La grande Illusion

Tel était le titre du très beau film de Jean Renoir qui montrait plusieurs des « tristes visages » de la première guerre mondiale dont nous commémorons le centenaire.

Ce même titre devrait être appliqué au principal texte fondateur de la mythologie révolutionnaire de 1789 « la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », base du capitalisme ultra libéral, athée, réduisant l’homme à l’état de marionnette économique, liant son droit de vivre à son utilité, le tout masqué sous les formules magiques d’égalité et de liberté. Cela n’avait pas trompé le Pape Pie VI qui l’avait condamnée dès 1791. Je ne reviens sur ce triste passé que parce qu’il est cause du deuxième acte de l’affaire des poisons que j’évoquais il y a quelques semaines.

Oui, deuxième acte, parce qu’une majorité de rencontre, comme aurait dit le général de Gaulle, a voté à l’Assemblée Nationale la loi Léonetti-Claeys qui se propose de légaliser l’euthanasie sous le titre mensonger de « sédation profonde », concession faite dans les mots à la « délicatesse » de certaines consciences catholiques, grande illusion pour qualifier le désir de mettre fin à la douleur, conséquence de l’art mensonger du texte cynique de 1789.

Deux brèves réflexions sur lui, car on pourrait en dire plus ! Le préambule déclare que « l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements ». Pareille affirmation constitue une erreur grave, du simple point de vue de la raison pour commencer ! Une étude sérieuse de l’histoire de l’humanité oblige à prendre en compte d’autres critères pour expliquer les calamités qui s’abattent sur les hommes, ne serait-ce que leurs idées fausses sur leur propre nature, leur cupidité encourageant leur cruauté pour faire valoir les droits du plus fort, et l’incapacité, pour ne pas dire la veulerie, de leurs dirigeants.

Et bien sûr, il y a l’oubli complet de Dieu, celui de la révélation judéo-chrétienne, que « les auspices de l’Etre Suprême » n’arrivent pas à masquer ! Là aussi le texte utilise le mensonge du double sens, l’expression recouvrant à l’époque aussi bien le dieu de Voltaire que le Dieu des juifs et des chrétiens, avec une préférence très nette pour le premier pour les membres de cette assemblée constituante !

Ce fondement mensonger ne pouvait amener qu’une « première pierre » du même ordre à l’article un, après avoir proclamé que les hommes naissaient « libres et égaux en droit » (contre les distinctions liées à la naissance, qui étaient en fait régulièrement corrigées par les rois qui anoblissaient assez facilement), on affirme que les « distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ».

Ainsi n’est-on homme au plein sens de ce mot que dans la mesure où l’on est utile ! Plus on perd de cette utilité commune, moins on a droit à ce titre d’homme. L’embryon qu’on n’a pas souhaité insulte l’utilité d’un plan de carrière ou un confort prévu. L’être humain, quel que soit son âge, qui ne peut plus travailler ni consommer, et qui de plus coûte de l’argent à la société, pire gèle cet argent dans sa banque ou sous son matelas, alors qu’il pourrait être réinjecté dans l’économie, nuit à l’utilité commune.

Pourquoi ne pas les supprimer alors ! D’où le succès de l’avortement et la nécessité de l’euthanasie. Pour cette dernière affaire, on doit y mettre les formes ! Il y a beaucoup de vieux dans notre société, ils ont des sous, ils votent, ils ne sont pas tous gâteux ! Les embryons eux ne parlent pas, leurs « mères » le font à leur place ! Donc pas de gêne pour l’avortement et sa propagation.

Pour l’euthanasie, pour les raisons que j’ai dites, c’est plus complexe. D’où une propagande avec raisonnements palliatifs ! En soi, la sédation profonde ne comporte aucune substance mortelle, donc on ne peut pas parler d’euthanasie ! Mais la concentration d’anesthésique est telle, selon plusieurs médecins consultés, que si on ne meurt pas à la première injection, on est bon pour la seconde ! La marquise de Brinvilliers est battue à plate couture. La voilà devenue la sainte patronne de tous les députés qui ont voté à droite comme à gauche ce texte consensuel républicain, comme le disait l’un d’entre eux.

Large est le chemin qui mène à la perdition, et c’est bien ce qu’il faut pour tous ces élus du purgatoire ou de l’enfer et de tous ceux qui obéiront à leur consigne. Et ce surtout quand on en arrivera aux abus visibles. Quand on gratifiera d’une mort dans la dignité, les inutiles. Et parmi eux, il ne fait nul doute qu’il s’en trouvera de tellement bons citoyens qu’ils se déclareront eux mêmes comme prêts à mourir, suivant en cela les accusés des procès staliniens qui faisaient leur autocritique et se déclaraient coupables ! Sublime sentiment de l’utilité commune !

Enfin, dans l’intérêt de la personne qui subit des douleurs intolérables, il faut toujours envisager l’aggravation de la maladie et des souffrances comme l’échec possible d’un diagnostic et prendre le temps nécessaire pour rechercher d’autres avis (selon l’état du malade bien évidemment). Ce minimum d’humilité est de mise dans d’autres disciplines que la médecine. Compte tenu de sa déontologie, il me semble obligatoire dans une question de vie ou de mort ! Il est à craindre que la nouvelle loi sacrifie les grands principes du serment d’Hippocrate à l’efficacité rentable sur le plan économique. Ne vaut-il pas mieux reconnaître une erreur de diagnostic que d’avoir envoyé à la mort prématurément ?

Toute dernière question : si ce texte « législatif » passe, y aura-t-il une « manif pour tous » contre cette « loi » barbare ? Et si oui, qui l’organisera et combien répondront présents ?

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