Parole de la semaine – 3e dimanche du temps ordinaire

Pour ce 3e dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à méditer Luc 1 v1-4 et 4 v14-22. La première partie fort originale, parce qu’unique dans le Nouveau Testament, nous expose les motivations de l’auteur ! Celles-ci constituent une mise au point importante sur les modalités de l’inspiration des Ecritures dans toute la Bible ! Point de dictée angélique à un mystique en extase qui oblige à une interprétation littérale des textes, mais incarnation du Verbe divin et de sa volonté dans des vies humaines, marquées par leur époque, ce qui impose une interprétation par un magistère qualifié ! (Voir les p. 186 à 188). Ensuite vient la première partie du récit de la prédication de Jésus à la synagogue de Nazareth. Luc, en « expert » de l’action du Saint Esprit, nous montre comment ce dernier agit. Voici la fin de l’homélie :

Et justement dans l’épisode de la synagogue de Nazareth, nous allons retrouver la puissance de l’Esprit Saint. Et il en est tout de suite question avant même que Jésus ait pénétré dans la synagogue.

De fait le Saint-Esprit est omniprésent dès le début de l’Évangile de Luc. Cela commence par l’annonciation de l’ange Gabriel à Zacharie puis à Marie, puis dans les autres grands témoins que sont Jean Baptiste, Élisabeth, le vieillard Siméon et la prophétesse Anne[1]. Les débuts de Jésus comme ceux de l’Église dans le livre des Actes sont les fruits de manifestations très fortes de l’Esprit. C’est lui qui fait la renommée de Jésus dont il est ici question (verset 14), c’est lui qui édifiera l’Église le jour de la Pentecôte et la fera croître (Ac 2).

Ne devrions-nous pas nous en souvenir plus souvent, nous qui vivons dans un pays d’ancienne chrétienté où la renommée de Jésus ne caracole plus en haut des sondages, sans parler de celle de l’Église qui est bien loin derrière. Au lieu d’en chercher les causes dans l’air du temps, autrement dit chez les autres, ceux qui ont déserté l’Église ou qui la combattent depuis longtemps et dont les rangs grossissent, ne devrions-nous pas nous poser la question de notre rapport à l’Esprit ?

Qu’est-ce qui va rendre aujourd’hui à Jésus sa bonne renommée ? On a vu les ravages qu’ont causé après les années 70 les tentatives pour mettre Jésus au goût du jour. C’était le temps du Jésus « copain », « camarade », et quelquefois même « hippie » ! Il fallait le chanter au son des guitares, avec batteries. Tout cela au nom de l’ouverture au monde et aux jeunes en particulier, c’était l’époque du « jeunisme », le salut par les jeunes. Ne vit-on pas même l’organisation d’un concile de jeunes par des oecuménistes disons « enthousiastes » ! Peut-être pour faire mieux que Vatican II qui n’avait pas donné à leurs yeux les résultats escomptés. Où sont aujourd’hui dans l’Église les jeunes de ces années là ? Quant à l’Église elle-même, ceux qui la gouvernaient en ce temps-là et je ne vise surtout pas le magistère romain, croyaient beaucoup plus en la vertu des statistiques qu’en la puissance de l’Esprit Saint. Et il en reste me semble-t-il quelque chose aujourd’hui dans les comportements de certains ecclésiastiques. Ils agissent plus en syndics de faillite ne croyant même plus en un redressement judiciaire divin ! Ils donnent l’impression de ne plus se sentir porteurs de la puissance de l’Esprit Saint. Une fois n’est pas coutume, je ne donnerai pas d’exemple précis ! Mais ils sont légion comme le démon du même nom.

Revenons à Jésus. Trois précisions importantes le concernant me paraissent devoir être relevées.

Il enseignait. L’annonce de la bonne nouvelle est aussi un enseignement ! Elle n’est bien sûr pas que cela. Mais elle est aussi cela. On l’oublie trop aujourd’hui, tant dans les paroisses que dans les séminaires. Ainsi beaucoup de ces lieux n’attirent plus grand monde. Ce n’est pas l’Esprit qui est absent ou paresseux, mais les hommes qui sont censés agir par lui ou être nourris par lui. Une homélie doit apprendre quelque chose sur le texte biblique commenté et provoquer par son actualisation des réveils de conscience. Mais voilà, contaminés par une éducation nationale qui ne croit plus depuis 1968 à sa mission d’élévation des esprits par la connaissance, ce qui implique une sélection, l’Église elle aussi au nom d’un égalitarisme de la médiocrité qu’on masque de la simplicité évangélique, n’ose plus formuler grand chose. Le discours chrétien est devenu une sorte de bain de siège d’eau tiède à la température de la vomissure de l’Église de Laodicée dont il est question dans l’Apocalypse (Ap 3, 16).

Ensuite Jésus n’enseignait pas n’importe où mais dans les synagogues. Ces lieux étaient faits pour cela, tout comme nos églises. Paul fera de même comme les premiers missionnaires chrétiens. Luc ne manquera jamais de le rappeler. Si l’on n’avait pas oublié cette fonction essentielle de nos édifices sacrés, je suis sûr qu’ils ne seraient pas aujourd’hui autant désertés et qu’on ne penserait pas pour eux à d’autres usages.

Enfin Jésus ne craignait pas d’actualiser la parole de Dieu. Généralement on commentait la loi dans l’office synagogal (un des cinq livres du Pentateuque), on se servait ensuite des prophètes. Ici il n’est pas fait mention d’une lecture de la loi mais simplement de la lecture prophétique d’Isaïe 51 verset 1 à 2a avec une légère modification[2], il semble bien que Jésus n’ait pas choisi son texte mais que ce soit le texte du jour ce qui rend l’action de l’Esprit plus forte encore car pour la Bible il n’y a pas de hasard.

Ainsi ce que prophétisait le troisième Isaïe après le retour de l’Exil à Babylone trouve en Jésus son accomplissement, c’est l’actualisation osée et risquée que formule Jésus.

Osée et risquée, pareille affirmation l’était déjà dans la bouche du troisième Isaïe après l’Exil, car elle enseignait le salut pour tous, pour les juifs et pour les non juifs, tout comme le châtiment de ceux qui n’obéiraient pas à la loi de Dieu. Luc d’ailleurs a omis la deuxième partie du verset 2 dans la deuxième lecture faite à Jésus, à savoir l’évocation du jour de « vengeance de notre Dieu » (verset 2b) ce qui effectivement n’aurait pas été de circonstance dans l’enseignement de la synagogue de Nazareth.

En affirmant « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » Jésus actualise sur sa propre personne l’action de l’ancien prophète et sa poursuite.

Et c’est donc plus osé et risqué car sa renommée a beau être grande, elle n’est tout de même pas celle du prophète Isaïe ! Mais comme prédicateur Jésus sait qu’il doit parler avec l’autorité d’Isaïe et rendre présente et actuelle sa parole. Et ce doublement compte tenu de son rôle de Messie.

Puissent ceux qui représentent aujourd’hui Jésus avoir le même courage sans regarder à leur condition qui n’est ni celle d’Isaïe ni celle de Jésus. Qu’ils croient simplement à leur vocation et à la puissance de l’Esprit Saint, cette exigence étant aussi valable pour ceux qui les écoutent.


[1] François Bovon, opus cité p. 203

[2] François Bovon, opus cité, sur le culte synagogal de ce temps et la citation d’Isaïe on lira avec profit les pages 205 à 207

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année C », Artège 2015)

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