Parole de la semaine – 14e dimanche du temps ordinaire

Pour ce 14e dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à méditer sur Luc 10, 1-20. C’est le récit de la mission des soixante douze disciples qui comporte de précieux renseignements sur l’évangélisation. Voici la conclusion de l’homélie :

Ensuite viennent plusieurs recommandations sur la maison dans laquelle le disciple habitera. Car il est question de l’évangélisation des villes, d’où l’importance accordée à la maison. Par souci de paix et d’efficacité, le missionnaire restera dans la première maison qui l’accueillera, il y verra en effet un signe de la providence divine et n’aura pas à chercher mieux, ce qui ne pourrait que semer autour de lui le trouble et le distraire de sa mission[1].

Et dans ces villes dont les maisons constituent les points de départ de l’évangélisation, les disciples devront apporter outre la paix, les soins. Jésus n’ordonne pas aux soixante-douze de guérir, cela n’appartient qu’à Dieu, mais de soigner, le verbe grec qui est utilisé a donné d’ailleurs le mot thérapie. La guérison relève en effet du stade final qui n’appartient qu’à Dieu seul et que Jésus manifestera. L’Église, elle, par ses ministres, soigne et je rappelle à ce sujet la conception ancienne des sacrements qui devaient être source de guérison de l’âme et du corps. Leur administration, du ressort de l’Église, est de l’ordre du soin, leur résultat par l’action de l’Esprit Saint permet de faire agir les sacrements à salut, pour le pardon des péchés, donc pour la guérison de l’âme et du corps manifestant ainsi la proximité du royaume. Le verbe employé d’ailleurs évoque une approche « spatiale » du royaume de Dieu. Et c’est la première fois chez Luc qu’il est question de cette approche du royaume en ce verset 8. Celle-ci se fait en dehors de la volonté des hommes et même à la limite malgré eux, comme le précise le verset 11b[2].

Il y a donc une présence objective de Dieu dans l’œuvre des disciples qui agissent au nom de Jésus Christ comme envoyés de l’Église, ce qui traduit bien la puissance des sacrements. Aussi doit-il être bien clair pour tous que le sacrement par sa nature est d’institution divine. Seule son efficacité est liée à la foi et à la mystérieuse volonté de Dieu. Celui qui doute, et pire celui qui ne croit pas, reçoit cependant le corps et le sang du Christ ou l’huile du sacrement des malades comme agents sacrés du pardon des péchés et de la guérison. Leur mauvaise disposition intérieure ne peut influer que sur l’effet de ce qui leur est donné, mais pas sur la nature du don.

Voilà pourquoi il est ordonné aux disciples d’enlever de leurs pieds la poussière des lieux où on les a refusés. Ces endroits sont porteurs des malheurs de l’impiété et du sacrilège. Mais pour qu’il y ait eu impiété et sacrilège, encore faut-il qu’il y ait eu auparavant présence de la foi annoncée et manifestation du sacré, sinon le refus n’aurait été que du néant fondé sur du vide, n’impliquant nullement la nécessité d’enlever de ses chaussures quoi que ce soit en rapport avec une attitude négative !

Dans les situations d’impiété et d’hostilité l’Église, encore faudrait-il que ses représentants, tout en conservant un esprit d’amour et de charité, manifestassent justement au nom de cela et en signe d’avertissement salutaire, ces signes de présence du sacrilège !

En un temps où la profanation est devenue affaire courante contre tout ce qui est chrétien, et pire où cela est devenu aux yeux de certains politiques un signe de liberté et d’affranchissement de l’homme, nous qualifierons de naïfs aussi bien ceux qui veulent éliminer la notion de sacrilège que ceux qui veulent l’ignorer, alors qu’il est urgent de faire tomber certaines poussières sans appeler pour autant le feu du ciel !

Les lamentations sur les deux villes[3] de Galilée montrent, en conformité à l’Ancien Testament, la responsabilité collective que comporte un refus adressé à Dieu. La comparaison avec Sodome, je le note au passage, montre bien que le péché commun à ces trois villes est celui de l’infraction à la loi de l’hospitalité. Pour Sodome vis-à-vis des anges envoyés par Dieu, pour Chorazin et Capharnaüm vis-à-vis des soixante-douze envoyés par Jésus. C’est aussi l’aveuglement devant les signes de Dieu, présence des anges pour Sodome, miracles de Jésus pour Chorazin et Bethsaida, et pire pour le lecteur auditeur de l’évangile de Luc, ce que dit Jésus sur Tyr et Sidon villes païennes qui elles se seraient converties si elles avaient vu ce que les autres auraient dû prendre en considération. C’est encore pour Luc la manière de montrer la nécessité d’aller vers les païens et un avertissement pour ceux qui constituent le peuple de Dieu, essentiellement les juifs à son époque, mais par ricochet le peuple de l’Église ; cela nous concerne, nous aujourd’hui, car l’incrédulité et l’endurcissement peuvent entraîner, tout comme par le passé, des châtiments collectifs. Et si je ne me fais pas bien comprendre je dis que les chrétiens lâches, incrédules et traitres au message du maître portent malheur à toute l’Église et que ce serait la moindre des choses que de les écarter de l’Eucharistie et autres dons reçus de Dieu par les chrétiens

Car ce qui constitue finalement le point d’orgue de notre récit[4] c’est la sauvegarde de la sainteté de Dieu, autrement dit dans ce combat mené contre l’incrédulité et contre le mal, la puissance divine ne doit jamais apparaître comme émoussée. Les soixante-douze n’ont pas à se réjouir de leur pouvoir mais du seul pouvoir qui peut sauver et dont Dieu leur a fait la grâce, par la médiation du Christ : ils participent aussi à cette œuvre de salut en inscrivant leur nom au livre de vie.


[1] François Bovon, « L’Évangile selon saint Luc », Tome IIIb, ed Labor et Fides, p. 56-57

[2] Voir la note de la TOB sur le verset 11b

[3] François Bovon, opus cité, voir p. 58 et 59 sur l’évocation de Chorazin en particulier, et son commentaire approfondi des versets 13 à 16 si importants dans le discours de Jésus

[4] François Bovon, opus cité p. 60 et 61

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4 commentaires

  1. Aujourd’hui on a perdu le sens du sacré , de la grandeur de Dieu , sa beauté, sa transcendance , on rentre dans les églises comme dans des musées ,on ne veut plus se mettre à genoux pour prier car nous sommes les égaux de Dieu . les curés ont enlevé les agenouilloirs ,il n’y a plus d’encens ,le tabernacle est souvent mis dans une chapelle latérale on lui tourne le dos .Je crois que beaucoup de catholiques ont perdu la vrai foi en NSJC et il me semble que des prêtres même des évêques professent souvent des doctrines hérétiques , qu’en pensez-vous ?

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  2. Merçi de rappeler la valeur des Sacrements et de distinguer soins et guérison qui n’appartient qu’a DIEU . On a trop oublié ce qu’est un SACREMENT . Toujours me revient la Parole de Jésus « si tu savais le don de DIEU … »

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  3. J’apprécie la rudesse de ce texte et la mise en garde sans fioriture vis à vis de la responsabilité des chrétiens qui choisissent le Veau d’or par confort ou paresse et plus particulièrement les prélat qui choisissent le silence confortable plutôt que la Mission courageuse contre les œuvres mortifères qui agitent notre monde déboussolé, alors que l’Eglise et les chrétiens sont attaqués de toutes parts, voire massacrés dans le monde. Il est courageux et salutaire de dire les choses sans détours et de nommer l’ennemi qui nous menace tous, avec tant de complicités des politiciens et des collabos aux arrières pensées clientélistes qui ont déjà choisi leur camp.
    Merci !

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