Parole de la semaine – Fête du Corps et du Sang du Christ

Ce dimanche, appelé jadis Fête Dieu, nous appelle à méditer sur le mystère de l’Eucharistie à partir de l’Evangile selon St Marc, chap 14 v 12 à 26. Voici la conclusion de l’homélie :

Récapitulons donc, Jésus se présente en nouvel agneau pascal, un agneau qui ne va pas donner son corps terrestre à manger ni son sang terrestre à boire, l’Eucharistie n’est pas un rite anthropophagique, comme l’affirmait dès les premiers siècles de l’Eglise ceux qui voulurent se moquer des chrétiens et les combattre. Non, Jésus nous donne son corps et son sang ressuscités sous les apparences du pain et du vin, un corps et un sang que les sens humain ne percevront donc qu’au travers du pain et du vin, mais qui renverra à un corps et un sang de gloire imperceptibles aux sens, un corps et un sang que la foi permet quand même de percevoir et fait agir à salut sur l’âme et le corps de celui qui les reçoit.

Salut, libération, purification, voilà les premiers fruits de l’Eucharistie. En sommes-nous bien conscients quand nous y participons ? Et cela nous pose toute la question de notre rapport à ce sacrement au travers de la pénitence-réconciliation. Car j’ai indiqué que l’Eucharistie introduisait des idées nouvelles par rapport à l’ancienne alliance et j’y viens maintenant. En mangeant le corps du Christ et en buvant son sang, car le sang est inclus dans le corps, nous sommes appelés à croître dans l’Eglise corps du Christ, nous sommes appelés à voir nos forces spirituelles se développer pour qu’augmenter notre ressemblance à Jésus. C’est pour cela que saint Augustin écrivait à l’intention de ceux qui communiaient : « vous devenez le corps que vous mangez ». Oui nous devenons le corps que nous mangeons, en ce sens que chaque participation à l’Eucharistie doit nous conformer sans cesse plus étroitement à l’image du Christ qui est tout amour et toute sainteté. Or nous nous sommes pécheurs et nous savons que notre péché est un obstacle dans notre recherche de la ressemblance au Christ, tout amour et toute sainteté.

Alors, la question devient simple : comme dans les rites de l’ancienne alliance, l’Eucharistie suffit-elle à nous purifier pour que nous puissions croître à la ressemblance du Christ ?

Oui car elle est source de grâces. Entrer en communion avec le corps glorieux de Jésus Christ produit des grâces pour l’âme et le corps. Mais pas dans n’importe quelles conditions. Voilà pourquoi j’ai dit oui et non. Car un certain état d’esprit est nécessaire pour s’approcher à profit de l’Eucharistie. Dans l’ancienne alliance, ceux qui participaient au repas de la pâque devaient être en tenue de voyage, prêts à partir donc, à quitter l’Egypte, terre d’esclavage, pour aller vers la liberté, liberté impliquant le don de la loi de Dieu. Il doit donc y avoir là un certain état d’esprit, celui de l’abandon de la loi de l’esclavage pour aller vers la liberté sous le regard de Dieu. Et il en sera de même pour les autres sacrifices de l’ancienne alliance.

Pour beaucoup de prophètes, il ne suffira pas de répandre le sang des animaux pour être en paix avec Dieu, il faudra en outre la conversion du cœur. C’est dans ce sens qu’on parlera de la circoncision du cœur à côté de la circoncision de la chair. Participer à l’Eucharistie, c’est donc être décidé à s’éloigner de la terre d’esclavage, non plus d’Egypte mais du péché, c’est vouloir convertir son cœur pour un plus de sainteté afin de se rapprocher de son divin modèle, Jésus Christ, qui pour cela nous donne son corps et son sang.

Pour être dans la tenue du voyage spirituel de la conversion, quoi de mieux que la réception du sacrement de la pénitence-réconciliation ?

Cette évocation de la nécessité de la pénitence-réconciliation avant la participation à l’Eucharistie me fait aborder une fois de plus le problème maintes fois posé de l’omission de certains versets. Ici nous n’y échappons pas, il s’agit des versets 17 à 21 qui évoquent la trahison de Judas, sans le nommer. Cet « oubli » qui ne peut se justifier pour une raison de temps – quatre versets ! – pourrait trouver une explication dans le fait que plusieurs commentaires les traitent à part. Pourtant la tradition les a placés là où ils sont, et si en tant que exégète scientifique on peut librement discuter sur leur place originelle, je ne vois pas ce qui autorise les présentateurs d’un lectionnaire de priver de leur lecture les participants à la messe. Car ce rappel qu’un traître va participer à l’Eucharistie alors qu’il fait partie des douze à l’origine de l’Eglise qui justement vit de l’Eucharistie, renvoie chacun des participants d’hier et d’aujourd’hui à la question de sa propre fidélité vis-à-vis du Christ. On ne peut communier en effet en ayant dans son cœur les dispositions d’un Judas dont le Christ dit « malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né cet homme là. » (Marc 14, 21).

J’aime beaucoup le commentaire que Camille Focant donne et je crois pastoralement utile de le citer dans cette homélie : « et la précision qu’il plonge sa main avec Jésus dans le plat met la félonie davantage encore en lumière. Non seulement un des douze va livrer Jésus, mais en posant, comme les autres, la question « serait-ce moi ? » il redouble en parole le mensonge de sa participation au repas. L’ambiguïté du texte qui ne cite pas explicitement Judas a un autre effet : il maintient le lecteur en halène et peut l’amener à poser la question pour lui-même. »[1]

Puissions-nous nous la poser très souvent cette question, non seulement dans notre examen de conscience journalier, mais surtout quand nous prévoyons d’aller participer à l’Eucharistie. S’il y a problème, faisons la halte à l’oasis de l’eau vive de la pénitence-réconciliation. Car du redémarrage du chemin de pureté qu’il produira en nous viendra s’ajouter le contact avec la sainteté du corps et du sang du Christ dans l’Eucharistie. Nul doute alors que s’enclenche en nous le grand processus de purification qui nous fasse aimer davantage Dieu et notre prochain.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)


[1] Camille Focant, « L’Evangile selon Marc », Ed du Cerf Paris 2010, p. 524 et 525

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