Parole de la semaine – 7e dimanche de Pâques

Pour ce septième dimanche après Pâques, l’Eglise nous invite à méditer sur l’évangile de St Jean chap 17 v11-19. Cet extrait de la prière de Jésus, dite « sacerdotale », nous apprend entre autre à bien nous distinguer du monde comme disciples du Christ. Voici la fin de l’homélie :

Arrêtons-nous sur ces deux idées importantes, le chrétien a reçu le don de la Parole du Père, à cause de cela il n’est pas du monde tout comme le Christ.

Que ne s’est-on souvenu de cela après la clôture du concile Vatican II. Sous le prétexte pieux et charitable de dialogue et d’évangélisation, on a pratiqué sans discernement une politique d’ouverture au monde qui en fait n’a été qu’un lâche conformisme aux idées à la mode. Que d’horreurs et d’inepties n’a-t-on pas dites par exemple sur le pape Paul VI à cause de l’encyclique « Humane vitae » de 1968. J’espère, au moment où j’écris ces lignes, que le synode sur la famille rendra justice à ce pape visionnaire et à ce texte qu’on a si mal compris, à défaut de n’avoir pu l’empêcher de paraître ou d’en produire un autre.[1]

Catholique est alors devenu, à l’époque, synonyme « d’arriéré mental », refusant le monde moderne. On a eu honte de la vérité de l’Evangile. Il n’était pas difficile alors de la laisser stagner dans la sphère du privé, très exactement là où les partisans du laïcisme veulent la cantonner pour mieux l’étouffer. Et il y a encore des chrétiens aujourd’hui pour se faire complice de cela. Il est vrai que le monde sait bien récompenser qui le sert, et que son prince sait aussi se montrer généreux ! Cela dit pour dîner avec lui, il faut toujours une longue cuillère, qui s’avère toujours finalement trop courte.

Notre foi fondée sur les mises en garde de Jésus vis-à-vis du monde devrait nous défendre contre de telles tentations. Alors je pose la question, nous sentons-nous vraiment hors du monde du fait de notre foi ? Avouons qu’il n’est pas facile de répondre à cette question, si du moins nous sommes des chrétiens qui réfléchissent sur leur situation. Je précise cela car beaucoup de chrétiens, surtout chez les non pratiquants, se sont si bien installés dans les affaires de ce monde, affaires au sens large, qu’ils vivent sans questions, sans tensions, un peu comme s’ils ne devaient jamais quitter ce monde. Vienne alors un signe avant-coureur de départ possible, vieillesse, maladie, risque de mort, et c’est la révolte. On en veut à Dieu et on peut aller jusqu’à remettre en question son existence, comme si notre place ici-bas était éternelle, du genre droit acquis. Sans parler d’autres chrétiens dont la conduite ne les distingue en rien des gens de ce monde, rendant le mal pour le mal, vivant de rancunes tenaces et ne pardonnant pratiquement jamais, pour ne prendre que quelques exemples. Et il n’y a rien de pire que les haines de sacristie parce qu’officiellement interdites. La nécessité de les cacher pour paraître toujours charitables fait jeter sur elles une ombre épaisse qui permet tous les coups tordus.

Il nous est arrivé, et il nous arrivera, de ressembler à ces chrétiens là. C’est pourquoi il est important de se souvenir des paroles de Jésus sur cette question. Elle s’actualise ainsi : « avons-nous véritablement reçu la Parole du Père ? Nous a-t-elle conformé au Christ, parole faite chair, Christ que nous portons en nous depuis notre baptême ? »

Et nous voilà renvoyés à la fidélité à Dieu, tout comme pour l’unité, comme je l’expliquais au début de cette homélie. Toute la vie chrétienne consiste en effet à laisser grandir le Christ en soi par une fidélité toujours plus grande à sa parole. Et ce combat connaît des hauts et des bas, des tensions voire des questions comme je l’ai évoqué. On peut même connaître des échecs. Mais cela n’est pas important pourvu qu’il y ait toujours lutte et qu’on ne baisse jamais les bras. Jésus Christ, bien que n’étant pas du monde, est tout de même venu dans le monde. Et tout ce qu’il nous a dit par sa parole qui venait du Père peut se résumer par le mot amour. Aussi le Christ demeure-t-il pour l’éternité le bon berger. Il a beau siéger à la droite de Dieu, c’est à dire se trouver au sommet de la gloire hors de ce monde, il continue par le Saint-Esprit à diriger son peuple.

Il va donc toujours chercher la brebis perdue. Ne perdons donc jamais courage, au plus bas de nos compromissions avec le monde nous pourrons toujours être rattrapés par ses bras secourables. Jésus n’a-t-il pas demandé à son père de garder ses disciples du Mauvais ? Et je l’ai dit et le répète, les prières du Christ finissent toujours par être exaucées.

Quelle que soit l’hostilité du monde et notre degré de compromission avec lui, ne perdons donc pas courage, tournons-nous vers le Christ, il nous répondra en nous faisant voir ou ressentir, et peut-être les deux à la fois, les signes du Royaume des Cieux, notre vraie patrie éternelle.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)


[1] On lira avec profit sur cette question « le terrorisme à visage humain » de Monseigneur Schooyans, Ed François-Xavier de Guibert, 2006.

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