Parole de la semaine – 13e dimanche du temps ordinaire

En ce 13ème dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à méditer sur l’Evangile de Marc, chap 5 v 21-43. Deux miracles : la résurrection de la fille de Jaïre, chef d’une synagogue, et la guérison d’une femme atteinte d’une perte de sang. La première a 12 ans, la seconde est malade depuis le même nombre d’années ! Ce lien n’est pas un hasard dans l’évangile de Marc ! Tout comme dans ces deux « affaires », la manifestation du « oser et croire » qui devrait être le mot d’ordre des chrétiens d’aujourd’hui, toutes confessions confondues ! Voici la fin de cette homélie :

Croire et oser, comment cela se manifeste-t-il chez nous ? Où en sommes-nous de notre témoignage public rendu à la puissance de Jésus ? Avons-nous l’attitude du chef de la synagogue et de la femme malade ou nous contentons nous, comme les disciples, de n’être que des gardes du corps de quelqu’un que nous aimons certes bien, mais dont nous sommes loin d’avoir mesuré toute la puissance.

On me dira que par les temps qui courent, être garde du corps de Jésus n’est déjà pas si mal. Et je ne dirais pas le contraire. Mais s’en tenir à ce rôle ne conduit qu’à conserver, ce qui n’est pas négligeable, mais pas à exporter ! On me pardonnera ce mot de « exporter » que je n’emploie qu’à titre d’image pour l’opposer à conserver. Mais, pour cette dernière attitude, j’ai quand même tenu à dire qu’elle n’était pas négligeable. Pourquoi ? Très simplement parce qu’en France toute une génération de prêtres n’a même pas été capable de constituer une troupe digne de garde du corps de Jésus. Ils n’ont pas su par exemple garder la doctrine de Vatican II et l’ont déformée dans le sens de ce que Benoît XVI appelait le concile médiatique. Il n’est pas jusqu’aux églises bâtiments qu’ils n’ont pas su conserver en vendant de superbes statues de bois sculptées du XVIe siècle, des calices et des ciboires jugés trop somptueux, des vêtements liturgiques contraires selon eux à la pauvreté évangélique qui ont fait la richesse des antiquaires et fripiers du marché aux puces de Saint-Ouen ! Car je parle en témoin oculaire et je pourrais être plus précis, mais ce serait manquer à la charité. Sans parler des autels trop richement décorés, mais qui surtout rappelaient la célébration « orientée ». Ne plus s’en servir n’a pas paru suffisant à certains, ni placer devant eux un mobilier étrange – comme en 1970 en allant jusqu’à des tables de cuisine en formica – encore a-t-il fallu détruire les vieux autels. Ces nouveaux « Polyeucte » savaient qu’ils ne risquaient pas le martyr, alors ils ne se sont pas gênés.

Je n’ai pas rappelé ces faits par plaisir, mais simplement pour montrer que remplacer ces hordes barbares par des gens qui auraient simplement la mentalité de conservateurs et de garde du corps ne suffit plus. On disait qu’après le passage d’Attila et de ses Huns l’herbe elle-même ne repoussait pas. Ce pourquoi j’ai opposé exporter à conserver et je précise maintenant, en approfondissant mon vocabulaire, par exporter j’entendais évangéliser et pour cela manifester la foi de Jaïros et de la femme malade.

Et comme eux nous aurons des obstacles à vaincre : le maintien de notre bonne réputation au milieu de gens volontiers anti-chrétiens de manière quelquefois agressive, et cela au nom du religieusement correct, aussi dangereux que les ennemis précédemment nommés non seulement parce qu’il fait leurs jeux et contribue à leurs succès, mais encore parce qu’il s’agit de gens vivant au sein même de l’Eglise Catholique.

Allez dire par exemple à certains prêtres ce que vous avez pu ressentir au cours d’une célébration eucharistique, ou encore de l’adoration du saint sacrement, ou encore lors d’un pèlerinage à Lourdes, et vous verrez s’ils ont l’attitude de Jésus face à la femme qui a touché son vêtement. Tout récemment j’évoquais devant un confrère la puissance du sacré qui devait émaner de la célébration de la messe. Réponse : « dans quel monde vis-tu ? » Ma réponse, peu charitable sans doute mais traduisant très exactement toute ma pensée : « dans le même monde que toi, mais peut-être pas dans la même Eglise ? »

Vivre dans l’Eglise Catholique implique en effet à la base qu’on reconnaisse que Jésus Christ ne se réduit pas à un enseignement de belles valeurs morales, voire philosophiques, avec des conséquences sociales. Il faut aussi croire qu’émane de lui une force divine capable de bouleverser une vie et d’en arrêter les maux qui l’agressent, comme la maladie et la mort, et pour cela ne pas hésiter à le dire et à le manifester publiquement. Et je reviens au verbe « oser » que j’ai employé avec le verbe croire. Jusqu’au bout la femme ose. Guérie elle ne se sent pas pour autant quitte. En venant dans cette foule et en entrant en contact physique avec des gens, elle les a touchés tout comme Jésus en touchant son vêtement. Elle se sent donc coupable d’avoir enfreint un interdit. Et le « qui m’a touché ? » joint au regard circulaire de Jésus n’est pas fait pour la rassurer. Comme le chef de la synagogue, elle s’agenouille alors devant lui et lui dit toute la vérité. Et j’en profite au passage, rejoignant par là ce que notre pape émérite a souvent rappelé, combien l’agenouillement est un beau signe évangélique de respect, et qu’à moins d’en être empêché pour une bonne et sérieuse raison, il est bien dommage que cette pratique ait souvent été abandonnée aujourd’hui, et ce sur les ordres de certains prêtres ! Une assemblée de chrétiens qui ne veut plus se mettre à genoux à quelques temps forts d’une célébration risque fort d’oublier le respect dû à une présence particulière de Dieu, oubli qui sera le prélude à celui de ses commandements.

D’ailleurs c’est après avoir accompli cela que la femme, pourtant déjà guérie, entend du Christ la parole capitale : « ma fille, ta foi t’a sauvée, va en paix et sois guérie de ton mal. » On a beaucoup épilogué sur cette prise de parole de Jésus après la guérison physique. Je pense, sans méconnaître l’intérêt des réflexions des exégètes sur ce sujet, que Jésus veut simplement dire que la femme a obtenu plus que ce qu’elle espérait au début. Ne se contentant pas du geste qui consistait à toucher le vêtement de Jésus, elle a tout dit sur elle-même y compris sa volonté d’enfreindre les règles pour approcher Jésus. Alors elle a entendu non seulement sa guérison confirmée, mais aussi son salut annoncé. Elle avait commencé par un désir de geste relevant de la piété populaire, la voilà maintenant placée devant la réalité du Christ rédempteur qu’elle peut voir de face et entendre. Belle leçon pour les assassins de la piété populaire ! Que de pauvres gens ils ont empêché d’approcher Jésus. Et ils nous parlent toujours d’ouverture au monde !

Oser, oui, et cela s’applique aussi et encore au chef de la synagogue qui va aller jusqu’au bout de l’audace en passant outre à ce qui vient de la « culture de mort » : les pleurs et les grands cris. L’annonce de la mort de sa fille, l’accusation d’importuner Jésus. Il est vrai qu’il a Jésus à ses côtés, comme il est tout aussi vrai qu’il a obéi à ses paroles : « ne crains pas crois seulement. » J’insiste sur ce point car très souvent Jésus est à côté de nous et nous parle. Mais ce qu’il nous dit va tellement à contre-courant de ce qui nous entoure que nous ne l’écoutons pas. Lui écoute, accepte même l’analyse que Jésus fait de la situation « l’enfant n’est pas mort, elle dort » et de ce fait reçoit avec Jésus les moqueries des incrédules. C’est sa participation anticipée à la croix qui va lui permettre d’entrer dans le relatif secret du miracle. Avec sa femme il va avoir le privilège de suivre Jésus dans la maison, avec Pierre, Jacques et Jean, et assister à l’arrêt du processus de mort. Les douze années vont donc avoir une suite, la jeune fille va pouvoir devenir une femme et vivre pleinement dans la société tout comme la précédente miraculée. Et la vie doit reprendre ses droits avec ce qui lui est absolument nécessaire : la nourriture. Jésus passe du sublime au plus terre à terre, c’est tout le mystère de la condition humaine qu’il ne faut jamais oublier dans ces deux dimensions extrêmes, car elles annoncent la croix et le tombeau vide.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)

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