Parole de la semaine – Dimanche de la Pentecôte

Dans l’évangile selon saint Jean la pentecôte nous est apparemment décrite dans un climat de peur. Les portes sont verrouillées sur cette réunion des apôtres car c’est d’eux qu’il s’agit, si on lit tout le chapitre 20. Le verset qui suit notre passage (24) nous dit en effet « cependant Thomas l’un des douze, celui qu’on appelle Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint ». Ce qui en bonne logique signifie que Jésus n’est apparu qu’aux douze, ou plutôt ce qui en restait parce que Judas était mort et que Thomas était absent.

Cette mise au point constitue plus qu’un détail, les grâces accordées par la suite ne concerneront donc que les apôtres et leurs successeurs.

Ces portes verrouillées, j’y reviens, ont certes pour but de les défendre contre les juifs ennemis de Jésus nous dit le texte, mais aussi d’assurer par la même leur tranquillité.

Nos apôtres sont donc en conclave, au sens étymologique de ce mot, « cum clavis », fermé à clés. Et ce tout comme nos cardinaux que l’on enferme pour élire l’évêque de Rome, successeur de Pierre, qui de ce fait deviendra le pape. On pourrait donc se risquer à dire que la scène que nous décrit saint Jean est le premier conclave du christianisme qui met à part des hommes appelés par le Christ parce qu’en milieu hostile ils vont recevoir une grande puissance.

Ainsi la peur provoque à la fois l’enfermement et la mise à part, un abaissement momentané, pour une immense élévation. Ce texte nous montre un des fondements scripturaire du principe de la hiérarchie dans l’Eglise. De même que celui qui dirige doit être d’abord un serviteur – et je le redis, le plus beau titre du pape après celui de successeur de Pierre est celui de serviteur des serviteurs de Dieu – de même ceux qui vont être les instruments de la liberté que donne le Christ doivent d’abord être des prisonniers. Du conclave sort toujours la liberté, ici le pouvoir des apôtres ensuite, dans une continuité bien facile à démontrer, l’évêque de Rome, le pape, garant de l’unité et de la liberté de l’Eglise que nul ici bas ne peut asservir tant qu’elle demeure en communion avec le Vicaire du Christ, successeur de Pierre.

Revenons maintenant dans la salle de notre premier conclave. Jésus y entre malgré les portes fermées et sa première parole : « la paix », comme son premier geste, celui de montrer ses plaies, ont pour but d’éviter une double erreur : non Jésus n’est pas un fantôme dont légitimement les apôtres auraient pu avoir peur. Nous avons déjà évoqué la crainte que suscitaient les morts chez les juifs, qu’ils soient à l’état de cadavre ou de fantômes, à cause de leur impureté. Non l’apparition est bien ce Jésus qui a été crucifié et qui a encore un corps.

« La paix soit avec vous » complète ce que nous venons de dire. Vous n’avez à craindre aucune agression venant de l’au delà, et mes plaies vous montrent que je suis bien celui qui était sur la croix et qui est mort, maintenant je suis là au milieu de vous.

Et l’évangéliste nous dit alors qu’ils furent « remplis de joie en voyant le Seigneur ».

Alors va se préciser la nature du ministère apostolique et en même temps celle de leurs successeurs, les évêques et leurs collaborateurs, les prêtres.

Tout d’abord une précision capitale : « comme le Père m’a envoyé moi aussi je vous envoie ». Ces deux parties de phrase ne sont pas nouvelles dans la bouche de Jésus. Leur nouveauté se situe dans leur parallélisme et dans la situation où ces deux affirmations sont placées ensemble.

Depuis le début de son évangile Jean ne cesse de dire, de rappeler, de suggérer que Jésus est l’envoyé du Père et qu’il a son origine dans le Père et cela va jusqu’à cette parole de Jésus : « qui m’a vu a vu le Père, moi et le Père nous sommes un ».

Jésus ajoute que lui, de la même manière, envoie ses apôtres. Oh bien sûr il ne les en divinise pas pour autant, il ne les engendre pas comme lui-même a été engendré, faisant de lui l’Etre qui comme le Père n’a ni commencement ni fin.

Mais cela dit il va leur conférer une force divine qui les laisse cependant à leur place d’hommes tout en les hissant au dessus des autres.

Car cette force divine Jésus l’a créée en eux en soufflant sur eux. Le verbe grec employé ici évoque la création de l’homme en Genèse II, 7 dans la version grecque de l’Ancien Testament, ce qui suggère ici une nouvelle création, une sorte de résurrection même.

Ainsi s’accomplit la promesse de Jésus faite dans les chapitres précédents, par exemple « lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de Vérité qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi et à votre tour vous me rendrez témoignage. » (Jean 15, 26). On peut se reporter aussi à la prière sacerdotale, Jean 17, 18-19.

Dans ce premier Conclave, Jésus par son souffle, en désignant cette fois explicitement l’Esprit Saint, ordonne ses apôtres à la mission de témoignage dans le monde tout comme lui-même a témoigné.

Le : « comme le Père m’a envoyé moi aussi je vous envoie » accompagné du souffle fait des apôtres de nouveaux Christ ayant la même mission que lui et les mêmes pouvoirs. Ils doivent être recréés pour cela, mais ils restent des hommes. Voilà pourquoi aux chapitres suivants, Jésus réaffirmera la primauté de Pierre pour garder l’unité entre eux et par là l’unité de la foi, alors qu’entre Jésus et son Père point n’était besoin de gardiens, le Saint Esprit suffisait à assurer la communion d’amour.

C’est là toute la différence entre la puissance de Dieu en sa « nue-majesté », comme eût dit Calvin, et cette même divinité manifestée dans son Eglise. Dans la communion du Dieu trinitaire, l’amour seul assure l’unité sans aucun intermédiaire, dans la communion de l’Eglise il faut l’intermédiaire de Pierre et de ses successeurs, gouvernant l’Eglise par droit divin et assistance spéciale du Saint Esprit.

En quoi va consister la mission de ces hommes ainsi investis ? Sans référence à notre évangile du jour et en ne retenant que la première lecture, nous répondrions tous par obéir au : « faites ceci en mémoire de moi », autrement dit célébrer l’Eucharistie qui impliquait le baptême pour y participer et annoncer la bonne nouvelle du Royaume, autrement dit prêcher l’Evangile. Et ce sont bien là les deux tâches essentielles du ministère apostolique et de ses successeurs.

Or notre texte ne nous parle que de remettre ou retenir les péchés. Le ministère de l’évêque et du prêtre se réduirait-il ici à la seule confession et à la seule direction de conscience ? Certainement pas !

Mais je dis que si cela était mieux assuré, ce ne serait déjà pas si mal et que l’Eglise en serait plus forte et plus rayonnante.

Cela dit il ne faut pas oublier ce que nous avons remarqué sur le parallélisme entre l’envoi de Jésus par le Père et l’envoi des apôtres. Jésus a institué l’Eucharistie et a inauguré la prédication du Royaume.

Donc ce que j’ai appelé les deux tâches principales de l’apostolat sont contenues dans le « je vous envoie ».

Ce qui concerne les péchés en constitue-t-il une troisième ? Oui mais elle découle des deux premières et est liée aux autres sacrements. Pourquoi ?

Chaque péché est un reniement plus ou moins grave de son baptême et éloigne de la pleine communion de l’Eglise corps du Christ au point, à certains degrés, d’empêcher la participation à l’Eucharistie et, dans les cas les plus graves, à tous les sacrements, sauf la pénitence, et c’est l’excommunication !

Ceux qui ont pour mission de célébrer les sacrements et de prêcher l’Evangile communiquent la sainteté. Pour que celle-ci agisse positivement, il faut aussi qu’ils aient la possibilité de donner accès à cette sainteté, comme aussi, si besoin est, de défendre cette sainteté contre toutes profanations.

On ne peut voir moqués et souillés ceux qu’on aime, et quand il s’agit du Christ cette impossibilité est encore plus forte.

Il faut aussi se souvenir de cette parole de saint Paul dans sa première Epitre aux Corinthiens : « c’est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira la coupe indignement se rendra coupable envers le corps et le sang du Seigneur » (Chapitre 11, 27).

Et un peu plus loin l’apôtre, après avoir rappelé que dans de tels cas « on mangeait et on buvait sa propre condamnation » (Verset 29) poursuit « voilà pourquoi il y a parmi vous tant de malades et d’infirmes, et qu’un certain nombre sont morts. » (Verset 30).
En prenant ces termes au sens plus large on peut comprendre pourquoi certaines communautés vont mal ! Cela ne doit pas pour autant nous éloigner de la communion fréquente mais nous pousser à être déliés de nos péchés plus souvent pour pouvoir être en état de la recevoir pour notre bien.

Je sais que beaucoup de catholiques n’aiment pas beaucoup la confession et les maladresses, pour ne pas dire plus, de certains ecclésiastiques y sont pour quelque chose !

Dans une de ses homélies du matin à la chapelle de la maison sainte Marthe, le 15 juin 2013 très exactement, le pape François a présenté d’une manière originale ce que doit être la démarche de celui qui va se confesser. Il prêchait sur II Corinthiens 5 versets 14 à 21 que je vous recommande de relire où il est question du ministère de la réconciliation.

Après avoir rappelé que la paix chrétienne est une paix inquiète, qui va de l’avant pour porter ce message de la réconciliation, et que la vie chrétienne n’est pas une thérapie terminale pour rester en paix jusqu’au ciel, il nous fait cette recommandation : « ainsi, lorsque le chrétien va se confesser, il ne s’agit pas seulement de dire son péché et d’obtenir le pardon de Dieu. Il s’agit de rencontrer Jésus Christ et de lui dire : « je t’ai fait péché encore une fois. » Ça lui plait, car ça a été sa mission : se faire péché pour l’homme pour le libérer ». (II Corinthiens 5 verset 21).[1]

Allons donc voir plus souvent notre « péché », Jésus !


[1] Ce texte a été transmis par Zénith du 17 juin 2013.

 

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année A », Artège 2013)

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