Parole de la semaine – 5e dimanche de Carême

L’Evangile du 5e dimanche du Carême porte sur Jean 12 v20-33. Jésus annonce sa mort et sa résurrection en parlant de glorification de la part de Dieu ! Il n’est pas compris, comme ne le sont toujours pas aujourd’hui ce type de persécutions et de souffrances pourtant toujours actuelles ! Voici la fin de cette homélie :

Cela dit toute persécution laisse des traces dont certaines n’ont hélas pas grand chose à voir avec l’idéal évangélique. La persécution en effet ne développe pas que le courage et l’esprit de sacrifice, à côté des reniements et des trahisons elle exalte aussi des sentiments négatifs et destructeurs, comme la masochisme. Au risque de vous choquer, je vous dirai bien franchement que je n’ai aucune admiration pour ceux des martyrs chrétiens qui ont pratiquement provoqué leurs souffrances et leur mort par des attitudes agressives à l’égard des païens, en allant par exemple profaner leurs rites ou en cassant, comme Polyeucte, leurs statues et leurs dieux. Comme cette attitude est éloignée de celle d’un saint Paul à Athènes, rageant intérieurement certes devant le spectacle des idoles païennes, mais se gardant bien de toute provocation gratuite ! Relisez dans le chapitre 17 du livre des Actes des Apôtres son admirable discours devant l’aréopage athénien, chef d’œuvre d’habileté, utilisant le paganisme lui-même pour annoncer l’évangile. Que nous sommes loin des fureurs iconoclastes suicidaires de certains chrétiens des premiers siècles.

Mais dira-t-on généralement : « finalement saint Paul lui aussi mourut martyr, selon la tradition ». Peut-être, mais après avoir utilisé tout de même pour se défendre toutes les ressources de son intelligence et du droit romain. Paul ne s’est jamais pris pour un second Christ. Il savait que sa mort ne pouvait avoir de valeur rédemptrice, tout au plus pouvait-elle être un ultime témoignage de foi intervenant comme la conséquence d’une vie toute entière dévouée à la cause de l’Evangile.

Ne nous hâtons donc pas de nous détacher ou de haïr nos vies en ce monde, imitant par là beaucoup plus ceux que j’appellerai les martyrs chrétiens décadents que les grands modèles que furent Jésus et Paul.

Souvenons-nous aussi que les martyrs furent à l’origine d’un tel goût pour la souffrance chez les chrétiens, que beaucoup d’entre eux n’acceptèrent pas véritablement la fin des persécutions romaines. Alors se multiplièrent les fuites au désert et des vocations à la vie ascétique qui furent à la base du mouvement monastique, dont les règles furent édictées ensuite autant pour canaliser des envies d’ultra-ascétisme qui pouvaient se révéler suicidaires, que pour aider à une forme de vie contemplative, ce qui là est positif ! De plus ce n’est pas un hasard si c’est à partir de ce moment que l’Eglise commença à condamner le suicide, à peu près vers la fin du Vème siècle.

Préférer le service de Dieu à la vie en ce monde ne doit donc pas pousser obligatoirement à afficher en permanence une attitude d’ordonnateur des pompes funèbres. Dans la vie et dans nos vies tout n’est pas, et de loin, haïssable. Un peu de courage et de lucidité devront nous montrer que de nombreux éléments peuvent être changés, non détruits, par un meilleur service de Dieu. Pourquoi, je vous le demande, un être humain devrait-il automatiquement faire table rase de son affectivité et de ses goûts artistiques ? Pour ne prendre que deux exemples. Pourquoi devrait-il, au nom du service de Dieu, détruire ces choses qui contribuent à donner un sens à la vie en ce monde ? Cela procéderait d’une erreur, semblable à celle qui consisterait à confondre sainteté et humilité avec crasse et ignorance, ou encore le dépouillement avec la laideur… Faut-il donner des exemples ? Même si la vie dans certaines de ses formes s’est pervertie, elle a été à l’origine créée par Dieu et peut donc toujours, par la grâce divine, se réadapter à son service. Ayons donc le souci de servir Dieu le premier, en nous bornant à ne haïr et à ne détruire que ce qui dans nos vies s’oppose vraiment et totalement à sa volonté.

Enfin, et vous me direz que c’est une évidence mais je pense que cela va mieux en le disant et en l’expliquant, seul Jésus a pu être pleinement ce grain de blé tombé en terre donnant par sa mort beaucoup de fruits. Tous nos sacrifices pour la foi, ou pour rendre témoignage au Christ, ne seront toujours que de l’ordre de la participation, telle la goutte d’eau qu’on fait tomber dans le calice avant la consécration à la messe. Christ seul a porté tous les péchés du monde. Personne dans l’Eglise ne peut prétendre faire entièrement comme lui.

Cela devrait être une évidence bien sûr, mais l’orgueil spirituel est tellement subtil qu’il peut sournoisement utiliser le goût malsain que cultivent certains dans l’Eglise pour le dolorisme, pour donner l’illusion qu’ils sont de nouveaux Christs à part entière. Je ne pense pas que nous courrions ce risque en ce moment, mais il n’est pas rare de voir ce danger se manifester après des périodes de crises où le laisser-aller et la lâcheté ont ravagé les rangs des chrétiens. C’est l’application du principe du balancier, qui n’est jamais bon parce qu’excessif. Seul Jésus est véritablement glorifié par la Croix et s’il est glorifié encore et encore, et ce jusque dans l’éternité, s’il peut faire refléter cette gloire en chacun de ceux qui croient en lui, c’est toujours par la puissance divine de l’Esprit, jamais au travers de forces humaines qui veulent tellement s’imposer qu’elles peuvent, aux yeux de certains, finir par occulter la seule vraie gloire, celle de Dieu.

Ceux qui se laissent alors abuser n’entendent rien de Dieu, comme la foule de notre texte évoquait un coup de tonnerre ou croyait en la présence d’un ange auprès de Jésus (Jean 12, 29). Seule la conscience du fait que Jésus Christ seul est le glorifié peut aujourd’hui comme hier nous rendre conscients des paroles que Dieu nous a adressé clairement.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)

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