Parole de la semaine – Dimanche des Rameaux

Le texte de ce dimanche des Rameaux (Marc 11, 1-10) nous invite à prendre la suite de l’âne pour porter Jésus au milieu de la foule, à travers notre rameau. Voici la fin de cette homélie :

Posons-nous alors cette question en ce début de Semaine Sainte. Nous devons porter le Christ de toute façon. Mais serons-nous cette monture digne de l’âne des Rameaux ? Nous ne sommes point vierges comme bêtes de somme ! Nous nous sommes servis nous-même et nous avons été porteurs de sentiments égoïstes, au point d’être devenus des montures d’idoles en tous genres, et si d’aventure nous devions être comparés à des tombeaux, là encore nous aurions beaucoup servi en ayant recueilli les vieux cadavres de nos haines, de nos rancunes, et de nos envies. A chacun d’entre nous, et quel que soit notre âge, le Christ pourrait dire ce vers de Victor Hugo dans Les Châtiments : « vieille prostituée, vois donc tes cheveux gris ! ».

Cependant le pardon du Christ a le pouvoir de tout effacer et de rajeunir. Il est l’eau vive qui dès ici-bas peut faire rayonner la sainteté et qui achève son œuvre en vie éternelle, mais il faut la pénitence. Nos péchés tels des vêtements doivent être placés sous lui en signe de repentir et de soumission à sa volonté royale. C’est ainsi que la justice du Christ enlève véritablement nos péchés, non seulement en les assumant, mais en les détruisant aussi. Nous devenons justes parce que le juste nous a pris avec lui au point d’habiter en nous.

Si j’ai dit au début de cette homélie que nous autres, prédicateurs, étions des ânes porteurs du Christ c’était, vous vous en doutez maintenant, pour vous préparer, avec les ménagements qui s’imposaient, à vous dire que nous tous chrétiens, quelle que soit notre fonction dans l’Eglise, nous étions tous des ânes car tous nous devons porter Jésus-Christ. Mais nous ne sommes pas qu’une simple monture. Par notre baptême nous portons aussi le Christ en nous, je viens de le dire. Nous faisons partie de l’Eglise corps du Christ et par l’Eucharistie nous devenons le corps que nous mangeons, pour reprendre les termes même de saint Augustin. Donc à bien y réfléchir, par rapport à l’image centrale des rameaux : Jésus et son âne, nous ne sommes pas seulement l’âne mais aussi Jésus, comme lui nous allons dans un chemin parsemé d’épreuves. C’est là le risque de la vie, qui se terminera par la mort physique que nous espérons sans trop de souffrances, mais mort tout de même. Le bonheur complet ne se manifestera qu’après, dans la glorieuse résurrection en Christ auprès de Dieu, quand l’eau vive bue dès cette vie aura achevé son œuvre.

Une des grandes leçons des Rameaux peut donc venir de Jésus et de l’âne, et nous sommes les deux à la fois. Comme l’âne il faut continuer à avancer sur le chemin de la vie avec obstination si nécessaire ; et comme Jésus il ne faut pas s’arrêter aux gloires de ce monde et voir au delà.

Avancer sur les chemins de la vie. Aujourd’hui beaucoup sont tentés de piétiner, voire de s’arrêter. Songeons par exemple à l’augmentation du nombre de suicides, surtout chez les jeunes. Avant de condamner qui que ce soit, demandons-nous ce que nous faisons pour diminuer les angoisses qui perturbent les hommes dans notre société. Sommes-nous des porteurs d’espérance comme l’âne des Rameaux portant Jésus-Christ ? Si ceux qui nous gouvernent contribuent grandement à la désespérance ambiante, cela ne nous dispense pas de nous demander si l’Eglise a le courage de rendre en toute vérité témoignage au mystère des Rameaux et du chemin qu’il implique.

Voyons-nous au delà des gloires de ce monde, comme Jésus aux Rameaux ? Et pour cela faisons-nous les efforts nécessaires pour nous éloigner des compromissions de ce monde en étant persuadés que seule l’obéissance à Dieu peut procurer le bonheur à long terme ?

Autant de questions, chers amis, qui viennent tester notre fidélité à l’esprit des Rameaux. De leurs réponses dépend pour nous et pour le monde notre crédibilité dans le témoignage que nous voulons rendre à Jésus-Christ.

« Il faut imiter Jésus : c’est vivre comme il a vécu, penser comme il a pensé, et se conformer à son image qui est le sceau de notre sanctification. »[1]

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)


[1] « Œuvres – Volume 1 », François de Salignac de la Mothe Fénelon, 1837

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s