Parole de la semaine – 13e dimanche du temps ordinaire

Pour ce 13e dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à méditer sur Matthieu 10, 37-42. Voici la première partie de l’homélie :

C’est toujours le ministère apostolique des douze et sa succession qui est ici visé, et Jésus nous donne une liste de conditions pour assumer cette fonction. Il commence par des demandes rudes et difficiles sans autres contreparties que l’admission au rang de disciple. Il termine par d’autres requêtes évoquant des récompenses. Cela dit Jésus débute très fort puisqu’il exige de son futur disciple de l’aimer plus que son père ou sa mère. Comment ne pas penser alors à l’un des dix commandements ; « honore ton père et ta mère », commandement concernant le prochain (le plus proche), placé cependant sur la première table de la loi avec les commandements qui ont rapport à Dieu. Ce commandement est à la base du respect de la famille dans la Bible et cela est d’ailleurs rappelé par le verset suivant concernant fils et filles. Nous avons montré dans une récente brochure[1] l’importance des fondements bibliques de paternité et maternité, battus en brèche aujourd’hui dans notre pays et dans d’autres par des lois opposées à la loi naturelle, relevant donc du crime contre l’humanité de l’homme, lois auxquelles en fait aucun chrétien n’est tenu d’obéir. Elles n’ont pas plus de valeur morale et de légitimité que les lois racistes de Nuremberg édictées elles aussi par un pouvoir légal mais fou !

Jésus aurait-il donc entrouvert la porte à toutes ces folies agressant aujourd’hui la famille et présentées sous le beau masque du progrès ?

Une précision linguistique s’impose tout d’abord. Le verbe grec traduit par « aimer » est « philein » et non « agapan » utilisé pour l’amour de Dieu et du prochain. La portée du verbe employé est très nettement moins forte. Le sens est toujours dénué de gratuité et indique une préférence procurant à celui qui l’éprouve un plaisir lié à ce monde et à ce monde seulement. Reportons-nous à deux exemples chez saint Matthieu : au chapitre 6 verset 5, Jésus demande à ses disciples de prier dans le secret pour ne pas faire comme « les hypocrites qui aiment faire leur prière debout dans les synagogues et les carrefours afin d’être vus par les hommes » et cela vise sans doute certains pharisiens qu’il nommera ensuite explicitement au chapitre 23 verset 6 en disant « qu’ils aiment à occuper les premières places dans les dîners. »

C’est d’ailleurs cette racine grecque que notre langue française a retenu pour désigner des préférences auxquelles on n’osait pas, du moins jusqu’à présent, donner la connotation d’amour, il s’agit vous l’avez compris de tous les mots composés se terminant par « phil » ou par « philie ».

Cela dit il y a un temps pour tout et Jésus lui-même l’apprendra si nous en croyons saint Luc. Vers l’âge de douze ans il préférera, aimera mieux donc (« phileim » mais c’est nous qui effectuons ce rapprochement) rester à discuter avec les docteurs du temple de Jérusalem plutôt que de suivre ses parents jusqu’à Nazareth. Il s’attirera les reproches de sa mère, parlant aussi au nom de son père comme cela arrive dans beaucoup de couples. Cela dit Jésus s’expliquera d’une manière aussi énigmatique que respectueuse et leur demeurera soumis (voir saint Luc, 2, 41-52).

Il faut attendre son ministère public pour qu’il se détache d’une certaine manière de sa famille. Matthieu en a gardé le souvenir au chapitre 12 versets 46 à 50 de son évangile. Il parle aux foules et on vient lui dire que sa mère et ses frères cherchent à lui parler. Ce qui amène cette réponse célèbre illustrant parfaitement les premières exigences de notre passage : « qui est ma mère et qui sont mes frères ? » et après avoir montré ses disciples il conclut « voici ma mère et mes frères, quiconque fait la volonté de mon père qui est aux cieux, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère. »

Jésus est venu fonder une famille spirituelle qui a Dieu le père pour origine et qui vise à s’étendre à toute la Terre. Il lui a fallu pour rendre réelle et complète son incarnation naître d’une femme et être élevé au sein d’une vraie famille. Celle-ci l’a aidé à parfaire son humanité, semblable à l’autre, le péché en moins. Et le temps de l’activité adulte est venu. Créer une famille spirituelle à la grandeur de l’amour du Père éternel ne pouvait se concevoir pour Jésus car la vie de famille commune prend beaucoup de temps. Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer à l’amour de son père, de sa mère, de ses frères et de ses sœurs ou des autres parents, mais qu’on ne peut pas leur consacrer le temps qu’il faudrait. D’où l’idée de choix préférentiel ; le service de Dieu passe avant l’entretien des liens qui forment l’unité d’une famille. Cela ne veut pas dire qu’on n’aime pas cette famille de cet amour de Dieu et du prochain qui demeure pour tout homme et donc aussi pour Jésus et ceux qui veulent le suivre, le premier commandement résumant à lui seul toute la loi.

Cela signifie simplement que dans le temps qui nous est imparti en ce monde Dieu a la priorité, et que pour le disciple du Christ, et ici il faut être très précis parce que le contexte nous y oblige et permet la bonne compréhension du texte, le disciple dont il est question tout au long du chapitre 10 est l’apôtre et par voie de conséquence tout ce qui se situe dans sa succession.

C’est pour remplir ce ministère qu’il faut répondre à de telles exigences comme le Christ y a répondu. Jésus précise bien d’ailleurs dans notre passage : « qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. »

L’apôtre est un autre Christ qui, tout comme son successeur ainsi que ses collaborateurs, participe aux trois fonctions essentielles originelles liées à la plénitude de ce ministère : le pouvoir des clés, c’est à dire le pardon ou le non pardon des péchés, et ce que ce pouvoir implique et qui lui est indissolublement associé : la célébration de l’Eucharistie et la prédication de la Parole.


[1] Les fondements bibliques de paternité et maternité, Père Michel Viot, Ed Via Romana, 2013.

 

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année A », Artège 2013)

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