Self-service au Vatican ???

Oui, il en existe un, très simple et très bon en matière de nourriture dans la maison Sainte Marthe. Mais, tout comme le Saint Père qui s’y restaure, en compagnie d’autres personnes, on n’y fait que choisir des plats et des boissons ! Rien n’est prévu pour les doctrines, les règles liturgiques, tout ce qui concerne la vie spirituelle de l’Eglise ! Dans ce domaine, on ne choisit pas. Et cela pour une raison très simple, la constitution hiérarchique de l’Eglise est de droit divin, fondée sur l’Ecriture Sainte et la Tradition. A la tête de cette Église se trouve le Successeur de Pierre, Vicaire du Christ, dont l’autorité spirituelle est supérieure aux conciles et infaillible dans son exercice de maintien de l’unité de la foi et de jugement sur les mœurs, telle que définie dans la Constitution dogmatique Pastor aeternus du Concile Vatican I (1870). Je ne veux pas entrer dans les discussions de « degré » d’autorité de la parole du Pape ! Qu’on me fasse la grâce, même si je suis un ancien luthérien, de m’accorder quelque connaissance entre la différence qu’il faut faire entre une réponse du Pape à un journaliste, une exhortation apostolique qui ne fait que résumer une suite de réunions qu’il a présidées, et une encyclique qui exprime sa pensée comme successeur de Pierre et qui engage le Magistère ! Cela dit, dans tous les cas, il faut entendre cette parole avec respect. On peut ne pas comprendre, voir n’être pas d’accord, on ne peut réagir n’importe comment, si l’on est catholique ! Dans une société hiérarchique, nul ne peut juger un supérieur. Aucun laïc, aucun diacre, aucun prêtre ne peut juger le Pape. Je ne dis rien concernant les évêques et les cardinaux. Ils sont mes supérieurs hiérarchiques.

C’est pourquoi je trouve inconvenant de voir circuler sur internet des propos de catholiques contre le Saint Père, et pire l’existence d’une pétition pour une « correction filiale en propagation d’hérésies » du Pape ! Voulant m’en tenir aux seuls principes, je n’entrerai pas dans le détail de ce qui a provoqué ces accusations contre le Saint Père.

Je veux donc tout d’abord rappeler que le Pape exerce dans l’Eglise un ministère singulier. Il ne peut donc être comparé à aucun autre. Certes il est évêque, et plus précisément évêque de Rome. C’est cette fonction qui le fait Pape, parce que Successeur de Pierre. Il est chargé de veiller à l’unité de l’Eglise et reçoit de l’Esprit Saint des dons particuliers pour exercer sa tâche. Il ne devient donc pas Pape dès que la majorité requise du conclave l’a désigné comme tel, mais seulement quand, à la question posée, il accepte le vote. Et dans la foulée il donne le nom qu’il a choisi pour régner (reprise de la pratique connue déjà dans l’Ancien Testament qui assimilait le changement de nom à un changement de fonction, de vocation, pratiquement d’être). Le pouvoir papal relève donc essentiellement d’une relation personnelle entre un homme et l’Esprit Saint, fondée sur plusieurs paroles du Christ.

Contrairement à un autre évêque il n’est pas soumis à l’autorité conciliaire. C’est lui qui donne autorité au Concile. A titre d’exemple, je rappelle que Paul VI signait le premier les textes du Concile Vatican II. Et la terminologie employée était essentielle : « Paul, évêque de l’Eglise catholique ». Ce qui manifestait sa juridiction immédiate sur toute l’Eglise. Cela ne signifie pas pour autant qu’il est du pouvoir du Pape de défaire ce qu’un Concile précédent a décidé. Non pas à cause du Concile lui-même et de la majorité de voix qui s’est dégagée pour promulguer telle ou telle doctrine. Mais tout simplement parce qu’un de ses prédécesseurs avait, par sa signature, donné l’autorité apostolique à ce concile. Et pour cette même raison il ne peut abroger un ancien texte du Magistère. Quand ceux-ci comportent des anathèmes, il peut simplement vérifier qu’ils s’appliquent toujours aux personnes et aux doctrines visées à l’époque.

Enfin de par ce ministère unique en son genre le Pape a connaissance de toutes sortes de faits et réalités touchant à toutes les formes de notre vie sur la terre. Il parle en fonction de ce qu’il sait et pour l’Eglise et le monde. Aucun chrétien ne peut en dire autant, et n’a donc, là encore, le pouvoir de le juger. Mais par voie de conséquence logique, je pense qu’il est tout à fait possible à un catholique d’adapter ce que le Pape a déclaré pour l’Eglise et le monde, aux personnes auxquelles il s’adresse dans un cadre plus restreint. L’Eglise catholique n’est pas un parti totalitaire qui oblige ses fidèles à se transformer en perroquets. Je ne donne qu’un exemple. Un homme politique français catholique, s’il veut tenir compte de l’exhortation papale à accueillir des migrants, ne manquera pas à ses devoirs religieux si, en fonction de son devoir d’État, il estime devoir réduire considérablement le nombre des personnes à accueillir, voire devoir en en faire repartir certaines. Contradiction dans mon propos ? Non! Simplement une distinction dans les compétences des pouvoirs. Il appartient au pouvoir politique seul de maîtriser les flux migratoires ! Il a le devoir d’écouter ce que disent les autorités spirituelles, d’autant plus qu’il s’agit de l’Eglise catholique qui a façonné notre civilisation française. Mais, compte tenu de la situation intérieure du pays, il est en droit de dire que pour véritablement accueillir et non « parquer », il ne peut laisser entrer tout le monde.

A titre personnel, j’ajoute qu’il y a selon moi risque de guerre civile avec arrière fond religieux. La lâcheté de certains catholiques, et aussi certaines naïvetés, qualifions les ainsi pour essayer de rester charitables, y contribuent grandement. Et je n’oublie pas les farouches partisans de la Laïcité à la française qui savent tirer profit de la loi de 1905. Car ne nous y trompons pas, le conseil d’Etat qui vient d’ordonner qu’on retire à Ploërmel la croix qui se trouve au-dessus de la statue de Jean Paul II ne fait qu’appliquer l’article 28 de la loi de 1905, que tant de catholiques continuent à trouver bonne, alors qu’ils ne l’ont pas lue ! Ils auront d’autres surprises, si certaines choses ne bougent pas. Car je vous garantis qu’on peut faire « encore mieux » dans ce type d’action. Et je ne donnerai pas d’exemples pour ne pas fournir des idées à nos adversaires.

Enfin, je rappelle que trois Papes ont condamné cette loi. Léon XIII d’une manière préventive en 1892 dans l’encyclique Au milieu des sollicitudes (qui n’organise pas de « ralliement » comme les ennemis de ce Pape se plaisent à le dire – il y en avait déjà en ce temps-là), Pie X en 1906 dans l’encyclique Vehementer nos et Pie XI, en 1924 qui dans l’encyclique Maximam gravissimamque maintenait les positions de Pie X, tout en acceptant la formation d’associations cultuelles diocésaines. Le Pape ne revenait donc pas sur la condamnation par son prédécesseur de la loi de 1905. Il ne faisait qu’accepter une disposition réglementaire permettant à l’Eglise catholique de disposer d’un cadre juridique, non satisfaisant, mais qui était préférable à un vide. Parmi ceux qui reprochent au Pape actuel de contredire ses prédécesseurs, on en entend peu reprendre les sérieux avertissements et condamnations de Léon XIII, Pie X et Pie XI !

Enfin, je crois utile de rappeler qu’il ne faut jamais isoler le ministère d’un Pape qui de par sa nature même s’inscrit dans une continuité. Il n’est pas, comme nos politiques, esclave de l’instant. Quand je réfléchis aux Papes que j’ai vu régner, de Pie XII à François, je suis émerveillé que de tels hommes si différents, aient pu être les pierres bien taillées qui convenaient à l’édifice du Christ au moment où elles étaient posées sur le chantier. Chaque Pontife a su à sa manière, tant par ses paroles que par ses silences, assumer l’héritage de ses pères prédécesseurs. Un catholique doit en faire autant, et pour ce qu’il a du mal à comprendre, faire confiance à celui que le Christ a choisi comme suprême berger en ce monde. Qu’on se méfie des médias et de ceux qui montent en épingle des discussions théologiques et liturgiques, voire peut être des tensions, pour y discerner les fumées de Satan ! Le temps de triomphe de ces dernières est passé ! Elles faiblissent au rythme de l’augmentation du nombre des années de quelques vieux thuriféraires ! Des jeunes prêtres venant de bons séminaires sont prêts à monter en ligne. Car en fin de compte, et c’est le moment de s’en souvenir en ce temps de commémoration des 500 ans de la Réforme luthérienne, il vaut mieux avoir tort dans l’Eglise, que raison à l’extérieur ! S’éloigner, puis se séparer du Siège de Pierre, même pour des raisons qui peuvent paraître bonnes à première vue, conduit toujours à des erreurs funestes. Le catholicisme, qui n’est pas concevable hors de la communion du Pape, forme un tout qu’on accepte ou qu’on refuse.

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9 commentaires

  1. Mais dans l’Histoire de l’Eglise, les papes n’ont pas été toujours comme on aurait voulu qu’ils soient. Et puis, ils sont serviteurs de l’Eglise, et nous sommes le peuple exigeant et critique.

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  2. Cher Père, je découvre votre blog avec grand plaisir. Merci de vos interventions précises et argumentées, toujours faites dans une catholicité qui vous honore et qui nous fait du bien. En communion de coeur et de prière, ML

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  3. Il y a tout de même un point très délicat
    Si les autorités légitimes du Temple (d’une certaine manière le « pape » et la « curie » de l’époque de l’incarnation) ont pu se tromper (cf Actes 3 :17 « D’ailleurs, frères, je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs. »), est-on vraiment sûr qu’une erreur semblable ne puisse pas se produire avec l’Eglise d’aujourd’hui ? Si on pense que la réponse est non, alors comment expliquer les propos de Jésus lui-même tenus à Jean à l’égard des sept Eglises, et de l’Eglise de Laodicée par exemple, Eglise qui malgré la menace qui pèse sur elle d’être vomie si elle ne change pas, est l’Eglise légitimen du Christ comme les six autres autres ? Propos adressés publiquement à l’Eglise toute entière, de son plus haut sommet jusqu’au plus petit de ses membres. Il y a bien ici une invitation, faite à tous, ou plus exactement, une obligation de faire preuve d’esprit critique nécessaire à tout acte de discernement, afin d’éviter d’être « vomi » par Jésus lui-même. Et c’est à son Eglise légitime qu’il s’adresse et Laodicée en fait partie. C’est donc bien une invitation individuelle au discernement. Il y a donc bien une obligation de discernement adressée à chaque chrétien individuellement. Et la question est, mais alors comment réagir en face de la constatation d’égarements comme ceux indiqués par Jésus lui-même à Jean ? On a des pistes de réponses dans le comportement de ceux du sanhédrin qui par exemple voyaient Jésus en secret la nuit. Ce qui signifie en clair, ne pas faire la révolution, mais prendre individuellement la tangente en maitère de comportement, sans abandonner l’assemblée et les sacrements. Une forme de résistance passive en somme et avant tout discrète, silencieuse. Les opinions n’engagent que leurs auteurs, l’infaillibilité est d’un ordre par ailleurs très circonscrit et les opinions ne relèvent pas de l’infaillibiilté. Le cap à tenir sur le plan individuel est on ne peut plus clair, en peu de mots et en toute simplicité, il est dans les évangiles eux-mêmes dont il suffit de s’imprégner ; pour ceux qui sont dans la chaîne hiérarchique, c’est plus délicat car ils sont exposés, mais le devoir d’obéissance ne va pas jusqu’à obliger à « ne pas changer » s’il y a lieu de le faire comme l’ordre en est donné par exemple à l’Elgisde de Laodicée.

    Les chefs du temps de Jésus n’ont pas compris Esaïe 53 ni le sens du « milieu de la semaine » de la prophétie de Daniel des soixante dix semaines(cf minutage 10 :40 faisant allusion à cette prophétie https://www.youtube.com/watch?v=EO3KE5_VFOI messe de noël 2016 au Vatican devant le pape), ils n’avaient en ligne de mire que le terme de la soixante dixième semaine, c’est-à-dire quand le Fils d’homme (Dan 7 :13) apparaîtra avec son équipe de ressuscités (Dan 7 :18), lequel Fils d’homme en question est Jésus lui-même (cf identification qui en est faite dans Apocalypse).

    Nous aussi nous attendons son retour en gloire, au jugement dernier. Mais avant le jugement dernier il y apoc 20 ave une certaine étape dont la durée est répété six fois. Durée dont on ne veut pas entendre parler…

    Alors, risque d’un remake de « Caîphe and co » ? La providence y verrait-ielle une manière de rabaisser l’orgueil des uns et des autres ? Les premiers ne seront-ils pas les derniers et inversement ? C’est une interrogation, pas une insulte. Si cette interrogation est jugée insultante, alors il faut supprimer la lettre aux Sept Eglises, soit faire comme Marcion et ne retenir que ce qui nous plaît, ce qui est la marque de la « religion surper marché » en somme.

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  4. Bonjour,
    Merci mon père, pour ce billet qui nous oblige à faire le point sur nos connaissances,( et notre jugement) qui quelques fois s’égarent et altère notre façon de voir la réalité.
    Bien respectueusement.

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  5. Merci mon père pour ces rappels fort utiles. Le Christianisme « de supermarché », qui consiste à choisir sur les innombrables rayons de la pensée ce qui plait en ignorant le reste, est devenu une véritable plaie en occident (je ne connais pas ailleurs), et ce, toutes tendances confondues. Les réseaux sociaux fonctionnent en remarquables amplificateurs de cette capacité de chacun à se proclamer expert et juge, sans aucune controverse possible. Je suis chaque jour absolument ébahit par la bêtise, l’ignorance et surtout la prétention de tous les « penseur » actuels, dans leur immense majorité, et surtout dans leur intégralité, des sociales communistes aux rigolos d’extrême droite, en passant par les inénarrables royalistes qui n’ont bien souvent que l’étendue de leur bêtise (ou leurs titres vieux de 250 ans…) à proposer. Je précise que l’idée Monarchique m’intéresse beaucoup, mais certainement pas à la lueur des vieilles lunes qui n’ont même pas été capables de la défendre et de la conserver, n’en connaissant désormais que les fastes sans les devoirs…
    Après le grand siècle, le siècle des lumières, et le stupide 19e siècle, on peut parler du très prétentieux 20e siècle et du pitoyable XXIe….
    Il m’est donc très agréable de lire sous votre plume érudite quelques vérités , et beaucoup de bon sens.

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