« Le sang des martyrs est semence de chrétiens » (Tertullien, Père de l’Eglise 165-225)

Cette phrase célèbre avait été rappelée il y a un an dès l’assassinat du Père Jacques Hamel, à la fois comme juste constat de l’émotion soulevée, et aussi pour susciter des polémiques visant la manière dont les autorités ecclésiastiques et civiles de notre pays remplissaient leur devoir. Comme toujours en de pareilles circonstances, le pire côtoie le meilleur en matière d’écrits. Il ne faut donc pas s’étonner qu’un an après, le phénomène se répète. Je ne sais comment on classera les lignes qui suivent ! Mais peu m’importe, parce que l’essentiel a été dit ce 26 juillet dernier, et que mon propos ne vise pas à rajouter quoi que ce soit à ce que les voix officielles qui m’intéressent ont fait entendre. Je souhaite simplement en montrer la pertinence, simplement parce que ceux qui auraient dû le faire ne l’ont pas fait, soit par débilité intellectuelle ou « suivisme » idéologique, ou pire, se sont crus autorisés à en rajouter , comme s’il y avait eu manquement.

L’autorité catholique, en la personne de Monseigneur l’Archevêque de Rouen, s’est montrée particulièrement remarquable, dans la suite de son attitude au moment tragique de l’assassinat du Père Hamel. Dans l’homélie tout d’abord ! A partir de l’Evangile de cette messe (Matthieu 13 1-9), le prédicateur s’en est tenu au texte pour s’adresser avec pertinence au « monde », j’entends par là l’autorité politique et les non-chrétiens. Parmi les mauvais terrains qui recevaient la bonne semence du Semeur, il n’a retenu que celui où poussent les ronces pour « avertir » le président de la République et les autres. « Les ronces qui étouffent. Quelles sont-elles, sinon l’agitation du monde qui envahit nos meilleures intentions ? Comment ne pas ici vous remercier, Monsieur le président, d’avoir voulu que soit respectée la prière chrétienne. Les ronces, quelles sont-elles sinon ces addictions, ces drogues, ces idéologies qui peuvent emporter les enfants, les jeunes, les plus fragiles dans des cercles de violences incontrôlables ? Quelles sont-elles, sinon ces mensonges, ces jalousies, ces désirs de paraître, ces injustices qui étouffent notre joie de vivre ensemble ? »

Et pareil propos ne faisait pas du Père Hamel, un « Charlie » supplémentaire, voire un martyre de l’hypocrite déclaration des droits de l’homme de 1789, condamnée dès 1791 par le Pape Pie VI dans le bref « Quod aliquantum ». Car l’Archevêque concluait : « Le Père Jacques n’est pas mort seul. Il est mort avec Jésus dont il venait de prononcer les paroles sur l’autel : « ceci est mon corps livré pour vous ». C’est donc le Christ qu’on a recrucifié en assassinant le Père Hamel. » L’Archevêque est on ne peut plus clair et dans la logique du procès en béatification pour martyr qu’il a lancé.

Dans le discours qui a suivi devant la stèle érigée par les autorités civiles, il est allé encore plus loin. La providence, à laquelle je crois beaucoup plus qu’au hasard, tout comme Monseigneur l’Archevêque, a voulu que ce soit la déclaration des droits de l’homme de 1948 qui soit inscrite sur la stèle, déclaration contre laquelle l’Eglise catholique n’a jamais prononcé de condamnation. Ce qui montre que les catholiques n’ont rien contre le principe d’une telle déclaration. L’observation de cette stèle a permis à l’Archevêque de faire deux remarques capitales. Tout d’abord Il a mis en évidence l’article 18 sur la liberté religieuse. Je donne ici la fin de sa citation « ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seul ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites ». On remarquera que ce texte fait de la reconnaissance de la liberté religieuse la condition de la liberté de manifestation publique ! Or sur ce point très précis, dans le cadre d’un dialogue inter-religieux honnête, il est du devoir des catholiques de faire remarquer aux musulmans que le Coran n’est pas clair. Supposons, à Dieu ne plaise, qu’un terroriste catholique fasse exploser une bombe dans une mosquée et tue des gens au Nom de Jésus Christ, qu’il soit abattu par la police. J’ose espérer qu’on lui refuserait les honneurs des funérailles chrétiennes publiques. Peut-on attendre la même chose des autorités religieuses musulmanes vis-à-vis des auteurs d’attentats qui se réclament de leur religion ? La deuxième remarque importante concerne la place d’une communauté religieuse dans un état qui se veut laïc. Là encore je cite l’Archevêque de Rouen : « […] c’est pour moi l’occasion de remercier tous ceux qui comprennent que la communauté catholique peut et veut participer à la vie commune, par ses membres et en tant que communauté. » Et ayant rappelé que le Père Hamel « était frère, oncle, citoyen et chrétien, prêtre catholique », l’orateur précisait qu’aucun de ces aspects de sa vie « n’était jamais séparé des autres » ! Voilà qui constitue « un recadrage » de la loi de séparation des églises et de l’Etat de 1905. Ce n’était certes pas l’idée de son initiateur Émile Combes ! Mais la providence, encore elle, fit qu’au moment du vote son gouvernement avait été renversé et que le rapporteur Aristide Briand put infléchir certaines dispositions de cette loi dans un sens plus favorable à la vie des communautés religieuses. L’union sacrée de 1914-1918 renforça cette orientation qui évolua dans le sens de l’apaisement jusqu’à 2012.

Aussi est-il intéressant de considérer, pour conclure, les réactions du nouveau chef de l’Etat. Son texte est court et sobre, comme il se devait en pareilles circonstances. Il manifeste une compréhension du fait religieux et plus particulièrement des spécificités chrétiennes. Et nous avons même entendu des paroles qui m’ont agréablement surpris : « La République n’est pas le règne du relativisme. Au coeur de nos lois et de nos codes forgés par l’Histoire, il est une part qui ne se négocie pas. Il est une part sur laquelle on ne porte pas la main. Une part, j’ose le mot, sacrée. Cette part, c’est la vie d’autrui, mais c’est aussi tout ce qui nous rend humains… ». Et cette autre phrase encore : « La République n’a pas à combattre une religion, ni à vouloir se substituer à elle. Elle œuvre chaque jour à ce que chacun puisse croire ou pas dans l’intensité ou l’intimité de sa foi. En homme libre. » On me fera la grâce, je l’espère, de croire que j’ai dépassé l’âge de la naïveté ! Je pense être réaliste, trop même peut être aux yeux de certains ! J’assume ! Et justement, à cause de ce réalisme je trouve ces paroles présidentielles bonnes et utiles. Après les fièvres malignes qui ont tourmenté la France pendant cinq ans, fièvres « Libre pensée », « Taubira », « Peillon », et j’arrête l’énumération pour ne pas casser le moral, se manifeste peut-être un signe d’espoir ? Il dépendra pour beaucoup du courage et du sens de l’unité des catholiques que celui-ci se concrétise, ce qui ne diminue en rien le pouvoir et la responsabilité du président de la République. Dieu nous jugera tous dans notre gestion de la Vérité, surtout quand le sang d’un martyr vient de couler sur notre sol de France, comme pour laisser sur les mains des ennemis du Christianisme, une tache semblable à celle qui obséda Lady Macbeth jusqu’à la rendre folle!

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Un commentaire

  1. Merci Père Biotpour pour votre texte éclairé que j’ai lu comme souvent au Doc, François.. nous vous souhaitons de bonnes vacances et faites-nous signe lors de votre retour à bientôt Marianne et le docteur François

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