comme un chaos désordonné et nie par là la science et la foi dans un même mouvement.
    Paradoxe suprême, seul Nietzsche semble défendre avec quelque cohérence cette position et il a cherché lui-même à produire une religion !!
    Alors oui il peut y avoir des crèches à l’hotel de ville en période de Noël dans un pays de tradition chrétienne, et une statue de Jean-Paul II. Je me tairai pour rester poli sur ceux qui s’en offusquent.
    p.s. Content d’avoir de vos nouvelles, je ne partage pas tous vos points de vues, mais vous avez toute mon estime.
    David Cotte

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  2. Comme l’huile nest pas miscible dans l’eau , la Franc-Maconnerie n’est pas miscible dans la Foi. Depuis toujjours , c’est à dire dès que l’Eglise a pu connaitre et communiquer sur cette secte politique, la Franc-Maconnerie a été démasquée. Saint Jean Bosco , à Turin , Capitale de la maconnerie au 19ème siècle, à Saint Padré Pio , entre autres , nous savons , et par la Sainte Eglise et par les saints que le nouvezau nom des francs-maçons qui se disent « libres penseurs » qu’ils sont hors de l’Eglise. Fussent-ils d’obédience écossaise ou d’Orient , comme l’a rappelé Mgr Stagliano :

    « Un évêque témoigne devant le Grand Orient italien : Mgr Antonio Stagliano a rappelé que « les francs-maçons sont hors de l’Eglise, fussent-ils prêtres et évêques »

    Le 12 novembre dernier s’est tenu à Syracuse, en Sicile, une rencontre organisée par le Grand Orient d’Italie sur le thème : « Eglise et maçonnerie, si près, si loin ». Mgr Antonio Stagliano, évêque de Noto, diocèse voisin de celui de Syracuse, a participé à la rencontre – et s’en est expliqué au journal italien La Croce. C’était pour rappeler que « Les francs-maçons sont hors de l’Eglise, fussent-ils prêtres et évêques ».

    Le prélat a d’emblée évoqué l’incompréhension et même l’indignation de nombreux catholiques en apprenant qu’il se rendrait à cette réunion organisée par la franc-maçonnerie, « parce qu’ils ont une conception de la franc-maçonnerie qui, évidemment, est négative ».

    Et de poursuivre : « Les maçons seraient de ces gens encagoulés, satanistes, mafieux. Si cela est vrai, je peux même les comprendre, ces catholiques. Mais j’ai été invité un débat public, avec une maçonnerie qui ne semble pas être une société secrète et dont les chefs de file sont visibles. J’ai eu la possibilité de leur prêcher l’Evangile, a eux aussi, parce qu’ils m’avaient demandé de parler de la relation entre l’Eglise et la maçonnerie. Etant donné que je ne sais pas beaucoup de choses de la maçonnerie, je pensais leur parler de l’Eglise catholique. En laissant toute liberté à leurs intelligences afin qu’ils comprennent s’ils en sont loin ou proches. »

    Devant des membres du Grand Orient en Sicile, Mgr Antonio Stagliano rappelle que les francs-maçons sont excommuniés

    Cela semble commencer mal ? Ecoutez la suite, cependant :

    « Je leur ai expliqué que pour l’Eglise de Vatican II, l’Eglise du dialogue, ils ne sont ni près ni loin, mais au contraire totalement en dehors. Ils sont en dehors de la communion catholique, ils sont excommuniés. Je leur ai expliqué ce qu’est l’excommunication. Permettez-moi donc de rassurer tout ceux qui pensent que ma présence “dialoguante” est une sorte de dédouanement. Pas du tout. Je n’ai pas compétence pour faire cela. Mais comme théologien, comme évêque, mais surtout comme théologien, j’ai voulu expliquer qu’ils sont en dehors de la communion de l’Eglise. »

    Les francs-maçons qu’ils soient prêtres ou évêques sont aussi hors de l’Eglise

    La journaliste de La Croce lui a objecté que selon de nombreux maçons divers catholiques sont affiliés à la maçonnerie. Etait-ce aussi à ces catholiques que s’adressait Mgr Stagliaro ?

    Réponse : « Certainement ; je dirais que l’une des principales raisons qui m’ont conduit vers ce dialogue, ce fut en premier lieu la volonté d’obéir aux commandements de Jésus, quand il y a des loups : “Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups” ; et s’il y a des ennemis de l’Eglise : “Tu dois aimer tes ennemis.” De telle sorte que ce que j’ai fait, tout au moins dans l’intention de mon cœur, c’est une œuvre de charité intellectuelle ; la charité c’est aussi de donner quelque éclairage particulier à des personnes qui peuvent être désorientées. Car si nombre de ceux qui m’ont écouté sont maçons et sont en même temps catholiques, il est évident que ces personnes sont nos frères, un peu désorientés. Comment réconcilier leur appartenance à la maçonnerie avec l’excommunication : en allant à l’Eglise, voire en recevant l’aliment de l’Eucharistie ? Cela n’est pas possible. Si par ailleurs, comme le disent certains, certains prêtres et certains évêques appartiennent à la franc-maçonnerie, la présence autorisée d’un évêque me semble nécessaire pour leur dire : voyez, ces choses ne sont pas possibles. Parce que si un prêtre ou même un évêque adhère à la franc-maçonnerie, cela signifie qu’il n’attache aucune importance à l’excommunication. Mais un catholique qui n’attache pas d’importance à l’excommunication, eh bien je crois qu’il a des problèmes d’identité catholique, à ce qui me semble.

    « Je suis venu ici pour dire que cet éloignement et cette proximité doivent être interprétés en disant qu’eux sont tellement loin, qu’ils sont en dehors de la communion avec l’Eglise. Dès lors, s’agissant de personnes douées de raison, on peut parler avec elle et dialoguer, et moi, j’ai développé le thème pour voir quel serait la possibilité d’une proximité qu’elles verraient en une distance abyssale. »

    Jeanne Smits »

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  3. Le Conseil d État est laïc a geometrie variable le Burkini n es t pas un vêtement religieux.La Croix de Jean Paul Ii a été placée par un arrêté municipal qu’ il était trop tard d attaquer.
    la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l homme n interdit pas la Croix.
    Triste victoire d une administration jacobine.
    Qui a vérifié à régularité de cette association et la recevabilité de son recours? Défense insuffisante.

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  4. Vous avez une fois de plus raison. Mais les obstinés demeureront sur leurs positions. Comment fait-on pour en arriver là ? Comment autant de personnes peuvent-elles perdre tout sens commun ? Soutenir l’islam au détriment de leur pays, de leurs propres valeurs !
    Le mal existe, quoiqu’en disent les bien-pensants et la nouvelle église catholique !

    Aimé par 1 personne

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