Parole de la semaine – Dimanche de Pâques

L’Evangile du matin de Pâques est le début du chap 20 de St Jean v1 à 9 : trois proches de Jésus devant le tombeau vide, Marie Madeleine, le disciple bien-aimé et Pierre. Ce dernier a renié ! Judas avait trahi ! En pensant aux justes rappels du Pape sur nos lâchetés concernant les chrétiens d’Orient persécutés depuis de nombreuses années, voici la fin de l’homélie de ce jour :

Sachons nous aussi entendre et voir les signes que Jésus nous envoie quand nous l’avons trahi, car il le fait toujours. Cela peut être plus amer que le chant d’un coq, surtout si les « chanteurs » appartiennent à l’espèce humaine, la seule qui puisse faire du mal par plaisir. Les pervers existent et ne vivent pas qu’en prison ou dans des hôpitaux psychiatriques fermés.

Aussi chacun à leur manière Pierre et Jean ont conservé leur amour intact pour le Christ. Là encore la suite de l’Evangile le prouvera très clairement et je vous indique à nouveau le chapitre 21.

Ici, à ce point du récit de saint Jean, nous retrouvons Marie-Madeleine et nos deux disciples qui reçoivent ensemble son témoignage, pour l’instant ce n’est que la « pierre roulée », mais pas une apparition, donc seulement un indice, et encore à double sens. Vol de corps ou… ?

Et cela déclenche une « course apostolique » à laquelle, vous l’avez remarqué, Marie-Madeleine ne se mêle pas, elle attendra son tour, elle sait qu’elle est une femme.

Nous courons beaucoup dans notre vie mais est-ce toujours vers des lieux où nous ressentons que par rapport au Christ il s’est passé quelque chose de mystérieux ? Telle personne qui se pose des questions, telle famille qui a un grave problème, tel couple en difficulté, tel pauvre qui est dans le besoin, autant de « tombeaux » dont la pierre a été roulée et qui devrait aiguiser chez nous une sainte curiosité.

Le disciple que Jésus aimait est plus jeune que Pierre, surtout s’il s’agit de Jean. Il court plus vite et arrive le premier, mais il n’entre pas. Il a le sens de la hiérarchie. L’amour que lui a porté le Christ ne lui donne aucun droit sur Pierre que Jésus a clairement désigné comme leur chef. Là aussi grande leçon. Dans l’Eglise, comme aussi ailleurs, l’amour de Dieu ne saurait contribuer à une négation des hiérarchies ou encore à des motifs de désobéissance, sauf bien entendu quand il s’agit d’obéir à des ordres contraires à la volonté de Dieu, donnés par les puissances de ce monde.

Et il faut se fier alors à l’Eglise institution, donc à Pierre et à ceux qui travaillent en communion avec lui.

Le disciple bien-aimé donne ici l’exemple, et c’est Pierre qui entrera le premier dans le tombeau. L’autre entrera ensuite. Ils voient très exactement la même chose : que des signes de mort, pas d’apparition, et plus de corps bien sûr ! Et pourtant le disciple bien aimé croit, le texte ne dit rien de Pierre mais parle des disciples qui n’avaient pas compris la nécessité de la mort et de la résurrection, ce qui laisse fortement à penser que Pierre à ce moment là n’a pas cru.

Qu’est-ce qui distingue alors nos deux hommes, puis ensuite Marie-Madeleine pourtant tous les trois liés comme nous l’avons vu au début de cette méditation ? Pour Pierre il y a eu rupture dans l’amour, le reniement, il y a eu repentir mais pas encore l’absolution qui sera donnée de la bouche même de Jésus par la triple question « Pierre m’aimes-tu plus que ceux-ci » et le triple oui de Pierre en réponse (chapitre 21, 15-17).

Ses yeux ne peuvent donc s’ouvrir sur l’invisible et sur le grand mystère de la Résurrection, et c’est la même chose pour nous quand nous pensons pouvoir nous passer de la confession et de l’absolution.

Le disciple bien aimé lui n’a pas connu de rupture, mieux Jésus lui a donné Marie pour mère, autrement dit la médiatrice d’intercession par excellence, qui ne pouvait que renforcer dans le cœur du disciple fidèle l’amour pour son maître. C’est cet amour fortifié par la prière de Marie qui le fera croire.

Quant à Marie-Madeleine ce sont les versets qui suivent immédiatement notre passage qui nous décrivent son attitude. Disons simplement qu’elle aussi croira mais avec des manifestations divines que les apôtres n’auront pas.

Il y a donc des manières différentes d’approcher de ce grand mystère de la résurrection, qu’on soit homme ou femme, ou que l’amour pour le Christ soit plus vivant chez les uns que chez les autres. Ce qui compte c’est de courir vers cette pierre roulée, de supporter la vue des signes funèbres pour croire tout de suite ou plus tard à la victoire totale de la vie.

L’actualité n’est pas avare de spectacles de tombeaux en tout genre, sachons recevoir leur image de mort en nous appuyant sur la foi au Christ étroitement liée à la compréhension des Saintes Ecritures comme nous le rappelle notre texte.

C’est à ce prix que nous pourrons être les témoins de la résurrection.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)

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