Parole de la semaine – 12e dimanche du temps ordinaire

Pour ce 12eme dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous donne à méditer St Marc chap 4 v 35-41, le récit de la tempête apaisée. Au début de mon propos, j’ai mis en parallèle le prophète Jonas dormant sur le bateau menacé par une tempête et Jésus, dormant dans une barque courant les mêmes dangers ! Les différences entre Jonas et Jésus, comme celles des marins qui entourent le premier et des disciples du second, sont bien instructives pour notre conduite à tenir face aux tempêtes qui nous assaillent ! Voici la fin de l’homélie :

Contrairement à Jonas, Jésus ne fuit pas la mission que Dieu lui a confiée. Le début de notre texte nous rappelle d’ailleurs que « toute la journée Jésus avait parlé à la foule en paraboles. » Et il ne fait pas de doutes que, quand il dit à ses disciples le soir venu, « passons sur l’autre rive », c’est pour continuer sa mission. Son sommeil est normal, car contrairement à celui de Jonas il est provoqué par la fatigue consécutive au service de Dieu. Aussi ne va-t-il pas provoquer la tempête, mais simplement permettre à celle-ci de se déchaîner.

Et cette différence est de taille, malgré un point commun que je donne tout de suite. Quand Dieu ne parle plus au travers de ses prophètes, quand ils dorment, quelle que soit la cause de leur sommeil, les hommes courent tous les dangers, toutes les tempêtes peuvent se lever et mettre en péril tous les bateaux, autrement dit tout ce qui est censé protéger les hommes, y compris le vaisseau de l’Eglise !

Ainsi la tempête qu’affrontent Jésus et ses disciples est une mise à l’épreuve et non une punition, comme pour Jonas. Et dans notre récit ce sont les disciples qui sont visés et non le prophète endormi, comme c’était le cas avec Jonas.

C’est là qu’il n’est pas mauvais, n’en déplaise à certains, d’avoir quelque souvenir des bonnes doctrines catholiques, et de se dire qu’en tout prêtre ordonné le Christ est présent. Si ce prêtre est un Jonas conscient ou inconscient, il faut alors réveiller le Christ qui dort en lui, c’est le rôle des évêques me direz-vous et je ne dirai pas non, mais c’est aussi le rôle des paroissiens.

Crier haro sur le prêtre comme on peut crier haro sur le baudet quand un prêtre manque à sa mission est une lâcheté devant les promesses de Dieu concernant l’ordination, autrement dit la mission des apôtres, celle de leurs successeurs et collaborateurs. Dieu donne réellement des forces à ses ministres puisqu’ils agissent en lieu et place du Christ tête. Or, de même que le Fils de Dieu a revêtu un véritable corps humain, sujet à la fatigue, à la souffrance et même à la mort, le ministre ordonné possède un corps de même nature avec bien évidemment moins de sainteté que son maître pour l’animer. La fatigue, qui n’a pas épargné Jésus, n’épargne pas le prêtre. Il peut alors dormir, mais d’un autre sommeil que celui de Jonas. Son réveil, à l’inverse de son prédécesseur, ne révèle pas sa faiblesse. Ce ne sont pas les vagues qui l’engloutiront, mais lui qui les anéantira.

Ce pouvoir sur les éléments est chose rare dans la Bible. L’Ancien Testament ne l’attribue qu’à Dieu (voir Job 38, 8-30) et à deux grands prophètes : Moïse (Exode 13, 23) et Elie (1 Rois 17, 1). Le Nouveau Testament à Jésus seul, d’où la crainte des disciples la tempête une fois apaisée. Ils sont en fait passés d’une peur à une autre. La première, nous la connaissons bien, c’est la peur de la mort ou devant ses forces. La seconde est moins familière, c’est la crainte du sacré, perdue aujourd’hui à la suite d’une laïcisation triomphante dans notre société qui est allée jusqu’à contaminer la religion chrétienne, en se servant même de l’Incarnation pour anéantir la grandeur de Dieu. Ce n’est rien comprendre à l’abaissement du Verbe de Dieu – et on ne relira jamais assez le chapitre 2 de l’Epître de saint Paul aux Philippiens – que de se conduire en « copain » avec Jésus Christ ce qui est un comportement aussi stupide qu’impie.

Quand Dieu se fait tout proche de nous pour nous consoler et nous sauver, par l’intermédiaire d’un prêtre, d’un frère ou d’une sœur, il n’en demeure pas moins le tout autre et le tout puissant qu’il faut respecter et craindre parce qu’il est saint et que nous sommes pécheurs. C’est là l’attitude des apôtres dans la barque qui ont entendu Jésus parler à la mer et au vent avec les mêmes mots qu’il utilisait pour chasser les démons.[1] D’où leur question qui traduit une crainte respectueuse. Si nous pouvions éprouver pareil sentiment après chaque absolution ou chaque participation à l’Eucharistie, nous y puiserions de grandes forces pour lutter contre le péché.

Une dernière remarque pour conclure. J’ai mis en parallèle Jésus et Jonas, montrant des points communs et des oppositions. Mais quelque chose qui a été retenu par deux des trois évangiles synoptiques : Matthieu et Luc, doit encore être relevé. Si dans l’histoire du prophète, comme dans celle de Jésus, on va au delà de la tempête apaisée, on s’aperçoit qu’il y a en commun le triomphe de la gloire de Dieu par le passage par la mort. Jonas sera jeté dans la mer et avalé par un gros poisson (figure du séjour des morts, le Sheol) et cela pendant trois jours, et Jésus lui sera crucifié et retenu au tombeau pendant trois jours aussi. Quand les pharisiens demanderont à Jésus un signe pour prouver qu’il est le Messie, dans la version de Marc (8, 11-13), il refusera alors que chez Matthieu (12, 38-42) et Luc (11, 16 puis 29-32), le même refus sera assorti par la référence à Jonas : « pas d’autres signes que le signe de Jonas ». Ainsi nos deux évangélistes, qui connaissaient le texte de Marc, ont donné cette précision. Qu’elle rappelle la victoire sur la mort pour la gloire du service de Dieu, ou le repentir des ninivites, ou les deux à la fois, elle doit être reçue comme un signe supplémentaire d’espérance de voir toutes nos tempêtes apaisées par celui qui est le maître de toutes choses et qui peut toujours intervenir dans les situations les plus désespérées.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)


[1] Voir « L’évangile selon Marc », Camille Focant, p. 191 et 192 : « la réponse de Jésus s’apparente à un exorcisme. Le vent est « rabroué » et la mer « muselée » (verset 39) comme l’a été l’esprit impur en Marc 1, 25 ».

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