Parole de la semaine – 5e dimanche de Pâques

En ce 5ème dimanche de Pâques, l’Eglise nous invite à méditer sur l’Evangile selon St Jean chap 15 v1 a 8, la vigne et les sarments ! Le symbolisme de la vigne était bien connu de l’Ancien Testament, pour illustrer la fidélité entre Dieu et son peuple ! Saint Jean l’utilise aussi à la suite de Saint Marc dans la parabole des vignerons meurtriers, et auparavant du prophète Isaïe chap 5 v 1 a 7. Jésus y est présenté comme la vraie vigne, le véritable peuple de Dieu ! Voici la dernière partie de l’homélie :

En Marc 12, 1-12, Israël n’est plus la vigne mais est remplacée par les vignerons.[1] Dieu le maître envoie ses serviteurs pour venir chercher sa part de fruits, et ils sont malmenés voire tués, tout comme le sera au final le fils héritier du maître.

D’où le nom donné à cette parabole des vignerons meurtriers. Et son actualisation par Joseph Ratzinger Benoît XVI est saisissante : « l’exégèse moderne s’arrête à cet endroit et replace ainsi la parabole dans le passé. La parabole parlerait seulement de la situation d’antan, du rejet du message de Jésus par ses contemporains, de sa mort sur la croix. Mais le Seigneur parle toujours au présent et en vue de l’avenir. Il parle justement avec nous et de nous. Si nous ouvrons les yeux alors ce qui est dit dans la parabole n’évoque-t-il pas le moment présent ? N’est-ce pas la logique des temps modernes, de notre temps ? Si nous déclarons que Dieu est mort, alors nous sommes nous-même Dieu. Nous cessons d’être la propriété d’un autre, nous somme le propriétaire de nous-même et les propriétaires du monde. Nous pouvons enfin faire ce qu’il nous plait […] ce qui arrive alors aux hommes et au monde, nous commençons à l’entrevoir […] »[2]

Cela dit trop de gens encore, en particulier ceux qui nous gouvernent et cela ne date pas que de quelques années, continuent à être aveugles comme les pharisiens devant le miracle de l’aveugle né (Jean 9), ils s’obstinent à imaginer une société sans Dieu, où la religion doit être reléguée dans la sphère du privé. Ils ont même convaincu certains chrétiens de cela, les transformant en sarments éloignés de la vigne, condamnés à tenir des propos stériles, achevant de vider les églises et à imaginer des plans de fonctionnement qui relèvent beaucoup plus de chroniques d’une mort annoncée que de la nouvelle évangélisation devant redonner force et vigueur à l’Eglise du Christ. Pour savoir donc si nous sommes des chrétiens à côté du Christ ou en Christ, nous devons nous interroger sur l’amour qui nous unit, amour qui passe d’abord par l’amour de Dieu. Si j’ai en effet tenu à vous citer ces versets de la prière sacerdotale, c’est pour vous montrer cette priorité de l’attachement à l’amour divin. Par le baptême en effet le Christ vit en nous, tout en étant uni au Père. L’amour qui unit donc le Fils au Père et qui vise à manifester les fruits de la conversion du monde, cet amour là doit exister en nous et produire les mêmes fruits. Ce n’est donc qu’en communiquant vraiment avec l’amour du Père et du Fils que nous pourrons porter du fruit et ainsi communiquer aux autres notre foi par la grâce de l’Esprit-Saint.

Pour assurer cette communication, il faut que notre prière devienne de plus en plus celle du Christ. Il faut donc parfaire sans cesse notre imitation de Jésus Christ. Et cette imitation comporte une épreuve incontournable : porter sa croix. Ce sera la croix de la maladie, la croix de la vieillesse, la croix de l’amour déçu, la croix des désillusions de toutes sortes. Quand on se heurte au religieusement correct, aussi stupide qu’est le politiquement correct, invoquant quelquefois pour justifier la consigne « pas de vague », l’unité et la charité. Alors que cette attitude n’est en fait que lâcheté pure et simple et génératrice de schismes et des pires méchancetés. De la fin du concile Vatican II (sans que cela ne lui soit imputable) à l’arrivée sur le trône de Pierre de saint Jean-Paul II, beaucoup en ont eu la démonstration.

Et ce qui nous évitera alors, dans ces sombres moments, de tomber dans l’amertume ce sera l’amour de Dieu, si du moins nous nous sommes bien greffés à lui par la vigne Jésus Christ. Et il ne s’agira pas alors de regarder à nos réussites missionnaires, pas plus d’ailleurs qu’à aucune réussite spirituelle, autant de manifestations de l’amour de Dieu en gloire, mais de regarder à la croix, au crucifié, et de se dire que là encore, là surtout, Dieu aime le Fils…

Savons-nous, chers amis, adorer la croix, savons-nous nous placer devant le crucifix en silence et contempler sans rien demander, en ne songeant qu’à Lui et au Père ? Cette question vaut aussi pour l’adoration du Saint Sacrement, trop négligée encore aujourd’hui alors que saint Jean-Paul II et Benoît XVI en ont constamment rappelé l’importance, et quand je dis trop négligée il y a pire, mal organisée ! J’entends par là hors des règles traditionnelles et bien éprouvées qui seules rendent possible ce bel exercice spirituel. Faute d’en tenir compte toute tentative de développement de ce type d’adoration conduit à l’échec, plus grave pour la vie spirituelle que sa non pratique, voilà pourquoi j’ai employé l’adjectif « pire ».

Je n’en dis pas plus, alors que pour avoir adoré le crucifié sur la croix ou le Saint Sacrement, avec intensité dans la vérité théologique et liturgique telle que définie par les usages de l’Eglise catholique, certains chrétiens et certains saints pour l’avoir fait avec intensité ont reçu les saints stigmates. Mais ceux sont là des cas extrêmes. Qu’il nous suffise, dans cette contemplation, de ressentir les douleurs de Dieu, douleurs de Dieu qui se joignant à nos propres douleurs, les mèneront vite au tombeau, non pas n’importe quel tombeau, mais le tombeau du Christ qui le troisième jour fut vide. Poussons donc notre amour pour le Père et le Fils jusqu’aux épousailles des souffrances de la croix, afin que cet amour tende vers la perfection et qu’ainsi il nous unisse fermement les uns aux autres. Et je puis vous affirmer alors que, quelles que soient nos peines et nos souffrances, nous retrouverons vite l’amour victorieux, l’amour qui fait porter les fruits de conversion. Et là je me référerai encore à une dernière précision de notre pape émérite concernant l’évolution du sens de la vigne dans l’enseignement de Jésus, car en effet au final nous l’avons déjà dit, Jésus se proclame la vraie vigne (Jean 15, 1)[3]. « Le Fils lui-même s’identifie à la vigne, il est devenu lui-même la vigne, il s’est laissé planté dans la terre, il est entré dans la vigne. Le mystère de l’Incarnation dont Jean a parlé dans le prologue est repris de façon surprenante. Dès lors la vigne n’est plus une créature que Dieu regarde avec amour, mais qu’il peut aussi arracher et rejeter. Dans le Fils il est lui-même devenu la vigne, il s’est pour toujours et ontologiquement identifié à la vigne. »[4]

Il ne nous restera plus alors qu’à nous préparer à affronter le dernier ennemi : la mort. Mais je suis sûr que si nous l’affrontons en demeurant bien souchés sur la vigne Jésus Christ, nous l’aurons déjà vaincue dans son aspect diabolique, c’est à dire dans ce qu’elle peut produire de craintes et d’angoisses. Celui en qui circule la sève de la vigne Jésus Christ sait qu’il peut s’endormir en paix de son dernier sommeil car il sera réveillé pour retrouver son maître.

Il est fait la grâce, à certains mourants, de changer de regard à l’instant suprême. Ce n’est plus le regard las ou éteint par l’épuisement de la maladie ou de la vieillesse, c’est un regard soudain clair qui peut même aller jusqu’à produire le sourire, c’est comme une fenêtre qui s’ouvre sur la vie éternelle. Qui sait si ces mourants ne voient pas déjà derrière le voile, habitués qu’ils étaient par le compagnonnage du Christ, à goûter dès cette Terre les arrhes de l’éternité ?

Vivons donc nous aussi dans ce compagnonnage. Quand il faudra traverser la sombre vallée de la mort, notre guide ne nous abandonnera pas, nous verrons de loin la lumière qui donne sa saveur au vin de la vigne du royaume de Dieu.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)


[1] « Jésus de Nazareth », Joseph Ratzinger Benoît XVI, Tome 1, Ed Flammarion p. 283 à 285

[2] Opus cité p. 284

[3] Opus cité p. 285

[4] Opus cité p. 286 et on lira avec intérêt les pages suivantes.

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