Parole de la semaine – 5e dimanche du Carême

Pour ce 5e dimanche du Carême, l’Eglise nous invite à méditer sur un passage célèbre, la résurrection de Lazare en Saint Jean 11, 1-45. La victoire sur la mort physique n’y est pas seulement proclamée, mais aussi celle qui concerne la mort spirituelle :

Ouvrir des tombeaux… Cette expression recouvre plusieurs réalités, et là va intervenir la méthode symbolique propre à l’évangile de Jean. Mais ne perdons pas de vue pour autant le point de départ de la réflexion de l’Evangile, à savoir un vrai miracle : un mort est ramené à la vie, un tombeau s’ouvre réellement.

Dieu n’abandonne pas au sommeil du tombeau ceux qu’il aime. Lazare est rappelé à la vie, comme signe des résurrections futures pour l’éternité. Celle du Christ à Pâques fut la première. Cela dit tout ce vocabulaire qui place en opposition la mort et la vie doit être compris à la lumière de ce que nous savons de la méthode symbolique de saint Jean, et qui consiste entre autre à employer le même mot, avec des sens différents.

Dans le célèbre dialogue avec Marthe que nous avons lu, Jésus joue clairement sur deux sens du verbe mourir ; le sens littéral bien connu et le sens spirituel recouvrant la vie sans foi, la vie coupée de Dieu, la vie refus d’écouter la parole de Dieu. Quelques chapitres plus haut en effet Jésus dit : « en vérité en vérité je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. En vérité en vérité je vous le dis, l’heure vient et maintenant elle est là, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront » (saint Jean 5, 24-25).

Rapprochons ce texte de notre dialogue : « Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi même s’il est mort vivra, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. »

Ainsi Jésus ne vient-il pas apporter l’espérance seulement à ceux qui ont quitté cette vie, mais aussi à tous ceux qui dans cette vie vivent loin de lui ou ne le connaissent pas.

A ce sujet remarquons que Marthe, comme Marie, dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici mon frère ne serait pas mort. »

Ce n’est pas je crois forcer le sens de l’Evangile, que de voir dans cette remarque répétée un avertissement sur l’importance de la présence de Jésus Christ, pour ceux qui sont ses disciples.

Ainsi en ces temps de faible pratique religieuse, comment ne pas songer entre autre à tous ces baptisés qui par leur non pratique sont loin de Jésus Christ, ainsi que de sa présence vivante dans le sacrement de l’Eucharistie.

Dans notre texte ils sont aussi morts aux yeux de Dieu que Lazare l’était dans son tombeau ; mais cela nous concerne aussi comme pratiquants, nous que la paresse peut toujours menacer, comme cela doit encourager l’Eglise à rendre toujours plus présent Jésus Christ afin que les morts revivent.

D’une espérance pour la fin de notre vie, ou pour la fin des temps, nous voilà donc ramenés à notre témoignage quotidien au milieu des morts-vivants éloignés de la parole de vie.

Et là une grande question se pose : avons-nous toujours le courage de dire à ceux qui ne manifestent aucune foi qu’ils risquent fort d’être morts devant Dieu ? Savons-nous, nous qui sommes censés former l’Eglise militante, les aider avec charité à jeter sur leur vie un regard sans complaisance et à leur montrer la complète absurdité de cette vie sans Dieu.

Je ne le crois pas. Pourquoi ? Nous sommes timides et nous manquons de force. Timides parce que nous ne sommes peut-être pas assez convaincus que Jésus est la résurrection et la vie ; manquant de force car nous avons en fait peur de nous découvrir nous aussi un peu des morts-vivants en essayant d’amener les autres à cette même découverte. Et j’entends par cette remarque qu’il existe toujours chez les chrétiens pratiquants des zones d’ombre face à la mort, zones d’ombre signes de mort spirituelle non encore complétement maitrisées par la foi, zones d’ombre engendrant l’angoisse et qui sait, la peur devant la mort physique, zones d’ombre que doit dissiper la lumière de la résurrection, émanant de la Parole Sainte et des sacrements.

C’est par la prière que nous vaincrons l’ombre qui demeure en nous. Prière pour nous, mais aussi prière pour ceux que nous venons de perdre, pour ceux dont le départ perturbe gravement notre vie, et vis-à-vis desquels nous sommes toujours en deuil, nous nous incluons comme avec toute prière dans le plan de Dieu pour eux. Nous devenons des relais du Saint Esprit, puissance de vie. Et ainsi l’onction de l’Esprit Saint peut-elle se répandre sur la déchirure de la séparation.

Nous, les vivants, avons alors la possibilité d’assimiler notre deuil, ce qui ne veut pas dire oublier ou ne plus avoir de peine à certains moments, mais ce qui veut dire vivre pleinement ici-bas. Et pour les morts que nous venons d’ensevelir, cela veut dire les laisser partir en paix. Je prendrai une image. Je déteste les adieux sur le quai d’une gare, ces étreintes qui n’en finissent pas, ces gens qui courent avec le train pour voir encore un moment l’être qui s’en va. Alors pour nos morts, je dis : de grâce laissons-les partir, sachons les accompagner à la gare sans jouer les prolongations du départ du train, sachons les remettre entre les mains de Dieu par des services funèbres dignes et complets, mais ne prolongeons pas la souffrance de la séparation par des deuils qui n’en finissent pas.

Qui sait d’ailleurs si nos défunts n’en souffrent pas ? Si comme je le crois avec d’autres, l’homme nouveau, né en eux au baptême, ne meure pas comme l’homme extérieur, l’homme physique, puisqu’il permet à l’âme d’aller vers la maison du Père.

Ne gênons donc pas leur départ, mais faisons en sorte que notre confiance en Dieu, par nos prières et les messes que nous ferons célébrer pour la purification de leur âme, les aide à parvenir jusqu’auprès de Dieu. Ainsi serons-nous des instruments de la grâce. La mort aura reculé sur tous les fronts. D’abord en nous parce que nous aurons surmonté les douleurs qu’elle provoque, ensuite pour nos défunts parce que par la vertu de l’Esprit Saint, nous les aurons aidés à aller vers la maison du Père. Pour reprendre le symbolisme de saint Jean, les vivants faibles spirituellement, autrement dit les vivants morts, passent de la mort à la vie tout comme tous les morts physiques passeront à la vie éternelle.

Un dernier mot, j’entends depuis hélas longtemps dans l’Eglise Catholique des voix dire que les prières pour les morts ne servent à rien et bien évidemment les messes non plus puisque tout le monde est sauvé au nom de l’amour immense de Dieu. Ce n’est pas ce que dit la Bible, ni la tradition de l’Eglise Catholique. N’écoutons donc pas ces modernes législateurs de l’au-delà : écoutons plutôt dans la prière ce que l’Esprit dit à nos cœurs en deuil, et laissons-nous guider par le message complet de l’Ecriture et le mystère de la mort qu’il nous fait sentir plutôt que comprendre. Au sein de ce mystère brille une lumière d’espérance, l’Evangile de ce jour l’a reflétée.

A nous de la recevoir et d’en vivre afin de passer maintenant de la mort à la vie et de discerner au travers de nos larmes les tombes de ceux que nous aimons et notre tombe aussi, toutes ouvertes, mais tombes vides pour la foi parce que les invisibles nous attendent auprès de Dieu et qu’à côté d’eux se trouve notre place.


(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année A », Artège 2013)

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