Parole de la semaine – Dimanche de la Pentecôte

En cette solennité de la Pentecôte, l’Eglise nous invite à méditer l’évangile selon saint Jean en son chapitre 15 verset 26 à chapitre 16 versets 12 à 15 ! Soit les onze premiers versets qui précédent, évoquant Dieu qui juge avant de pardonner ! C’est là une des causes de ce christianisme « mutilé » prêche aujourd’hui qui a produit ce que l’on voit ! J’encourage donc ceux qui liront ces lignes à ouvrir leur Bible et à relire l’Evangile du jour avec les onze premiers versets du chapitre 16 de l’évangile selon St Jean, ainsi pourront-ils mieux comprendre la deuxième partie de l’homélie sur ce passage du 4ème Évangile que le grand Saint Augustin avait commenté lui aussi dans son entier !

La lecture de ce jour est en effet Jean 15, 26-27 puis le chapitre 16, versets 12 à 15. Ce qui veut dire que les onze premiers versets du chapitre 16 ont été « escamotés ». Or un passage est capital quant au rôle du Saint-Esprit, qui va expliquer pourquoi Jésus dit aux apôtres qu’il est avantageux qu’il s’en aille pour que l’Esprit vienne à eux, ce qui va les entraîner à être hardis. Ecoutons saint Augustin : « en promettant d’envoyer le Saint-Esprit, qu’il a effectivement envoyé, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ disait entre autre beaucoup d’autres choses : il condamnera le monde à cause du péché, à cause de la justice et à cause du jugement. Et avant de passer à un autre sujet il daignait s’arrêter pour expliquer sa pensée plus clairement. A cause du péché disait-il car on n’a pas cru en moi ; à cause de la justice car je vais à mon père, à cause enfin du jugement car le prince de ce monde est déjà jugé. Ici donc s’élève en nous le désir de comprendre les questions suivantes : les hommes ne pèchent-ils qu’en ne croyant pas au Christ et pourquoi le Sauveur semble-t-il dire que le Saint-Esprit ne condamnera le monde que pour ce seul péché ? N’est-il pas manifeste qu’il y a dans le monde beaucoup d’autres péchés que celui là, et pourquoi ce péché est-il le seul que doive reprocher le Saint-Esprit ? […] En effet c’est l’orgueil qui détourne l’homme de croire à un Dieu humilié ; et il est écrit « Dieu résiste aux superbes tandis qu’il donne sa grâce aux humbles. » Cette grâce est sans doute un don de Dieu, or le don suprême est l’Esprit-Saint. Ainsi est-il une grâce […] la grâce donnée gratuitement, elle n’est pas une récompense accordée après l’examen des mérites, elle est une faveur octroyée après le pardon des fautes. Ainsi donc c’est à cause du péché que sont condamnés les infidèles. […] Supprimer en effet ce péché d’infidélité et il n’en restera plus aucun puisque le juste, en vivant de la foi, obtient la rémission de toutes ses iniquités.

Que signifie aussi ces autres paroles « à cause de la justice car je vais à mon père » ? […] Demandons-nous alors pourquoi le Sauveur met la justice à retourner vers son père, et non pas à être venue d’auprès de Lui. Serait-ce parce que la miséricorde l’ayant fait descendre parmi nous, c’est la justice qui le reconduit vers Dieu ? Nous apprendrions alors que nous ne pouvons être parfaitement juste, si nous sommes négligents à faire miséricorde, à nous occuper des intérêts d’autrui et non pas seulement des nôtres. Aussi bien, après avoir rappelé ce devoir, l’apôtre cite aussitôt l’exemple du Seigneur. Voici ses paroles : « rien par esprit de contention, ni par vaine gloire, mais par humilité d’esprit, chacun croyant les autres au dessus de soi et ayant égard non à ses propres intérêts, mais à ceux d’autrui ». […] Telle est la miséricorde qui l’a mené du ciel. Où est maintenant la justice qui le reconduit vers son père ? Continuons à lire : « c’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné un nom qui est au dessus de tous noms, afin qu’au nom de Jésus tous genoux fléchissent dans le ciel et sur la Terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus Christ est dans la gloire de Dieu le Père. » Telle est la justice qui le reconduit vers son père. […] En résumé le monde est condamné à cause du péché commis par ceux qui ne croient pas au Christ à cause de la justice pratiquée par ceux qui ressuscitent au nombre de ses membres ; et c’est pourquoi il est dit « afin que nous soyons en lui la justice de Dieu » ; car si nous n’étions pas en lui, nous ne serions pas justice. Mais si nous sommes en lui, comme il remonte tout entier, il retourne avec nous vers son père et c’est alors que la justice en nous sera parfaite. »[1]

Personnellement je n’ai jamais lu une explication aussi claire et aussi pastoralement actuelle de ces paroles de saint Jean, montrant la nécessité absolue de la foi chrétienne en Jésus Christ pour être sauvé, à cause de la perte sans appel de tout ce qui appartient à ce monde. Oui il faut le dire, parce que Jésus le dit et que saint Jean le rapporte, parce que saint Augustin le prêche et l’a développé on ne peut plus explicitement, hors du Christ il n’y a pas de salut et ce à cause de la triple condamnation du Saint-Esprit. Ce Saint-Esprit dont l’effusion va sanctifier et sauver une multitude de gens, va aussi condamner ceux qui seront demeurés dans ce que saint Augustin a toujours appelé « la masse de perdition », à cause de la dureté de leur cœur et de leur incrédulité ?

Ce n’est qu’en croyant cela qu’on peut être hardi comme les apôtres après la Pentecôte pour annoncer la bonne nouvelle du salut chrétien. On doit en effet alors se battre contre l’incroyance, comme le médecin se bat contre une maladie mortelle. C’est pourquoi, tant que l’on croira dans l’Eglise que l’athéisme n’est pas plus grave qu’un rhume de cerveau, on ne convertira personne, tout simplement parce que le Saint-Esprit n’assiste pas ceux qui se moquent de ses décrets. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut mépriser et haïr les athées. Non au contraire, il faut les aimer mais d’une manière chrétienne en leur disant la Vérité. A savoir que leur incrédulité peut faire tomber sur eux la triple condamnation du Saint-Esprit. Et vous remarquez que j’ai dit « peut », car là il s’agit de personnes dont Dieu seul peut sonder les cœurs. Aussi peuvent-elles être mises au bénéfice du jugement de charité si, sans le savoir, elles vivent la grande loi d’amour du prochain et au travers d’elles, font du bien à Jésus Christ qu’elles ne connaissent pas (voir Matthieu 25, 31-46, la parabole du jugement dernier). « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 40).

Aussi la célébration de la Pentecôte doit-elle nous pousser à mieux transmettre toutes les vérité concernant le Saint-Esprit, quel que soit le théologiquement correct de l’époque. Souhaiter une nouvelle Pentecôte comme quelquefois je l’entends dire, est aussi stupide que de vouloir un nouveau concile qu’on appellerait Vatican III. Quand par lâcheté et par esprit de ce monde, on n’est pas capable de puiser dans les trésors du passé, lointain ou proche, ce genre de demandes relève d’un infantilisme légèrement débile en ce sens qu’on se mette au rang d’enfants, à la fois instables et trop gâtés, qui n’ont pas su apprécier à leur juste valeur les cadeaux reçus et qui en demandent sans cesse de nouveaux.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)


[1] Extraits d’un sermon de Saint Augustin prononcé entre 412 et 416, « L’Esprit-Saint condamnant le monde » dans « Sermons sur l’Ecriture », Saint Augustin, éd. Robert Laffont, Paris 2014, p 1166 à 1171.

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