Parole de la semaine – 28e dimanche du temps ordinaire

Pour ce 28e dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à méditer sur Luc 17, 11-19,  » l’évangile des dix lépreux ». Ce texte pousse jusqu’à ses extrêmes limites la puissance de la foi, puisqu’il met en scène un samaritain, mêlé à des juifs, bénéficiant de la même guérison qu’eux, et sachant finalement mieux rendre grâce ! Les dix lépreux ont cependant tous un comportement de foi, qui peut nous servir d’exemple à tous. Mais le samaritain est beaucoup plus exemplaire. C’est le thème de la fin de l’homélie :

Ainsi faut-il proclamer que si Dieu est libre, et qu’il ne nous doit rien, il peut néanmoins guérir toute maladie en Jésus Christ, partout où il y a manifestation de foi en sa puissance. Et pour cela, il n’est pas forcément nécessaire de procéder à des cérémonies compliquées.

Participer à l’office dominical d’une manière recueillie en vivant complètement la confession, l’absolution, la prédication, la rencontre avec le Christ vivant dans l’eucharistie (d’où la nécessité de croire en sa présence réelle), tout cela, oui, donne accès aux forces divines vivifiantes qui peuvent provoquer la guérison. Alors, je vous le redemande, mais cette fois-ci sous une forme plus directe : qui parmi nous s’est présenté ainsi devant Dieu et lui a demandé avec respect et foi de la guérir ? Si nous ne l’avons pas encore fait parce que l’occasion ne s’est pas encore présentée, souvenons-nous en le jour où la maladie nous frappera. Si nous ne l’avons pas fait par manque de foi, souvenons-nous qu’il n’est jamais trop tard, et que la meilleure preuve qu’il n’est jamais trop tard c’est que nous sommes encore vivants.

Imaginons alors, et cela après tout n’est pas impensable, imaginons que quelqu’un parmi nous écoute et surtout mette en pratique ce que je viens de dire ? Par parenthèse, les prêtres aiment bien quelquefois imaginer cela, imaginons donc que quelqu’un de malade demande la guérison au Christ exactement comme les dix lépreux. Eh bien, suivons notre texte. Si la demande est formulée avec foi, et j’insiste bien avec foi, c’est-à-dire non pas du bout du lèvres mais en étant bien persuadé de la conversion qu’implique une pareille demande, si la demande est formulée avec foi, une réponse se fera entendre, une réponse positive comme celle de Jésus aux dix hommes, mais une réponse qui va encore exiger la foi. Pourquoi ? Eh bien, nous l’avons relevé, nos dix lépreux doivent agit comme s’ils étaient guéris, alors qu’ils ne sont pas encore guéris. Ils se mettent en marche vers le prêtre alors qu’ils ont toujours la lèpre. Aurons-nous la foi suffisante pour nous mettre en marche, et nous qui peut-être avons eu jusqu’à présent des demandes déçues dans ce domaine, avons-nous éprouvé assez de foi pour nous considérer comme guéris alors que nous ne l’étions pas encore ? Je crois, voyez-vous, qu’on n’a rien compris au christianisme tant qu’on n’a pas réalisé l’importance du « comme si ». Ce qui en valeurs mondaines se traduirait vite en hypocrisie, ici, est signe de foi. Cette notion du « comme si » est en effet liée à la nature de la victoire du Christ. Le Christ a vaincu la mort et pourtant nous voyons encore les forces de mort triompher. Le Christ a vaincu le péché et pourtant, nous sommes les témoins de manifestations bien vivaces du péché, qui nous rappellent sa forte présence. La foi qui va de pair avec la lucidité, nous oblige donc à faire comme si. Si la mort me prend un être cher, ma foi et mon espérance subsisteront par le principe du « comme si ». La mort est vaincue, dois-je me dire, avec le mort ou la morte que j’aime sous les yeux. Ce n’est pas facile à vivre, chers amis, croyez bien que je le sais et que je me prêche à moi-même autant qu’à vous. Mais il faut se dire cela pour progresser dans la foi et peu à peu surmonter sa légitime peur de la mort.

Revenons alors à notre attitude devant le pardon du Christ, annoncé et scellé par l’eucharistie. J’évoquais à ce propos la demande de guérison, la demande de soulagement d’une souffrance. Eh bien, vous l’avez maintenant compris, il faut avoir la certitude que Dieu vous a exaucés, et cela sans preuve, alors qu’on souffre encore, oui, il faut avoir cette certitude-là pour ressentir plus tard les bienfaits de la guérison. Il ne faut pas que notre crainte de tenter Dieu, ou pire, notre manque de foi, nous empêche d’oser demander. D’ailleurs, je vous pose la question : comment se plaindre de ne rien recevoir quand on n’a rien osé demander ? En vous souvenant que Dieu est libre de ne pas exaucer à la lettre ce que vous demandez, osez demander avec la certitude qu’il a le pouvoir d’accéder à votre demande et surtout, cela étant fait, sachez vivre en guéris et vous faire reconnaître comme tels, comme les anciens malades de notre parabole.

Une dernière remarque : nos dix malades étaient unis dans et par la maladie, et nous avions relevé que cette union était d’autant plus remarquable qu’il s’agissait de neuf juifs et d’un Samaritain. Nos dix hommes demeurent encore unis dans la guérison. Mais voilà qu’ils se séparent dans leur manifestation de reconnaissance. Seul l’étranger, le Samaritain, va remercier Jésus. Seul, il s’entend dire : « Relève-toi, ta foi t’a sauvé. » Au delà de l’insistance de Luc sur l’universalité du salut annoncé par Jésus Christ, il faut voir, je crois, quelque chose de plus dans l’évocation du comportement de ce Samaritain. Car, à bien y réfléchir, il est logique que le Samaritain n’ait pas achevé son chemin avec les autres. Il avait beau être purifié de sa lèpre, il demeurait toujours samaritain, donc toujours impur auprès des prêtres juifs. Il aurait dû alors aller voir d’autres prêtres, des Samaritains, par exemple. C’est pourquoi, quitte à en voir d’autres, il préfère aller trouver celui qui l’a guéri. Ainsi est-ce sa situation d’étranger et de rejeté qui l’a incité à retourner auprès de Jésus. Quant aux neuf autres, toujours à bien y réfléchir, ils n’ont fait que suivre à la lettre ce que leur a dit Jésus. Et, en soi, le fait d’être allé jusqu’aux prêtres n’avait rien que de très normal. Ce qui leur est reproché par le Christ, c’est d’en être resté là. La guérison les a réintégrés dans le circuit religieux traditionnel. Ils sont passés à côté de la véritable conversion. Ils ont été rendus à une vie normale et restent dans cette normalité, alors que le Samaritain, qui de par sa situation de Samaritain n’est pas dans la normalité, accède aux révélations supérieures de la foi. Nous sommes placés là, une fois de plus, devant la polémique de Jésus contre certaines formes de routine religieuse qui peuvent masquer l’essentiel. Ici, les rites traditionnels de purification de la lèpre occultent le guérisseur et le sens de sa mission, et ce dans la proportion de neuf personnes sur dix.

Ils sont effectivement nombreux, ceux et celles qui engloutissent dans la routine de la reconnaissance mondaine les bienfaits qu’ils ont reçus de Dieu. Car, qu’est-ce qui tient lieu aujourd’hui des prêtres de l’ancienne alliance qui reconnaissaient la pureté et réintégraient dans la société ? Eh bien, selon les cas, c’est-à-dire selon les « lèpres », ce peut être des médecins, mais aussi telle ou telle autorité de la vie civile. Pour marquer, pour authentifier le retour à une vie normale après une maladie, après un certain nombre de problèmes, la grande majorité des humains se contente d’une reconnaissance venant de la société civile, ce qui correspond aux prêtres examinateurs de notre récit. Qui pense à Dieu, qui songe à le remercier ? Il faut alors savoir se garder une âme de Samaritain, ce qui devrait être possible au chrétien, « étranger et voyageur sur la terre[1]. » Vivons donc dans ce monde, mais ne nous y sentons jamais trop confortablement installés. C’est là, je crois, une des leçons de notre texte. Les reconnaissances que nous manifesterons aux autres ne nous empêcheront pas de dire notre reconnaissance à Dieu.

Ainsi pourrons-nous ne pas passer à côté de l’irruption de la grâce, et bénéficier des bienfaits de l’eau vive que dispense toujours le Christ à ceux qui ont foi en lui.


[1] 1P 2, 11

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