Parole de la semaine – 2e dimanche de l’Avent

Pour ce 2e dimanche de l’Avent, l’Eglise nous invite à méditer sur Matthieu 3, 1-12, l’entrée « en scène » de Jean Baptiste et la prédication de la repentance. Disons tout de suite que ce dernier mot est piégé aujourd’hui ! On ne l’emploie plus beaucoup dans son vrai sens spirituel ! Il sert plutôt « d’enseigne » à des cérémonies d’autoflagellation où un certain masochisme catholique trouve son compte, pour la plus grande joie du sadisme anti-catholique qui va « crescendo « . Aussi, pour mieux comprendre le message du Précurseur et par la même retrouver la vraie pénitence chrétienne, faut-il en revenir à l’expression de conversion – retour de l’Ancien Testament. Voici la fin de l’homélie:

Le maître-mot de la prédication de Jean est « convertissez-vous » qu’il faut comprendre dans un sens beaucoup plus fort que le changement de mentalité suggéré par le mot grec.

Comme le prophète Jérémie, Jean demande en effet un changement radical de direction, un retour inconditionnel à Dieu pour accueillir le rameau qui sortira de Jessé, Père de David, le Messie remplis des sept dons du Saint Esprit comme le rappelle notre première lecture de ce jour que l’Eglise a fort justement placée en lien avec ce texte Evangélique, tout comme le psaume qui appartient à la catégorie des psaumes royaux c’est à dire d’intronisation du Roi. Il est demandé à Dieu de lui donner ses pouvoirs principalement pour exercer la justice et se préoccuper du pauvre. Ce sont ces préoccupations qui sanctifient le pouvoir politique et le rendent respectable et légitime. Autrement il n’est que le valet de Satan ! Et comme on ne s’approche pas n’importe comment de la Sainteté Divine, qu’on soit puissant ou faible, il faut le baptême de Jean Baptiste qui inclut la confession des péchés.

La confession ! Voilà un mot qui fait fuir et pas seulement pour de mauvaises raisons. Que de gens ont été traumatisés ainsi par des confessions qui, relevant plus de l’inquisition voyeuriste et disons-le légèrement sadique, que d’actes de miséricorde, et ce, au travers de questions indiscrètes des confesseurs.

Et si l’on ajoute à cela une certaine désacralisation de la messe aujourd’hui entrainant une forme de relativisme quant à la croyance en la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, et enfin l’encouragement à la communion fréquente mal comprise, on doit faire le triste constat que beaucoup en communiant n’importe quand et n’importe comment mangent leur propre condamnation.

Relisez ce qu’écrit saint Paul à ce sujet aux Corinthiens dans sa première Epître 11, 27-30, qu’il conclut au verset 31 « si nous nous examinions nous-mêmes nous ne serions pas jugés. » « S’examiner », oui voilà l’urgence avant d’examiner les autres. C’est là la seule démarche qui peut nous faire descendre dans les eaux du Jourdain pour confesser nos péchés non plus devant Jean-Baptiste mais devant le prêtre, ministre de la pénitence et de la réconciliation. Et croyez bien lorsque j’exhorte à cela j’applique le « convertissez-vous » aussi bien aux prêtres confesseurs parmi lesquels je me range qu’à ceux qui vont « descendre dans les eaux du Jourdain ».

Reste le fait que se confesser sérieusement n’est pas une démarche simple. Tout en notre civilisation ambiante nous en détourne et l’Eglise ne sait pas toujours trouver les mots qui conviendraient autrement dit ceux qui montrent que cette action est libératrice et que, loin d’être une humiliation, elle apporte un plus spirituel rapprochant la créature de son créateur. Tout croyant devrait donc ressentir ce besoin pour se rapprocher de Dieu.

D’ailleurs notre passage de l’Evangile nous le prouve bien puisque même des pharisiens et des sadducéens se présentent au baptême de Jean. L’élite religieuse du peuple juif se mêle donc à la foule des pécheurs du commun pourrait-on dire, et tend à montrer qu’elle aussi a besoin de repentir. Pour le coup ils sont accueillis par Jean-Baptiste à l’entrée de ce qui peut tenir lieu d’église c’est à dire les rives du Jourdain, et les mots d’accueil n’ont rien de « sucré » puisqu’ils se font traiter d’engeance de vipère tentant de fuir la colère à venir.

Et pourtant ces personnages comptent parmi ce qu’on fait de mieux comme religieux en Israël je l’ai dit. Les pharisiens sont des laïcs zélateurs de la loi, de son étude et de sa mise en pratique, les sadducéens sont des prêtres issus de la sainte tribu de Lévi consacrés au service du temple, les plus privilégiés en tant que prêtres pouvant seuls présenter à Dieu les sacrifices rapprochant le peuple de son Seigneur.

On ne nous dit pas que le baptême leur est refusé, mais ils s’entendent publiquement reprocher d’être les plus inaptes à venir ainsi se présenter. Pourquoi ? A cause de leurs fonctions ? Non pas ! Mais à cause de l’orgueil spirituel qu’ils en tirent et que résume l’expression « nous avons Abraham pour père ».

Et nous touchons là au pire obstacle à la repentance bien plus puissant que toutes les maladresses des confesseurs et la peur que celles-ci ont pu susciter. Chaque époque a sa manière de dire « nous avons Abraham pour père ». Cela se décline par toutes les manifestations intérieures ou extérieures que l’on éprouve pour se considérer comme quelqu’un de très bien : en se référant à un ancêtre glorieux on ferait valoir une vie qu’on estime sans tache, une profession qu’on prétend exercer à merveille, ou une foi exemplaire et chacun peut sans peine en continuer la liste.

Alors pourquoi la démarche publique de pénitence comme dans notre texte ? Parce que à ce moment là c’est la mode. Oui c’est la mode d’attendre le Messie et de faire comme la majorité pour bien démontrer qu’on est un bon croyant. Alors s’il faut passer par un bain de pied ! Cela ne les engage pas plus que ceux qui clament un peu trop qu’ils sont de pauvres pécheurs dans certains milieux où cela peut être la mode, même aujourd’hui.

Si c’est le prix à payer pour être dans le dernier carré des justes alors pourquoi pas du moment qu’on est au dessus des autres ! Aujourd’hui il faut être chrétien debout, affranchi d’un ritualisme forcément humiliant et infantilisant. On peut à la rigueur admettre qu’entre Dieu et soi il y ait quelques fois motifs à de petites fâcheries, mais Dieu est si bon et nous si méritants du seul fait que nous soyons encore pratiquants. On admettra alors l’idée de réconciliation mais pas de pénitence. Les petits cachotiers au cœur empaillé d’orgueil ont toujours existé. Ce qui compte pour l’Eglise c’est de montrer qu’elle n’est pas dupe. Elle accueille certes tout le monde, mais elle avertit qu’au bout du chemin, après la vraie ou la fausse repentance, on rencontre obligatoirement celui qui sépare le blé de la paille pour brûler cette dernière dans le feu qui ne s’éteint point.


(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année A », Artège 2013)

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