La Laïcité, mère porteuse de l’islam ?

C’est le titre du prochain livre que je co-signe avec Odon Lafontaine, aux éditions Saint Léger. Nous y explorons les fondements et les déploiements des espérances et projets politiques nés de l’islam et nés des Lumières : qu’est ce qui anime réellement leurs tenants ? Quelles ont été les influences que les uns ont pu exercer sur les autres jusqu’à la situation actuelle ? Cet éclairage nous a semblé plus que nécessaire en ces temps de grande confusion, alors même que la pitoyable campagne présidentielle en cours évite soigneusement de traiter le fond des problèmes posés par les rapports entre la société française, façonnée par 1500 ans de christianisme et deux siècles de Lumières, et l’islam.

La confusion, c’est par exemple le pataquès qui a accompagné la publication de la Charte de l’Imam que le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) a présentée ces derniers jours. Les réactions qu’elle suscite publiquement, laissant en deviner d’autres, et les tensions qu’elle révèle au sein des communautés musulmanes de France, me confirment qu’il était plus que temps d’inciter à une réflexion de fond sur l’islam. Aussitôt publiée, cette charte a en effet été condamnée par cinq fédérations musulmanes importantes au sein des communautés françaises (la Fédération de la Grande Mosquée de Paris, dont le président Dalil Boubakeur vient de publier à son tour sa propre « proclamation de l’islam en France »[1], la Confédération Islamique Turque Milli-Görus ou CIMG, le Comité de Coordination des Musulmans Turcs de France ou CCMTF, l’Union des Organisations Islamiques de France ou UOIF, et l’organisation Foi et Pratique[2]). L’État français avait voulu doter les musulmans français d’une représentation unique, d’une instance de dialogue avec lui, le CFCM. La réalité de l’islam, que ce même État s’est interdit de considérer en vertu de la loi de 1905, en a décidé autrement : travaillé en profondeur par des courants, des tendances, des influences puissamment divergentes et antagonistes, il se révèle ici incapable de parler d’une seule voix. C’est en fait tout l’islam, au niveau mondial, qui est en situation de crise, due principalement à des facteurs internes tenant à la nature de la doctrine musulmane elle-même. Cette crise a été aggravée encore depuis deux siècles que les Occidentaux se sont mêlés d’islam, depuis que les musulmans se sont appropriés les idées des Lumières et particulièrement depuis l’abolition du califat par Mustafa Kemal en 1924. Nous expliquons tout cela en détail dans notre livre.

La confusion, c’est encore ce qu’incarnent les modalités de publication de cette charte : le CFCM ne dispose même pas d’un site internet où le public pourrait consulter ses positions, ses communiqués et documents ! Au point même que des petits malins ont pris la place, mettant en ligne le site www.cfcm.tv (« Communauté Francophone de Confession Musulmane »), diffusant une doctrine musulmane d’inspiration salafiste ! Un comble ! On est alors obligé, pour s’informer sur cette charte, de s’en remettre aux divers médias qui l’ont reçue, de s’en remettre aux filtres de leurs propres commentaires, et, heureusement, aux initiatives de ceux qui ont eu la bienveillance de la publier eux-mêmes[3] !

Malgré cet incontestable désagrément je ne remets pas en cause les bonnes intentions de certains représentants du culte musulman et de quelques représentants de l’Etat qui ne se sont pas résignés, pour ces derniers, à n’être que les porte-paroles de l’idéologie socialiste au pouvoir. Les gens auxquels je pense ont voulu être soucieux autant du respect de l’autre que de la paix civile. Ils ont souhaité empêcher l’aggravation des tensions actuelles, qui, si elle devait par malheur se poursuivre, aurait des conséquences terribles ! Il faut leur en donner acte au moment où tant d’autres laissent faire, dans l’illusion de pouvoir contrôler le désordre, pensant ainsi attirer à eux plus de voix pour les élections qui se préparent. Aucun des candidats à la présidentielle ne semble avoir pris la mesure de la gravité de la situation. Si l’un d’eux, Fillon, a beau dénoncer les alliances malsaines avec les régimes fondamentalistes du Golfe, il ne semble pas plus avoir compris la nature profonde de l’islam que les autres, qu’ils exposent des projets sociaux à mes yeux complètement démagogiques et utopistes, qu’ils flattent les électorats dans un sens ou l’autre, ou qu’ils se veulent grands rassembleurs d’une communauté nationale sans considérer les ferments de division semés par les Lumières ou l’islam.

Des douze exigences de la charte je ne retiendrai que la proclamation n°4, parce que révélatrice du dialogue de sourds qu’on a instauré et auquel il importe de mettre très rapidement fin, si du moins on veut vraiment poser les problèmes de fond. Selon elle, en signant une telle charte, un imam s’engagerait en effet à proclamer son « attachement profond aux valeurs universelles qui fondent notre République ainsi que l’attachement au principe de Laïcité garant de la liberté de conscience et du respect de la diversité des convictions et des pratiques religieuses ». A première vue, si l’on me demandait aujourd’hui de « proclamer » pareil engagement, j’hésiterais ! Parler des valeurs universelles, fondatrices de notre République au moment où se prépare un vote important a de quoi faire réfléchir ! Cette campagne présidentielle voit par exemple être bafouées les règles élémentaires de l’équité, de l’égalité et de la justice, sensément fondatrices de la République, par ceux-là mêmes qui s’en réclament. Quant à la « Laïcité », formulée par ceux qui se revendiquaient comme héritiers de la politique terroriste de déchristianisation de la Révolution française, elle été conçue dès 1905 comme une religion de substitution au catholicisme. La sagesse et l’esprit de responsabilité des politiques au XXe siècle avaient mis sous le boisseau son militantisme anti-chrétien, mais depuis 2012, la Laïcité l’est redevenue avec vigueur. Alors oui, il y a de quoi se méfier !

Mais là n’est pas la question de fond. Celle-ci réside dans l’impossibilité pour l’islam de concevoir la notion même de laïcité, autrement dit la distinction de la sphère religieuse de la politique, ce qui constitue une des originalités du christianisme comme nous le montrons dans notre livre. De plus l’islam sunnite ne comporte aucune autorité religieuse pouvant imposer quoi que ce soit, comme l’illustre hélas ce que je viens de relever à propos de la crise qui a suivi la publication de cette charte par le CFCM, crise qui ne fait que s’ajouter à d’autres. Enfin, « les valeurs universelles qui fondent notre République » sont essentiellement anti religieuses, même si jusqu’à présent la république laïque a plutôt été compréhensive à l’égard de l’islam – repas halal, vœux solennels du ramadan, aide à la construction de mosquées (pas assez pour certains), etc ! Aussi, comme la guerre avec DAECH risque fort de se poursuivre par le terrorisme, beaucoup de nos compatriotes musulmans pressentent que le « pas d’amalgame » ne durera pas toujours et qu’ils ne disposeront pas constamment d’un gouvernement aussi courtisan à leur égard !

En fait, la situation actuelle est le résultat de la mise en pratique depuis 1789, d’une politique fondée sur la volonté d’éradiquer de France et d’Europe le christianisme, et spécialement le catholicisme. En appliquant les idées de la philosophie des Lumières, les révolutionnaires voulaient supprimer toutes formes de religion révélée pour les remplacer par une religion civile, utilitaire et politique, soumise à l’État et bonne pour le conservatisme social. La mettre en place nécessitait alors de combattre à mort la religion traditionnelle de la France. Ce programme initial fut poursuivi par la suite avec des hauts et des bas, tant pour le camp laïc que pour le religieux ! Vis à vis de l’islam qui n’était pas présent sur le territoire de la France métropolitaine pendant les phases essentielles de ces luttes, 1790 et 1905, pour ne prendre que ces deux exemples, le gouvernement français demeura dans ses colonies d’une grande ambiguïté, comme l’illustre cette parole prêtée à Gambetta : « l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation » ! Les tenants des Lumières avaient cru alors – et croient toujours ! – qu’ils pourraient « domestiquer » l’islam comme au temps de l’Algérie coloniale et de la même manière qu’avec une partie du christianisme qui trouve des charmes à la philosophie de Rousseau. Je pense ici aux nombreux catholiques qui se félicitent de la « Laïcité républicaine » et des libertés qu’elle procure ou qui encensent la séparation des Églises et de l’État, au nom des facilités d’entretien des églises et bâtiments par exemple ! Que d’illusions ! Ce système est-il si bon pour eux qu’il n’y a plus aujourd’hui qu’entre 1,5 et 3 % de pratiquants de la religion catholique dans le peuple français ? Ils ne seraient plus que 3 à 4 millions pour 40 000 églises ! Et l’on dénombre ainsi de moins en moins de prêtres ! D’ici 5 ans, plusieurs diocèses ne pourront plus fonctionner et beaucoup de sanctuaires tomberont en ruine ou devront être vendus… Il existe pourtant des remèdes à cette mort programmée du catholicisme, au premier chef desquels la nouvelle évangélisation prônée par Benoit XVI. Mais on rechigne à s’y mettre, on ne veut pas entendre leurs partisans, on ne veut pas remettre en cause des façons de penser et des systèmes qui, soi-disant, fonctionneraient si bien ! J’en sais quelque chose !

Pour les chiffres concernant l’islam, considérons ceux que publiait le journal Le Monde[4] à partir de diverses sources, et qui reconnaissait honnêtement qu’ils étaient « flous ». Entre 2,1 et 5 millions de musulmans pratiquants pour 2 449 mosquées. Il n’y en avait que 1 536 en 2000. D’où la demande pour en construire d’autres, ce qui semble relever de la logique au regard de l’égalité laïque et républicaine ! D’où également une des raisons du titre en forme de question de notre livre : la Laïcité sera-t-elle la mère porteuse de l’islam ? Mais ce qui semble logique ne l’est absolument pas si l’on prend en compte la réalité européenne, française en particulier, ainsi que son histoire. Pourquoi les Français et les Européens du XXIe siècle qui tiennent à conserver leur culture judéo-chrétienne paieraient-ils les inepties et l’aveuglement de la politique des Lumières ? Il n’y aura jamais « d’islam de France » ! Tout au plus un « islam en France » comme l’indique bien la proclamation de Dalil Boubakeur que je citais, et ce, à des conditions bien précises ! Et c’est ce que s’efforce de démontrer le livre annoncé aujourd’hui !

La première, et la plus urgente de ces conditions nécessaire à la bonne marche d’un « islam en France » serait de disposer d’une information exacte sur la nature de l’islam, ses origines, son histoire, sa pratique ! Cela nécessiterait un vrai débat, sciemment empêché dans notre pays ! Ensuite, il faudrait un nouveau dialogue interreligieux, dans la vérité des croyances catholiques et musulmanes, capable d’interroger le programme politique de l’islam, de questionner ses prétentions à sauver le monde par l’action des hommes, en application d’une loi – fut-elle de Dieu ! Enfin, il faudrait un gouvernement, non pas laïc (parce que ce mot ne veut plus rien dire, tant il recouvre des réalités différentes), mais neutre. J’entends par neutre un gouvernement ne dissimulant aucune préférence religieuse. Ce qui ne l’empêcherait pas d’être intelligent et responsable, c’est à dire de raisonner à partir de l’histoire du pays dont il a la charge, et en fonction de ce à quoi tient la grande majorité des citoyens. Qu’ils soient chrétiens, musulmans ou athées, les Français attachent beaucoup d’importance à la liberté des consciences, et à la liberté religieuse qui en découle ! Par conséquent, compte tenu de ce qu’est l’islam, de son incapacité – jusqu’à présent ! – à distinguer le temporel et le spirituel, du fait qu’aucun des 57 pays musulmans ne garantisse la liberté de conscience, et de l’état de guerre qui existe avec des gens qui se réclament de l’islam, il est impossible de le traiter à égalité avec le judaïsme et le christianisme, et nous expliquons aussi pourquoi dans le livre. Concrètement on ne doit pas inquiéter les porteurs de kippas ou de grands chapeaux, pas plus que les prêtres en soutanes ou les religieuses en voile ! Il faut en revanche interdire la burka et autres signes distinctifs ostensibles du culte musulman. Ils ne font pas partie de notre paysage culturel et nous sommes en guerre contre des gens qui les revendiquent comme preuves du succès de leur conquête ! Pour les mêmes raisons, on doit arrêter de construire des mosquées, au moins tant que la guerre et le terrorisme dureront. Nos compatriotes musulmans doivent et peuvent comprendre que nous sommes en guerre et qu’il n’est pas question de remonter le moral de l’ennemi en lui laissant croire que la France accepterait une partie de son programme par lâcheté ou par sottise, voire les deux à la fois! Me fiant à ce que je connais de mes amis musulmans, je crois aussi que cette position va dans le sens de leurs intérêts, dans la mesure où ils rejettent le salafisme comme toute forme d’extrémisme religieux. Ils sont mieux placés que d’autres pour savoir de quoi leur religion est capable, mais ils ne peuvent rien dire pour des raisons évidentes. Ils ont très moyennement confiance dans certains de leurs représentants patentés, ils apprécieraient que les dirigeants politiques tout comme les responsables religieux chrétiens fassent preuve de davantage de courage et de fermeté.

Voilà ce qu’en conscience, je crois pouvoir et devoir dire, sans trop d’illusions. Étant amené dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre à réétudier cette époque, je suis bien obligé de constater que beaucoup de milieux d’affaires comptaient alors sur un conflit mondial. Ceux qui avant 1914 voulurent s’y opposer le payèrent très cher. Qui sait si, aujourd’hui, il n’entre pas dans certains calculs cette possibilité de destruction de l’Europe par une guerre civile dans laquelle l’ingrédient religieux viendrait s’ajouter aux aiguillons sociaux et économiques ?


La Laïcité, mère porteuse de l’islam ? aux éditions Saint Léger

Format 160 x 240 – 280 pages – sur papier velours 80 grs – 20 € TTC prix public

Parution en avril 2017, disponible dans toutes les librairies

A réserver par internet : http://editionsfeuillage.fr/les-unpertinents/La-laicite.html et http://saintlegerproductions.fr/commandes/web/?view=product&lang=fr_FR&product_id=267

 

[1] http://www.mosqueedeparis.net/exclusif-la-grande-mosquee-de-paris-a-elabore-un-texte-qui-definit-un-islam-republicain-et-respectueux-des-lois-et-coutumes-francaises/proclamation-ifr-par-la-mosquee-de-paris/

[2] cf. https://oumma.com/charte-de-limam-federations-musulmanes-denoncent-methodes-president-cfcm/

[3] RTL l’a publiée le 30 mars : https://fr.scribd.com/document/343503789/Le-CFCM-adopte-une-charte-de-l-imam

[4] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/21/que-pese-l-islam-en-france_4559859_4355770.html

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4 commentaires

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    іke Daddy iss talking about.? Mommy stated making each boys
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