Parole de la semaine – 11e dimanche du temps ordinaire

En ce 11ème dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à méditer sur St Marc 4 v26-34, qu’on appelle souvent pour sa première partie : « parabole de la semence » ! Mais il me semble que Jésus parle plutôt de terre qui travaille d’elle-même et en fin de compte de l’Eglise. Voici la dernière partie de l’homélie :

Le mystère de la bonne terre qui fait toute seule pousser la plante renvoie donc au mystère de ceux qui se sont trouvés au bon endroit quand le semeur a semé, et qui de plus ont eu le privilège d’avoir le Christ à côté d’eux pour expliquer les paraboles. Aussi, me semble-t-il, la conjonction de ces images nous renvoie au mystère de l’Eglise. Elle est fondée par la volonté et l’action du Christ, le semeur, c’est lui qui bâtit l’Eglise. Elle est fondée sur les apôtres, Pierre étant le garant des autres, et aussi de leurs successeurs, elle est fondée sur les promesses faites aux apôtres quant à l’assistance du Saint-Esprit qui les gardera dans la Vérité, ainsi que ceux qui les écouteront (Jean 16, 12-15). Et elle est fondée enfin sur la promesse du Christ d’être avec eux jusqu’à la fin des temps (Matthieu 28, 20). Et comment ne pas penser ici à toute les grâces des sacrements et de l’Eucharistie en particulier ?

Voilà tout ce qui concourt à faire de la bonne terre. Rien ne vient des hommes, tout vient de Dieu par une puissance souvent cachée car on ne voit pas comment agissent ces forces. Mais une partie est audible et visible ; c’est la prédication de la parole et la célébration des sacrements. L’une ne va pas sans l’autre. Sinon il y a un manque !

J’ai eu le privilège de voir cela dans ma jeunesse dans la communion luthérienne où il existait des cultes dominicaux sans célébration eucharistique. Rapidement, une des premières conséquences de la réforme à la fois liturgique et théologique qui s’est faite après guerre (1945), fut le rétablissement de la saint Cène à chaque culte dominical, puis au cours des cultes d’ordination, enfin, selon les cas, aux mariages et aux funérailles. Cela venait combler un manque, tout simplement parce que les fidèles avaient fini par ressentir, tout comme les pasteurs touchés par ce renouveau liturgique et théologique, qu’un office dominical sans sainte Cène était un office incomplet.

Voilà pourquoi, je le dis fermement et sans détours, parce que c’est une question de vie ou de mort pour l’Eglise, qu’on envisage un rassemblement dominical sans célébration de l’Eucharistie aboutirait à une catastrophe. Par un enchaînement inexorable, l’Eucharistie serait méprisée parce que considérée comme secondaire par rapport au rassemblement communautaire local, lequel finirait par primer sur la qualité de l’enseignement de la parole. Il n’y aurait plus de bonne terre mais que les mauvais terrains de la parabole du semeur.

Ces idées hérétiques, j’emploie cette expression à dessein tout en étant bien conscient des foudres qu’elle m’attirera, existent déjà dans l’Eglise Catholique. Le manque de prêtres risque de les voir mises de plus en plus souvent en pratique, dans un premier temps plus au nom de la nécessité que de la Vérité. Mais hélas le diable n’est pas appelé le Malin pour rien. Il se saisira de cela pour conforter l’autosuffisance et l’orgueil de certains laïcs, ravis de « jouer » aux curés, lesquels se justifieront, s’il le faut, par la fausse conception issue de ce que j’appellerai « le mauvais protestantisme » sur le sacerdoce universel. Il est vrai que certains interprètes de Vatican II ne se sont pas privés de propager ces âneries. Et que ceux qui vivent encore continuent, les moins bêtes parlant de « l’esprit de Vatican II », n’osant plus invoquer les textes qui fort heureusement ne contiennent pas ces erreurs. A défaut d’interprétation de textes conciliaires, on fait du « spiritisme conciliaire » avec des anciens combattants rescapés de cette époque. L’âge n’engendre pas toujours la sagesse. Le vin nouveau, quand il n’est pas bon, ne fait que du mauvais vieux vin !

A ceux qui seraient effrayés par l’ampleur du travail à accomplir pour aller à contre-courant de ces idées pernicieuses, tout comme à ceux qui auraient des doutes sur la réalité d’un royaume de Dieu qui devrait surmonter tant de difficultés pour se manifester complétement et dont l’avancement apparaît très compromis, en particulier dans les pays de l’ancienne chrétienté, est présentée la parabole du grain de moutarde ou encore du grain de sénevé.

Pour les raisons expliquées au début de cette homélie, nous n’allons pas d’abord scruter la vérité scientifique de l’affirmation, car il y a plus petit que le grain de moutarde et la taille de la plante ne dépasse pas les deux à trois mètres. On est bien loin d’un grand arbre aux oiseaux !

L’important n’est pas là, il est dans la disproportion entre le grain et la plante et le fait que dans le monde juif le grain de moutarde apparaissait comme la plus petite des graines, et l’image du grand arbre figurant parmi les nombreux clichés qui désignaient un roi, un royaume particulier, quand ce n’était pas Israël lui-même.[1]

Jésus exhorte donc ses disciples à la patience et veut les garder du découragement. La puissance de ce monde, celle qui vient du Malin, ne doit donc pas paralyser les chrétiens, qu’elle se manifeste dans la société ou dans l’Eglise. Il est vrai que dans ce dernier cas cela est plus choquant et plus difficile à vivre. Mais il est en fin de compte normal que l’Eglise soit plus attaquée par les forces du mensonge. Celles-ci savent qu’elle est leur ennemi mortel et que les oiseaux de malheur qu’elles produisent n’auront pas leur place sur le grand arbre. Ses branches se briseront sous leurs pattes crochues, et comme leurs ailes auront été brisées, ils tomberont là où il n’y aura plus que des pleurs et des grincements de dents.

Ne nous lamentons donc pas sur ce qui tarde à venir ou sur des forces qui semblent bien tarder à nous secourir. Il faut que cela soit pour que s’exerce le jugement divin et que nous sachions bien faire la différence entre le maître de vérité et les maîtres du mensonge. Ces derniers ont leurs paraboles. Mais ils ne les expliquent jamais. C’est ainsi qu’ils rassemblent dans la confusion. Ils ne construisent que des tours de Babel qui auront la même fin que leur antique modèle. Notre maître de vérité, lui, nous rassemble toujours dans sa personne, par la langue divine universelle qui est celle de l’amour qui éclaire et unit tous les hommes qui lui ouvrent leur cœur.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)


[1] Sur tout cela voir « L’Evangile selon Marc », Camille Focant, Ed du Cerf Paris 2010, p. 184

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