Parole de la semaine – 16e dimanche du temps ordinaire

En ce 16e dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à méditer sur St Marc 6 v30-34, l’envoi et le retour de mission des douze apôtres. Ce texte est important pour comprendre la nature de la mission et du témoignage dans la continuité de l’action des apôtres ! Voici la fin de l’homélie :

D’abord, et pour me faire bien comprendre, je prendrai une image sportive. L’annonce du royaume de Dieu, à quelque niveau de responsabilité qu’elle se place, ne relève pas d’une course de cent mètres, mais du marathon. Je dis cela à cause de l’activisme, pour ne pas dire plus, que déploient certains en agissant dans l’Eglise. On me dira que c’est une réaction à l’inertie et à la paresse assez généralisées qui existent trop dans de nombreuses structures ecclésiastiques, et hélas ce n’est pas faux ! Mais cela dit l’attitude qui consiste à toujours courir après le temps pour essayer de faire le plus de choses possibles est contre-productive. Elle ne réveille pas le paresseux – et je conseille d’ailleurs à ce sujet de lire ou de relire certains passages du livre des Proverbes sur la paresse (22, 13 ; 24, 30-34 ; 26, 13-17) – et elle use celui qui la pratique.

Ayant vécu cela à certains moments de ma vie je sais de quoi je parle. Cela mène aussi au desséchement spirituel pour deux raisons majeures. On consacre moins de temps à la prière et on donne l’impression d’être tellement afféré que plus personne n’ose vous aborder. Les paroissiens, par exemple, hésitent à demander à vous parler par crainte de vous déranger, et vous vous êtes ainsi coupé du terrain dans lequel vous êtes censé semer. Et si je dis « censé semer » c’est parce qu’une autre conséquence de cette précipitation permanente est le manque de préparation des homélies qui joue un grand rôle dans la désertification des assemblées dominicales ainsi que dans l’analphabétisme chrétien grandissant. Cela dit, même avec moins de hâte, le repos demandé par le Christ est nécessaire. Cela va des vacances et des loisirs jusqu’aux retraites spirituelles. Et là je crois qu’il ne faut pas s’obliger à imiter à l’identique Jésus et ses apôtres en ce sens qu’il s’agit là d’un exemple tout à fait particulier et que je ne suis pas sûr que de se retrouver régulièrement avec des gens connus soit toujours bon pour une retraite et même pour un pèlerinage. Se retrouver seul ou en milieu inconnu peut avoir son intérêt. Il faudrait par exemple, pour un prêtre, bien distinguer le fait d’accompagner un pèlerinage ou une retraite du fait de les accomplir lui-même. Il n’est pas évident à mes yeux que l’une et l’autre action aillent toujours ensemble. Mais ce sont là des affaires d’individus qui exigent une grande liberté. Il ne faut pas étouffer l’esprit dans des règlements et des usages absolus.

Dans notre texte, les gens ne voient pas d’un bon œil Jésus et ses apôtres leur fausser compagnie. Ils ne veulent pas les quitter et ils leur courent tellement après qu’ils les précèdent au lieu où ils arrivent. Et de nous dire alors que les temps ont bien changé et de penser, peut-être pour justifier l’activisme effréné tout aussi bien que la paresse, qu’aujourd’hui les gens ne nous courent plus après et ne sont plus aussi pressés de nous voir et de nous entendre.

Cela mérite réflexion ! Tout d’abord une précision. Dans ce tout petit espace géographique dans lequel Jésus et ses apôtres se déplaçaient, on était vite connu. Et à ce point de l’Evangile de Marc, nous savons que la réputation de Jésus n’est plus à faire. On sait aussi que c’est un rabbi qui accomplit des miracles, on connaît ses disciples.

Nous, prêtres de Jésus, on ne nous connaît plus dans la majorité de la population que nous côtoyons, tout simplement parce que déjà rien ne nous distingue des autres. Le port d’habit ecclésiastique, qui n’est pas forcément la soutane mais elle en fait tout de même partie, est pour moi une nécessité surtout dans une perspective de nouvelle évangélisation. Pour être crédible l’Eglise doit commencer par être visible. Et il est parfaitement contradictoire de souhaiter des bâtiments religieux visibles, ouverts, accueillants, et de tolérer un clergé camouflé. Que de fois, parce que je porte l’habit de prêtre, et je ne suis heureusement pas le seul surtout chez les jeunes confrères, j’ai été abordé pour des questions importantes, j’ai même pu confesser dans le train ou sur les banquettes d’un buffet de gare ! N’est-ce pas aussi cela la mission, que de se trouver dans la cité, porteur des signes visibles de la réalité ecclésiale et montrer qu’il existe encore des prêtres ? C’est ainsi que dans un restaurant j’ai pu avoir une discussion aussi intéressante qu’inattendue avec une infirmière qui travaillait dans un service de soins palliatifs et qui s’était permis de m’aborder parce que je portais un col romain. J’ai appris beaucoup de choses que j’ignorais et qui m’ont servies et qui me servent encore. Les gens ont beaucoup plus besoin de parler que nous ne le croyons, et au risque de surprendre, j’ajouterai le besoin d’aborder des questions religieuses. En fait nous, clergé catholique, nous manquons à beaucoup plus de gens que nous ne le croyons, et pour cela il faut que nous cessions de nous cacher. Cela déplaira peut-être à certains, aux soixante-huitards et à leurs quelques successeurs, prêtres et surtout laïcs, dont l’autoritarisme prétend quelquefois aller jusqu’à vouloir dicter aux prêtres la manière de s’habiller. Il est vrai qu’ils leur ordonnent tellement de choses déjà !

Mais le mur de Berlin s’est écroulé en 1989 et les soviets avec lui. Il serait regrettable de n’en voir plus subsister que dans certains diocèses et dans certaines paroisses.

Mais alors, dira-t-on, si les prêtes se remettent à s’habiller en prêtres ils seront constamment sollicités, et cela va contre les nécessité de repos dont vous parliez précédemment ?

N’exagérons pas, de grâce, il nous reste les vacances et nous ne sommes pas obligés de nous baigner avec un col ! Mais surtout il ne faut pas oublier que le Christ nous accompagne toujours et que, dans notre texte, quand il faut se remettre à l’ouvrage en descendant de la barque tant la foule fait pitié parce que sans berger, c’est Jésus seul qui travaille et qui instruit longuement. Marc ne nous dit rien des apôtres, sans doute pour nous montrer que Dieu en Jésus Christ peut pourvoir à toutes nos faiblesses, celles de collaborateurs immédiats y compris. Si nous avons soin de toujours suivre Jésus et de l’avoir toujours avec nous, il marchera quand nous ne pourrons plus marcher, il verra quand nos yeux seront fatigués, et il parlera quand notre voix sera affaiblie Et cette force sera contagieuse pourvu que nous soyons demeurés avec lui, le suivant jusqu’au bout de nos forces.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)

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