Parole de la semaine – 6e dimanche du temps ordinaire

Le texte de l’Evangile de ce 6e dimanche du temps ordinaire, St Marc 1, 40-45 nous parle de la guérison d’un lépreux par Jésus ! Compte tenu de ce que représentait la lèpre à l’époque, malédiction divine, l’impureté, l’exclusion sociale, la souffrance et la mort, ce texte nous pose la question de la puissance de vie qui émane de Jésus, de notre rôle de relais, de nos limites aussi dans ce domaine, sans oublier la volonté de Dieu quelquefois incompréhensible ici bas ! Après avoir soulevé ces questions en tentant d’y apporter quelques réponses, et rappelé aussi l’importance du sacrement des malades, l’homélie se termine ainsi :

Ainsi pour le Christ il n’existe pas de maladie-malédiction qui rende intouchable. Comme j’aurais aimé qu’on se souvînt de cela au début des années 1980 quand apparut le sida touchant alors une certaine catégorie de gens ; que n’ai-je pas entendu dans les milieux dits bien-pensants sur le châtiment de Dieu, sur la maladie-malédiction. Et ces propos sont encore tenus ici ou là d’une manière atténuée, car maintenant ce fléau peut toucher tout le monde. A l’époque, comme maintenant, j’ai renvoyé à notre texte pour exhorter les chrétiens à avoir le même regard que Jésus sur le lépreux et surtout la même attitude, maintenir la communication et prier pour que la science progresse. J’ai été en grande partie exaucé, cela dit encore trop de ces malades s’enferment dans un silence culpabilisant et s’isolent dans ce qu’on pourrait appeler « de nouvelles léproseries ». Comme disciples de celui qui n’a pas repoussé les lépreux, ayons une attitude qui reflète l’amour, qui incite tous les malades, quelle que soit leur maladie, à sortir de leur isolement pour se rapprocher des autres et du Christ source de vie et de guérison, et qu’ainsi ils retrouvent confiance.

Une toute dernière remarque sur l’ordre donné aux lépreux d’aller se montrer aux prêtres. Il faut y voir en plus du souci de Jésus de respecter la loi, la sollicitude pour le lépreux afin qu’il puisse mener une vie normale en étant légalement réintroduit dans la société. Jésus ne se sert pas des miracles pour faire croire, il accorde des miracles à ceux qui manifestent de la foi en lui pour les confirmer. Ce qu’avait fait notre lépreux, nous l’avions relevé, en lui disant « si tu le veux, tu peux me purifier ». Sans en savoir autant que les démons sur la personne du Christ, car sinon il lui aurait obéit, il sait ou il sent que Jésus possède un pouvoir de guérison. Mais les choses s’arrêtent là. Cela suffit pour que Jésus le guérisse, mais ce n’est pas décisif pour que le lépreux guéri lui obéisse jusqu’au bout. Et en enfreignant les ordres du Christ même dans une bonne intention, en l’occurrence glorifier son bienfaiteur, le lépreux guéri gène l’action de Jésus et même l’entrave. Jésus, nous dit Marc, « ne peut plus entrer ouvertement dans une ville » et est « obligé d’éviter les lieux habités » (verset 45), autrement dit, ironie du sort si l’on peut dire, Jésus se retrouve dans la même situation que le lépreux avant sa guérison. Il ne peut plus aller vers les autres, ces derniers ne pouvant venir qu’à lui.

Ainsi rien ne peut justifier une désobéissance au Christ. Le faire ouvertement alors qu’on a reçu de lui des grâces aboutit à un contre-témoignage. Et même si c’est une glorification, comme c’est le cas ici, parce qu’elle faisait partie de la désobéissance elle gêne Jésus, tout comme l’incrédulité des habitants de Nazareth l’empêcha de faire beaucoup de miracles. Le Christ ne veut que les louanges qu’il suscite dans le cœur des hommes. Celles qu’il n’a pas inspirées, qui viennent à contretemps, constituent un début de barrage entre lui et les autres qu’il est obligé d’attirer, ne pouvant venir vers eux. Si la tiédeur, voire l’indifférence de certains chrétiens vis-à-vis de leur maître, est négative, le trop d’enthousiasme purement humain et non voulu par le Christ n’est pas bon non plus. C’est la vertu d’obéissance qu’il faut retrouver, à quoi notre époque n’incline guère, mais ce ne sera pas la première ni la dernière fois que l’Evangile demande d’aller à contre-courant du monde.

(Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année B », Artège 2014)

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