Parole de la semaine – 16e dimanche ordinaire

Pour ce 16e dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à méditer sur Luc 10, 38-42, la célèbre histoire de Marthe et de Marie. J’ai cité St Augustin qui, prêchant sur ces textes, nous demandait à juste titre de ne pas opposer ces deux comportements : l’écoute du Christ dans le respect et l’adoration et l’action. Avant de donner la fin de l’homélie, je tiens à rajouter qu’aujourd’hui j’ai souhaité que la France reprenne à son compte l’attitude des deux sœurs (et surtout ceux qui nous gouvernent) : qu’on écoute le Christ et sa doctrine et qu’on s’active, non pas à préparer un menu gastronomique, mais un menu de saine politique qui permette à chacun de vivre en sécurité ! Voici la conclusion de l’homélie :

Dans deux sermons sur notre passage saint Augustin (354-430) a parfaitement compris et expliqué la situation. Dans un premier sermon appelé par le traducteur « Marthe et Marie ou l’unique nécessaire », le saint évêque d’Hippone nous présente d’abord les deux sœurs à égalité dans leur désir de servir le Christ : « Marthe et Marie était deux sœurs ; aussi unies par la religion qu’elles l’étaient par le sang, toutes deux s’attachèrent au Seigneur et elles s’accordèrent toutes deux à le servir pendant qu’il était ici dans sa vie mortelle. Marthe le reçut comme on reçoit un hôte. […] Pour préparer un repas au Sauveur Marthe s’occupait de soins nombreux ; Marie sa sœur aima mieux être nourrie par lui ; elle laissa donc Marthe aux occupations multipliées du service quant à elle s’assit aux pieds du Seigneur et écoutait tranquillement sa parole. […] Ces deux fonctions étaient bonnes, mais avons-nous besoin de dire qu’elle était la meilleure ? Nous avons ici quelqu’un à interroger ; écoutons patiemment. […] Marthe en appelle à son hôte, elle dépose au pied du juge sa pieuse requête, elle se plaint que sa sœur l’ait laissée et ne pense pas à l’aider dans ce service qui la fatigue. Marie ne répond pas, cependant elle est là et le Seigneur prononce. On dirait que dans le repos dont elle jouit, elle aime mieux confier sa défense à son juge, et ne veut pas travailler à préparer une réponse. Ne faudra-t-il pas pour la préparer qu’elle relâche de son attention ? Le Seigneur n’avait pas besoin de travailler ses discours, puisqu’il était le Verbe éternel ; il répondit donc et que dit-il ? « Marthe, Marthe. » Cette répétition est-elle un témoignage d’affection ou seulement un moyen d’exciter l’attention ? Quoi qu’il en soit l’attention de Marthe fut excitée plus vivement par cette répétition « Marthe, Marthe » écoute, « Tu t’appliques à des soins nombreux mais il n’y a qu’un besoin, c’est à dire qu’une seule chose nécessaire. Il n’entend pas qu’il ne faille absolument qu’une action, mais qu’il n’y a qu’une seule chose utile, avantageuse et nécessaire ; c’est celle dont Marie a fait choix. »[1]

Saint Augustin va donc complètement dans le sens de Jésus en disant pourquoi et pour quelle raison. Mais il croit bon d’ajouter des consolations pour Marthe, et voilà qui me semble intéressant : « Je le dirai toutefois pour ta consolation, Marthe : ton ministère attire sur toi de divines bénédictions, ce travail te conduit à une récompense qui sera le repos. Que de soins aujourd’hui t’occupent pour donner l’hospitalité à des saints, qui n’en sont pas moins des mortels ? Mais une fois parvenue à cette heureuse patrie y rencontreras-tu encore des étrangers à accueillir, des affamés à nourrir, des altérés à rafraichir, des malades à visiter, des cœurs divisés à réconcilier, des morts à ensevelir ? Il n’y aura rien de tout cela. Et qu’y aura-t-il ? Ceux dont Marie a fait le choix. »[2]

Et le deuxième sermon explique encore ces consolations à Marthe : « Comment donc Marie fut-elle justifiée ? Nous imaginerons-nous que le Seigneur blâma les fonctions de Marthe, de Marthe appliquée aux devoirs de l’hospitalité et heureuse hôtesse du Seigneur lui-même ? Mais comment la blâmer de la joie que lui inspirait un tel hôte ? S’il en était ainsi ne devrait-on pas renoncer au service des pauvres, choisir la meilleure part, la part qui ne sera point ôtée, s’appliquer à la méditation, soupirer après les délices de l’instruction, ne s’occuper que de la science du salut, sans se demander s’il y a quelques étrangers à recueillir, quelques pauvres qui manquent de pain ou de vêtements, quelques malades à visiter, quelques captifs à racheter, quelques morts à ensevelir ? Ne faudra-t-il pas enfin laisser là les œuvres de miséricorde et ne s’adonner qu’à la science sainte ? » […] « Ce n’est pas cela néanmoins ; et le Seigneur a bien dit. La chose n’est pas comme tu l’entends, elle est comme tu dois l’entendre. Remarque bien : tu t’occupes de beaucoup de choses quand il n’y en a qu’une de nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, la tienne n’est pas mauvaise, la sienne est meilleure. […] Ainsi donc le Seigneur ne blâma point ce qu’elle faisait ; il distingua les fonctions. Tu t’occupes de beaucoup de choses ; or il n’y en a qu’une de nécessaire et Marie en a fait le choix. […] C’est deux femmes qui furent l’une et l’autre agréables au Seigneur, aimables toutes deux et toutes deux fidèles, ces deux femmes figurent deux vies : la vie présente et la vie future, la vie du travail et la vie du repos, la vie de l’épreuve et la vie du bonheur, la vie du temps et la vie de l’éternité. » […] « Ces deux vies étaient donc alors dans cette demeure, et avec elles la source même de la vie. Marthe était une image du présent ; Marie de l’avenir. Nous sommes à ce que faisait Marthe, nous espérons ce que faisait Marie. Faisons bien l’un pour posséder l’autre pleinement[3]. »

Vous l’avez donc compris, nous devons concilier en nous Marthe et Marie, que nous soyons des hommes ou des femmes, car je ne pense pas que ce texte s’adresse aux seules femmes et qu’il y ait ici la moindre allusion à un ministère féminin de type apostolique, autrement dit pastoral. D’abord je crois que si Jésus avait voulu dire quelque chose là-dessus il aurait été plus précis et Luc, qui accorde une grande importance aux femmes, s’en serait souvenu.

Si l’on veut cependant voir une indication ministérielle concernant les femmes cela n’est pas impossible, mais celle-ci ne peut être que d’ordre diaconale et en restreignant le sens de ce mot à celui de social, car il ne s’agit pas ici de ce que nous appelons le premier des trois ministères sacrés avant la prêtrise, il s’agit du service des tables pour actualiser cette scène de l’Évangile.

Réconcilier en soi les actions de Marthe et de Marie c’est tout simplement faire en sorte que l’action diaconale de type social soit toujours enracinée dans la parole de Dieu et nourrie par elle. Faut-il dire que ce que ferait l’Église dans ce domaine s’il n’y avait pas référence à la parole de Dieu ne serait que l’action d’une ONG pieuse pour reprendre une expression de notre pape François à ce sujet ?

Si donc on constituait un ministère féminin de diaconesse, il n’aurait qu’une dimension sociale rendant présente la charité chrétienne partout où elle est nécessaire, rien de lié au service de l’autel ou de la parole dans un cadre liturgique. Si nous pensons que notre texte met en avant la féminité au travers des exemples de Marthe et de Marie, ne compromettons pas la bonne part qu’a choisi l’une pour en faire profiter l’autre en transformant les deux sœurs en ce qu’elles ne sont pas.


[1] Saint Augustin, « Sermons sur l’Ecriture », ed établie et présentée par Maxence Caron, paragraphe 2 p. 897 et paragraphe 3 p. 898, ed Robert Lafond

[2] Saint Augustin, opus cité, paragraphe 6, p. 900

[3] Saint Augustin, opus cité, extrait des p. 902 à 904

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année C », Artège 2015)

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Un commentaire

  1. merçi pour ce beau texte de St Augustin . J’aime beaucoup , quant au role des femmes dans l’Eglise ,je partage tout à fait votre opinion . Si JESUS avait voulu que les femmes soient Pretres , Il aurait fait de sa Mere une pretresse , de meme pour les saintes femmes qui Le suivaient . Orgueil , jalousie ou te caches tu ?

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