Parole de la semaine – 4e dimanche de Pâques

L’Evangile de ce 4ème dimanche après Pâques nous demandait de réfléchir sur la signification du rôle de Bon Berger assumé par le Christ, Jean 10 v 11 à 18. Après s’être différenciés des mauvais bergers mercenaires, dont les « actualisations » en tout genre sont très facile à faire aujourd-hui, l’Evangile explicite au travers des paroles du Christ ce qu’est le vrai et unique Berger. Voici la fin de l’homélie :

Ainsi peut être résumée l’œuvre médiatrice du Messie que Jésus veut être. Or dans la Palestine de l’époque, on connaissait depuis de nombreuses années des « fièvres » messianiques au point qu’avant le ministère de Jésus, comme d’ailleurs après, un certain nombre de personnages se proclamèrent messie, arrivant dans certains cas à provoquer de véritables révoltes.

Et ces aventures messianiques se terminaient toujours de la même façon en attirant sur le peuple juif de féroces répressions romaines. C’est d’ailleurs la crainte de telles répressions qui motiva l’alliance des pharisiens et des grands prêtres contre Jésus, ainsi que leur décision de le faire mourir en le livrant eux-mêmes aux romains.

Or, si extérieurement Jésus ressemblait aux autres Messies, chefs temporels meneurs de foules, comme par exemple l’épisode des rameaux avait pu le faire croire, nous savons qu’il ne prêchait nullement la révolte contre les romains puisqu’il prescrivait de payer l’impôt et affirmait que son royaume n’était pas de ce monde. Se distinguant des autres messies par son enseignement, Jésus dans les versets qui précèdent notre passage, fait très certainement allusion à eux quand il parle de ceux qui sont venus avant lui. Il les traite de voleurs et de brigands, en ajoutant que les brebis ne les ont point écoutés.

Dans les versets qui nous occupent Jésus continue ses comparaisons avec, si j’ose dire, ses prédécesseurs, parce qu’il aime ses brebis d’un amour véritable, il leur apporte mieux qu’un salut temporel, mieux qu’une libération d’un occupant étranger, il leur donne la vie éternelle en acceptant pour la leur donner, la mort sur la croix. Les autres messies quant à eux étaient d’abord soucieux de leur réussite ici-bas, c’est pour un bien temporel qu’ils menaient leur combat, cherchant à obtenir une récompense sur la terre, ils méritaient donc bien le qualificatif de mercenaires que Jésus leur donne. Mais quand le loup vient, quand les romains arrivent avec leur légion pour mater la révolte, les candidats messies ne peuvent pas combattre de front très longtemps, rapidement ils en sont réduits à s’enfuir, avec ce qui leur reste de partisans, afin au moins de sauver leur vie. Et ils abandonnent ainsi le peuple aux représailles de l’occupant.

En affirmant le caractère unique de son rôle de Messie, non seulement le Christ veut l’authentifier mais encore il veut nous exhorter à la vigilance.

Ce que Jésus dit des faux messies qu’ils l’ont précédé s’applique aussi à ceux qui l’ont suivi, et cela ne concerne pas que les fauteurs de révolution en Palestine, au premier et au deuxième siècle de notre ère. Il faut entendre par « mercenaires » tous ceux qui veulent paître les troupeaux du Seigneur pour une récompense ici-bas ; et quand je dis récompense j’entends par ce terme tous ceux qui recherchent avant tout la réussite temporelle dans ce qu’ils appellent leur témoignage au siècle, ce qui inclut bien évidemment aussi une certaine forme d’ambition ecclésiastique qu’on peut détecter facilement chez ceux qui courent après les derniers métros à la mode !

Nous visons en ce moment dans une crise de civilisation impliquant une crise d’autorité. Contestant volontiers l’autorité de la famille d’une manière plus sournoise qu’en 1968, et dégouté de l’Etat et de la chose publique en général, c’est un constat, continuant à vivre comme diraient certains psychologues « le meurtre du père », beaucoup de gens sont dans le fond d’eux-mêmes à la recherche de maîtres à penser, disons de « gourous » pour parler le langage de la mode orientaliste. L’idée de bon berger pourrait assez correspondre à cette recherche, pourvu qu’on se donne la peine de l’expliquer et de l’actualiser.

Le Christ en effet ne se contente pas, tel un lointain gourou, de nous laisser son enseignement, il est lui-même présent parmi nous et en nous. Présent par l’Esprit-Saint pour diriger l’Eglise, présent en nous par sa parole et par les sacrements, le bon berger appelle à cette connaissance intime de Dieu dont les hommes ont besoin. Et l’Eucharistie nous offre cette merveilleuse possibilité, comme le laissait prévoir les deux premiers thèmes présentés par Joseph Ratzinger Benoît XVI à propos du discours de Jésus sur le bon berger. Et donc c’est sur cet exemple que je voudrais conclure.

Participer à l’Eucharistie en effet ce n’est pas seulement commémorer le sacrifice du Christ, c’est aussi y participer. Le mémorial auquel nous exhorte le Christ dans les paroles d’institution est en effet aussi fort que le mémorial de la pâque juive. De même que celle-ci réactualise chaque année, pour les juifs qui y participent, la sortie d’Egypte, l’Eucharistie nous fait participer à tous les drames de la Passion depuis l’intimité de la chambre haute, jusqu’au tombeau vide, en passant par la croix. Le temps est donc un instant aboli, à l’aide entre autre de la liturgie, quand par exemple nous chantons le Sanctus avec les anges et tous les saints, comme aussi avec ceux qui nous ont précédés, combien de visages connus et aimés ai-je vu alors quelquefois ! Et combien alors on peut ensuite ressentir la présente bienfaisante et douce du Christ bon berger, combien aussi on peut vivre ce resserrement du lien communautaire entre tous ceux qui viennent communier, véritable chaîne d’union de vie éternelle réalisant l’admirable parole de saint Augustin : « vous devenez le corps que vous mangez. »

Pour ceux qui vivent cela, tout devient possible : vision bienheureuse, paix de l’âme, pardon et réconciliation, guérison de maladies. Et de repartir alors vers le monde rayonnant de charité, afin que ce qui est pour nous assurance et promesses devienne espérance pour le monde. « J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos et celles-là aussi il faut que je les mène, elles écouteront ma voix et il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. »

Par le Christ visible en nous, cette parole pourra s’accomplir.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)

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