Parole de la semaine – 3e dimanche de Carême

En chassant les marchants de Temple, Jésus ne fait pas que purifier le Temple d’un commerce très lucratif, il annonce aussi la fin d’une forme de vie religieuse ! Nous pouvons donc nous demander si le « risque » des marchands existe encore aujourd’hui ?

Désormais on ne voit plus de marchands d’animaux pour les sacrifices autour de nos sanctuaires parce que l’ancien culte est aboli. Un seul sacrifice, celui du Christ, est célébré et réactualisé dans la messe sans qu’il soit nécessaire d’amener d’autres victimes. Mais comme il s’agit du sacrifice du Christ qui va être rendu réellement présent, il faut que tous les baptisés, quelles que soient leurs manières de porter le Christ en eux, ordination aux ordres sacrés ou simplement le baptême, comprennent bien ce qu’implique leur participation à l’Eucharistie et vivent ses exigences. Et ce n’est pas parce qu’il n’est plus nécessaire d’avoir recours à des marchands d’animaux et à des changeurs que notre situation est plus sûre. Nous avons en effet donné de l’argent à la quête et nous sommes dans la goutte d’eau que le prêtre verse dans le calice. Et j’emploie le « nous » à dessein, car même si le prêtre ne donne pas d’argent à la quête (il peut en donner à un autre moment) il est aussi dans la goutte d’eau. Et c’est là que peuvent réapparaître les marchands échangeurs en nous faisant oublier, comme aux anciens israélites, le sens profond de ces actions. Le psaume 51 résume bien en un verset, le 16, ce que doit être notre part dans le sacrifice : « le sacrifice voulu par Dieu c’est un esprit brisé, Dieu tu ne rejettes pas un cœur brisé, broyé. »

Est-il vraiment brisé, broyé, le cœur qui n’a pas fait pénitence avant de communier et qui vit plus ou moins tranquillement avec ses péchés ? Est-il vraiment brisé, broyé, ce même cœur qui donne comme offrande ce qu’il trouvera au hasard dans ce que contient son porte-monnaie parce que qu’il n’aura rien préparé ? Et enfin est-il vraiment brisé, broyé, celui qui ne se concentre pas dans la prière au moment de l’offertoire qu’il serait décidément très urgent de dire et de faire dire dans un français qui respecte le texte latin de la messe de Paul VI quand on utilise, comme c’est le cas le plus souvent, la forme ordinaire ? Je le rappelle : « priez mes frères, afin que mon sacrifice qui est aussi le vôtre soit agréable à Dieu le Père tout puissant. » Et les fidèles répondent : « que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice pour la louage et la gloire de Son nom, pour notre bien et celui de toute la sainte Eglise. » Ce qui est quand même autre chose que le « pour la gloire de Dieu et le salut du monde » des traducteurs modernes de 1969.

Ce qu’on ose appeler traduction relève en terme de commerce de la marchandise de dernière qualité et pour ce qui est du change, en troc de monnaie douteuse ! Et cela n’aide guère à échapper aux dérives évoquées précédemment. Un rite mal exprimé à cause de paroles perd son sens et brise le contact avec le sacré, en l’absence duquel il n’y a plus de vie humaine digne de ce nom. Et par voie de conséquence la religion s’autodétruit, Dieu est comme fondu dans le monde et l’humanité dans l’inhumain. Ne serait-ce pas par hasard ce que nous vivons aujourd’hui ?

C’est pourquoi il est toujours d’actualité que Jésus chasse les marchands du temple pour que nos offrandes soient vraies et dignes du Christ auquel nous nous associons dans le sacrement de l’autel. Si nous voulons que le Christ chasse nos marchands, ne fuyons pas la pénitence, sacrement de la réconciliation, quelle que soit la puissance de mort que nous pourrons ressentir en elle, sentiment normal puisque la pénitence a pour but de tuer le péché. Cela dit nous devons et nous pouvons nous approcher d’elle sans crainte parce que le péché ne constitue pas toute notre vie, même si tel ou tel péché semble revêtir pour nous une importance capitale. Ainsi le Christ viendra-t-il chasser nos marchands, c’est à dire nos tentations d’autojustification de l’homme extérieur, nos oublis et nos impiétés en tous genres, homme extérieur que nous laisserons aller à sa ruine, tel l’ancien temple de pierre. Nous pourrons alors consacrer plus de force pour édifier en nous le nouveau temple dont le Christ a posé les fondations à notre baptême, un temple autour duquel les marchands inutiles auront été remplacés par les saints anges de Dieu.

Le premier dimanche de Carême, nous l’avons vu, préfigurant cela nous rappelait que Jésus avait été servi par des anges au désert après avoir vaincu le tentateur. Grandir dans la foi, c’est se conformer de plus en plus à l’image du Christ, temple éternel de Dieu débarrassé de tout marchand, comme aussi d’une autre race d’hypocrites qui sous l’apparence de l’humilité, masque très prisé dans notre modernité jusque dans l’Eglise, ont trouvé dans la foi ou du moins dans son apparence, une manière de se singulariser. Chaque époque a connu et connaîtra ses tartuffes. A la fin de notre texte Jean y fait allusion. Il parle même à leur sujet de beaucoup de gens. Il est vrai qu’à l’époque de Jésus le « religieux » était beaucoup plus à la mode qu’aujourd’hui. « Mais Jésus n’avait pas confiance en eux » précise notre évangéliste, ajoutant « il connaissait par lui-même ce qu’il y a dans l’homme. » (Jean 2, 24-25).

En ces temps difficiles pour l’Eglise, qui dans plusieurs endroits ne suscite plus beaucoup d’intérêt, méfions-nous donc de ces enthousiastes de la foi feu de paille, de celles ou de ceux qui l’espace d’une messe, d’une homélie qui les aura frappés, voire aussi ce qui aurait pu être pris pour un miracle, viendront par leur joie intempestive enjoliver la grisaille de communautés à l’agonie ou presque. Restons lucides comme Jésus, ne disons pas que nous croyons en l’homme comme on entend quelquefois certains chrétiens le dire, ne croyons qu’en Dieu qui seul peut, par sa grâce, transformer les hommes et les rendre dignes de sa confiance, comme aussi de celle des autres. Alors pourra se produire l’union du service des anges et des hommes autour du Christ, comme s’opère leur union de louage dans le chant du sanctus. Alors grandira en nous la certitude que Dieu nous aime en Jésus-Christ et qu’il ne nous abandonnera jamais, qu’il nous manifestera toujours ses grâces après l’épreuve et l’effort.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)

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