Parole de la semaine – 4e dimanche de Carême

Le texte de l’Evangile du jour porte sur la seconde partie de l’entretien de Jésus avec Nicodème (Jean 3 v14-21). Ce pharisien peut très bien représenter toute une partie de l’humanité, en dehors du Christianisme, qui s’intéresse cependant à lui. Et tout laisse à penser que Nicodème deviendra chrétien. Mais au stade où l’Evangile nous le présente, il ne l’est pas encore, il questionne et Jésus lui répond. Puissent ses réponses inspirer celles des chrétiens aujourd’hui ! Dans cette espérance voici la fin de l’homélie :

Dans l’histoire des Nombres il n’éprouve plus il punit, envoyé par Dieu comme serpent venimeux, mais qui sauve comme serpent de bronze. Et l’on peut songer alors au serpent de l’épopée babylonienne de Gilgamesh où ce dernier dérobe au héros la plante de l’immortalité, ou encore à un autre symbole païen du serpent enroulé autour d’un bâton, force de guérison que l’on retrouve dans le caducée des médecins.

Ici le symbole est bienfaisant, mais Jean ne peut ignorer que le roi Ezéchias dut détruire un serpent de bronze placé dans le Temple de Jérusalem, censé être celui de Moïse et adoré comme une idole (II Rois 18, 4), ni le livre de la Sagesse plus proche de lui (environ 50 ans avant Jésus-Christ) qui en finit si je puis dire avec l’ambiguïté du serpent en précisant que ce n’était pas sa vue qui sauvait mais le retour à Dieu et à sa loi (Sagesse 16, 5-14) : « en effet quiconque se retournait était sauvé non par l’objet regardé, mais par Toi, le Sauveur de tous. »

Tout ce que je viens de rappeler est forcément connu de l’Evangéliste et de ces principaux personnages, Jésus et Nicodème, tous deux spécialistes en Ecriture Sainte. Ce pourquoi je crois que Jean, sans rien abandonner de la difficulté du symbolisme du serpent, s’inscrit dans la ligne du livre de la Sagesse. Car il ne faut pas seulement regarder au Fils de l’Homme élevé, comme le serpent de Moïse, encore faut-il croire en Lui. Le regard ne suffit pas, il faut la foi. C’est pourquoi ceux qui tel les grands prêtres, et qui sait peut-être aussi Nicodème, ne verront dans Jésus crucifié qu’un vaincu, ayant mérité ou non sa condamnation, mais un vaincu tout de même, resteront dans le monde des ténèbres où grouillent les serpents venimeux qui peuvent tuer le corps, comme dans l’épisode des Nombres, ou tuer l’âme comme dans le récit de la Genèse ou le livre des Rois où le serpent est devenu une idole, une prétendue puissance divine distincte du vrai Dieu.

Ce qui est décisif c’est donc la foi, voilà pourquoi dans ce passage Jésus nous dit que Dieu n’a pas envoyé son Fils pour juger le monde mais pour que par Lui le monde soit sauvé.

Cela ne signifie pas, comme le disent certains ignares autant qu’hérétiques, qu’il n’y a pas de jugement et que tout le monde est sauvé. Le texte ne fait que déplacer ce qui produit le jugement. Ici pour le temps de l’Incarnation, comme pour le temps de l’Eglise qui va suivre, ce n’est pas Jésus qui juge mais la foi ou le manque de foi. L’Evangéliste nous renvoie donc à la dureté du cœur de l’Homme que seule la grâce peut ouvrir à la miséricorde divine venant de la Croix par le moyen de la foi, foi vivante qui conduit obligatoirement à des œuvres bonnes qui ne craignent pas la lumière, et qui mieux encore produisent elles-mêmes de la lumière. « Celui qui croit en Lui échappe au jugement » confirme Jean. Et il ajoute, ce qu’omettent comme par hasard les prédicateurs de « barbe à papa », « celui qui ne veut pas croire en Lui est déjà jugé parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. » (Jean 3, 18).

La parole publique de l’Eglise ne doit donc pas permettre d’illusions, surtout, circonstances aggravantes, au nom de la charité. Quiconque refuse de croire au nom du Fils unique de Dieu, mis à part les juifs croyants court le risque de la damnation éternelle et de rester même avec de la bonne volonté comme Nicodème un homme de la nuit, une nuit qui pourra être sans fin.

Et Jean conclut d’une manière très claire et très dure pour éviter toute récrimination quant au jugement de Dieu. L’homme n’a pas à contester la sentence divine, par exemple dans des discussions oiseuses sur le pourquoi de l’absence de grâce pour les uns et pas pour les autres. Cela ne le regarde pas et appartient au conseil secret de la majesté divine. C’est la dureté du cœur de l’homme qui seule est en cause, son péché qui l’incline au mal. D’où le refuge dans l’incrédulité de celui qui fait le mal, ne produisant que des œuvres des ténèbres qui lui font craindre la lumière du Christ, « de peur que ces œuvres ne lui soient reprochées » (voir l’ensemble du verset 20 de ce chapitre 3 de saint Jean).

Les prêcheurs aux paroles tranquillisantes et anxiolytiques sont donc coupables de non assistance à personne en danger quant à leur salut éternel. Et ils sont finalement eux aussi des hommes de la nuit car leurs propos produisent aussi autour d’eux et en eux un sommeil tellement profond qu’ils n’en seront tirés que par des pleurs et des grincements de dents.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)

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