Parole de la semaine – 2e dimanche de Pâques

En ce dimanche de la divine miséricorde, 2ème après Pâques, l’Evangile du jour est le chapitre 20 de St Jean v19 a 31. J’y ai retenu principalement l’apparition du Christ ressuscité aux Apôtres et son don du pouvoir de pardonner les péchés. Cette grâce est essentielle pour l’Eglise et fait partie intégrante du ministère du prêtre et de son identité ! Voici la conclusion :

Parmi les causes principales de la crise des vocations sacerdotales, qui est à juste titre considérée comme un malheur pour tous les vrais catholiques, figure la question de l’identité du prêtre, provoqué par une conception hérétique du sacerdoce universel qui entraîne, non point la promotion du laïcat, mais la cléricalisation des laïcs qui veulent jouer aux prêtres en toute liberté et sans obligations, et j’arrête là mon énumération par charité. Comment prétend-on susciter des vocations dans l’Eglise en appelant, tant par l’enseignement de certains séminaires, que par des accueils curieux dans les paroisses, à une fonction floue, mal définie, qui quand elle ose manifester son autorité pour assumer les devoirs de sa charge, se fait mal voir et taxer quelquefois de dictature cléricale. Ne voulant m’en tenir qu’à un seul exemple pour ne pas pour l’instant tourmenter les faibles dans la foi, je cite avec tristesse les propos d’une religieuse « en cheveux » s’adressant à des séminaristes : « c’est de l’orgueil que de porter un habit ecclésiastique. »

Inutile de commenter ce propos, sinon que de prédire à ce grand diocèse, qui a encore la grâce d’avoir un séminaire, qu’avec un tel enseignement il se videra rapidement, à moins que…je vous laisse réfléchir à la manie du regroupement tous azimuts qui semble être aujourd’hui dans l’Eglise Catholique la panacée pour vivre ou survivre, à la manière de cette pauvre Comtesse du Barry, suppliant sur l’échafaud : « encore un petit moment monsieur le bourreau. » Et attention, selon le premier ministre de l’Education Nationale du premier gouvernement de monsieur Hollande « la révolution française n’est pas terminée » (titre du livre de ce même ministre)… !

En ce jour de la fête de la divine miséricorde, demandons-nous si nous prions assez pour l’Eglise et pour ses ministres afin que le ministère de la réconciliation soit correctement exercé. Demandons-nous aussi si nous avons suffisamment recours à ce ministère de la pénitence-réconciliation qu’il faut envisager comme générateur de joie et de paix.

Je sais bien toutes les réticences qu’on éprouve aujourd’hui dans notre Eglise à parler de pénitence et de péché. Je sais aussi tout l’abus qu’on en a fait autrefois en en parlant trop, mais je sais aussi tout le mal que l’on fait aujourd’hui en en parlant presque plus, ou très mal ce qui revient au même. Cela a pour conséquence un mauvais usage des sacrements qui nuit plus à l’église qu’on ne le pense. Et là encore reportez-vous au passage des Corinthiens que j’ai cité précédemment.

J’évoquais à l’instant ceux qui parlaient mal du péché. Je pense aux récupérations moralisantes de style puritain venues des Etats-Unis et qui fleurissent ici en France dans les assemblées dites évangéliques. Certains voudraient redonner par là aux chrétiens le sens du péché.

Ce n’est pas dans cet ordre là qu’à mon avis il faut agir, il faut en revenir à Dieu et à sa sainteté et expliquer aux fidèles ce que signifie d’appartenir à ce Dieu saint. Cela passe, je l’ai souvent dit, par la restauration de la notion de loi divine dans la prédication, et surtout dans la piété de l’Eglise.

Au XVIe siècle Jean Calvin, dans la liturgie du culte réformé, avait fait précéder la confession des péchés par la lecture des dix commandements (Luther lui ne l’avait pas fait et il a eu raison).

Liturgiquement parlant ce n’était pas sans grandeur, mais c’était à défaut d’être traditionnel un rajout de circonstances.

Une des causes de la réforme protestante, je l’ai dit, était liée justement à cette question du péché et de la pénitence. Nous sommes aujourd’hui à peu près dans les mêmes erreurs. Alors je ne demande pas qu’on nous lise le Décalogue au début de la messe, mais je crois qu’il ne serait pas mauvais, à l’entrée de nos églises, de voir placardés les dix commandements et le sommaire de la loi. Ce serait en tout cas plus édifiant et plus sacralisant – tant pis j’emploie ce gros mot – que certaines affiches qui polluent l’entrée de nos sanctuaires. A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai plus confiance dans le bon sens et le bon goût des responsables des monuments historiques que dans d’autres personnes, et je fais appel à leur vigilance pour que les bâtiments sur lesquels ils ont une responsabilité gardent cette dignité. Je suis sûr que leur sagesse ne leur fera porter que des jugements d’ordre esthétique et ce sera déjà très bien. On se rend compte seulement maintenant qu’il faut ôter certains cadenas de l’amour de quelques uns de nos ponts. Ce à quoi je fais allusion à l’entrée de nos sanctuaires ne sont rien d’autre que des cadenas d’un autre style.

Il est plus qu’urgent donc de retrouver le sens du sacré, tant en pénétrant dans nos églises, qu’en s’approchant des sacrements. C’est dans ces conditions que l’Eglise pourra assumer d’une manière plus visibles son ministère de remise ou de retenue des péchés sans triomphalisme ni tyrannie, mais comme simple signe de sa vitalité par l’Esprit-Saint dans l’obéissance à son maître et pour le bien de tous les croyants.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)

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Un commentaire

  1. Merci pour votre article qui me donne du baume au coeur. Le grand drame de l’Église en France (et plus particulièrement en Occident) est à mon avis la « prise d’otage » (par les clercs et les fidèles !) du mot Miséricorde en le déconnectant du mot Vérité… ce qui légitime ou relativise le péché. Comme l’a magnifiquement rappelé le Cardinal Sarah, c’est une véritable hérésie de « déconnecter » le domaine pastoral du domaine doctrinal. Face à la femme adultère, Jésus a été infiniment miséricordieux… mais en même temps, il lui a dit la vérité : « va, et ne péche plus ».

    Pour avoir dit cela à un couple vivant dans l’adultère (que le « pastoralement correct » appelle divorcés-remariés), j’ai été traité d’intégriste. Et croyez-moi, je l’ai dit sans jugement, avec tendresse et miséricorde, sans tomber dans un puritanisme moralisant…. mais même avec cela, la vérité ne passe plus.

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