Der Puff

On me pardonnera de commencer mon article par un mot allemand ! Il s’agit d’éviter que des esprits prudes, telle l’Arsinoé de Molière, arrêtent immédiatement leur lecture, de rappeler l’importance de l’amitié franco-allemande en Europe mais aussi de souligner l’utilisation qu’en a fait, en français certes, notre Président de la République au moment où nous commémorons les cinq cents ans de la Réforme luthérienne (31 octobre 1517).

Ce terme de « Puff » en effet avait été utilisé par Martin Luther pour commenter le célèbre passage de l’évangile selon Saint Matthieu (Matthieu 15, 21-28), qui relate l’obstination de la femme cananéenne devant l’impassibilité feinte de Jésus. La qualifiant « de jeu sérieux », Luther poursuit : « c’est un véritable bordel (Puff) pour la foi quand Dieu se montre autrement que quand il se laisse prêcher. Grâce et Évangile sont prêchés et maintenant il se montre comme un ennemi. Cela implique un grand art que de laisser Dieu être véridique. »[1]

Le réformateur allemand, en avance sur son temps, utilisait donc déjà ce mot tel que nous le connaissons : grand désordre, chamboulement… etc, sans pour autant ignorer son sens vulgaire initial ! Ce dernier commença à acquérir définitivement le sens que nous lui connaissons aujourd’hui à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, et surtout après 1948, quand Madame Marthe Richard fit fermer les maisons closes au profit de la rue, dont, au passage, le pouvoir est si cher à certains de nos compatriotes insoumis. Il me semble d’ailleurs, mais je ne suis pas spécialiste, qu’on a qualifié de « filles insoumises » celles qui, ayant échappé aux règles du « Puff », voulaient exercer en toute liberté dans la rue. Sujet à étudier pour les tribuns qui utilisent beaucoup ce mode de communication urbain, d’autant plus qu’à Paris on veille particulièrement en ce moment à évincer tout ce qui peut gêner les piétons ! Il n’est donc pas forcément mauvais d’utiliser un vocabulaire un peu « vert », mais bien français, dont la vulgarité d’origine a été transformée par un glissement sémantique incompris par certains, fascinés encore, pour des raisons que nous ne jugerons pas, par l’ancien sens du mot bordel ! Notre président est jeune ! Les oreilles offusquées, plus vieilles, du moins en esprit ! Leurs réactions renvoient à ces vers de Molière : « Cachez ce sein que je ne saurais voir, par de pareils objets les âmes sont blessées, et cela fait venir de coupables pensées » (Tartuffe) et Célimène à propos de la prude Arsinoé : « Elle fait des statues couvrir la nudité, mais elle a bien du goût pour les réalités. » (Le Misanthrope).

Les français en ont, je crois, assez des discours « gargarisme » fabriqués avec ce vieux cocktail éventé de dosettes de « droits de l’homme », de « laïcité », de « peuple souverain », etc… Et je ne cite là que quelques ingrédients de la drogue à l’origine du bordel de la rue, de cette rue qui a donné lieu à beaucoup de spectacles au cours de l’histoire, mais qui n’a jamais produit de grandes choses ! Si l’on évoque la chute de nos rois, Il faut préciser qu’une bande de malfrats stipendiés y tenait lieu de « peuple », et pour ce qui concerne l’arrivée des nazis au pouvoir, par des élections régulières, elle n’a fait que les recevoir, après que ceux-ci aient eu leurs poches renflouées par la grande bourgeoisie allemande mondialiste et anticommuniste, insoumise à la République de Weimar ! Quand à leur départ, les rues françaises n’y sont pas pour grand chose, à moins qu’on compte comme fait d’arme significatif d’avoir jeter un plumeau sur un tank allemand en fuite fin août 1944 à Paris. De Gaulle n’était pas dupe, lui qui passant à ce moment une revue de militaires très galonnés, demanda à un lieutenant « s’il savait coudre ! » (Je n’oublie pas pour autant les vrais résistants qui ont combattu pour la libération de Paris). Plus tard le général parlera de chienlit, préfiguration du « Puff », dont les français ont plus qu’assez ! Lui donner son véritable nom est de « bonne » guerre. Nommer l’ennemi est la première condition pour le vaincre.

Cela dit, il faut aller jusqu’au bout ! L’esprit révolutionnaire constitue un ensemble : l’insoumission civique s’allie admirablement à la soumission religieuse absolue. C’est le même totalitarisme à deux visages proposant le paradis sur la terre ! Un messianisme de l’immédiateté, rassemblant sous la bannière de la vertu « Un tas d’hommes perdus de dettes et de crimes, que perdent de mes lois les ordres légitimes, et qui désespérant de les plus éviter, si tout n’est renversé ne sauraient subsister » (discours d’Auguste dans Cina de Corneille). Le président Pompidou avait parlé en son temps de la présence de « cactus  » dans la vie politique, se faisant l’écho de la chanson du génial Jacques Dutronc ! Un autre président nous parle aujourd’hui de bordel, cactus mutant ! Si l’on y réfléchit bien, seuls ceux qui dirigent la « chose nommée » la développent ou en bénéficient ne peuvent que s’en offusquer ! Ceux qui en subissent les nuisances, c’est à dire la majorité des français, certainement pas !

Comme j’ai dit qu’il fallait aller jusqu’au bout, je poserai encore deux questions consubstantielles au « Puff » ! On évoque à juste titre les délocalisations d’usines opérées au nom du seul profit. Et cela pose certes question, avec ce « bémol » que, jusqu’à preuve du contraire, une entreprise se doit en premier lieu de faire des bénéfices, sous peine de ne plus exister ! La question est donc inévitable sur ce qui l’empêche d’être rentable ! En parallèle, qui dira le nombre d’usines qui ont dû fermer leurs portes à cause de la ringardise de certains syndicats et de lois sociales plus adaptées à l’idéologie qu’à la réalité économique ?

Et la deuxième question concerne l’ordre public. Quand celui-ci ne semble plus assuré par l’Etat, les citoyens perdent confiance en lui et songent à se venger eux mêmes ! On comprend de moins en moins pourquoi en « temps d’urgence », les terroristes et leurs complices ne risquent pas la peine de mort, et que le ministère public ne requiert que 8 ans de prison pour un accusé (en cavale) suspecté d’avoir voulu faire brûler deux policiers dans leur voiture et 5 ans pour son complice ! Voilà un autre « Puff » pour beaucoup de consciences! Je sais que mes propos vont choquer les madones de la perpétuelle miséricorde, tout comme les Maries Chantal insoumises. Un prêtre parler ainsi ! Mais le devoir des prêtres comme de ceux qui exercent l’autorité, n’est-il pas, dans une société civilisée de défendre les plus faibles ? Prétendre avoir pitié de tout le monde conduit à n’avoir pitié de personne ! Et quand on le fait de plus avec la peau des autres ? C’est vraiment le « Puff » qu’on installe partout.


[1] Michel Viot, « A l’écoute de la Bible – année A », Éditions Artège, p 273

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7 commentaires

  1. Conversation agreste. Ancienne version

    – Je t’aime mieux que mes moutons, hon, hon.
    – Je t’aime mieux que mes dindons, hon, hon.

    Conversation agreste. Version actuelle

    – Dénonce ton porc.
    – Défonce ta truie.

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  2. « C’est vraiment le « Puff » qu’on installe partout. » Bien dit.
    A commencer part cet article.
    Il se veut ostensiblement « savant » et n’est même pas catholique…
    Des regrets luthériens qui refont surface ?

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    1. Faut-il comprendre que pour être savant on doit être catholique ? La condition n’est ni nécessaire ni suffisante. La proposition est « indécidable ». Nous connaissons des catholiques qui sont des ânes bâtés, d’autres qui sont des lumières rares. Beaucoup sont dans le premier groupe.

      Quant à savoir si le Père Viot n’est pas catholique, il suffit de demander!

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